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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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— Michel aussi ?

— La moitié du temps, en tout cas. La moitié du temps, il pense que ce n’est qu’une compensation, un mythe qui les aide. Le reste du temps, il est convaincu qu’ils sont toujours là. Enfin, si ça peut les aider, hein…

— Ouais, peut-être, soupira-t-il.

Elle réfléchit encore un peu.

— Tu l’aimes toujours.

— Oui.

— Eh bien, c’est encore la vie. Enfin, un genre de vie. Le mouvement de la vie, quoi. La structure d’Hiroko. Dans ton esprit. Les sauts quantiques, comme dit Michel. Et que sommes-nous d’autre, en fin de compte ? Tu n’es pas d’accord ?

Desmond regarda le dos de sa main, ses rides, ses cicatrices.

— Je ne sais pas. Je pense que nous devons être plus que ça.

— Si c’est ce que tu crois… C’est la vie qui compte, c’est ce que tu m’as dit, une fois, non ?

— Vraiment ?

— J’ai l’impression, oui. Une bonne base de travail, de toute façon, quel que soit celui qui l’a dit.

Il opina du chef. Ils finirent leur thé, leurs reflets transparents inscrits dans les fenêtres noires. Un oiseau, dans le sycomore, dehors, rompit le silence de la nuit.

— Je crains que nous ne soyons bientôt confrontés à une nouvelle période difficile, dit Maya, pour changer de sujet. Je ne pense pas que la Terre nous laisse encore longtemps limiter l’immigration. Ils passeront outre, Mars Libre fera du tintouin, et nous serons en guerre avant d’avoir eu le temps de dire ouf.

Il secoua la tête.

— On devrait pouvoir éviter ça.

— Mais comment ? Jackie déclarerait une guerre rien que pour garder le pouvoir.

— Ne t’en fais pas pour Jackie. Elle ne compte pas. Le système pèse beaucoup plus lourd qu’elle.

— Et si le système s’effondre ? Le temps nous est compté. Les deux mondes ont des intérêts trop divergents, maintenant. Et ils divergent de plus en plus. Ce sont les gens au sommet qui comptent.

Il écarta son argument d’un geste évasif.

— Ils sont tellement nombreux. Nous pourrions les amener à se comporter de façon raisonnable.

— Tu crois vraiment ? Je voudrais bien savoir comment.

— Eh bien, on pourrait toujours brandir la menace des Rouges. Ils sont encore là, à comploter dans l’ombre. Ils essaient d’empêcher le terraforming par tous les moyens. On pourrait utiliser ça à notre profit.

Ils parlèrent politique jusqu’à ce que le ciel derrière les vitres devienne gris et que les pépiements épars se muent en un concert de chants d’oiseaux. Maya incitait toujours Desmond à s’exprimer. Il connaissait très bien toutes les factions de Mars ; il avait de bonnes idées. Elle trouva ça très intéressant. Ils échafaudèrent des stratégies. À l’heure du petit déjeuner, ils avaient élaboré une sorte de plan à mettre en action le moment venu. Ce qui arracha à Desmond un sourire.

— Après toutes ces années, nous croyons encore pouvoir sauver le monde.

— Mais on pourrait ! rétorqua Maya. Enfin, à condition qu’ils acceptent de suivre nos conseils.

Michel fut réveillé par la bonne odeur du bacon frit et les beuglements de Desmond qui chantait des calypsos dans la chambre. Maya se sentait bien. Elle avait chaud, faim, envie de dormir. La journée de travail serait pénible, mais elle s’en fichait.

6. LE PERDRE

La vie suivit son cours. Elle vivait avec Michel, elle travaillait, elle aimait, elle s’occupait de sa santé. Dans l’ensemble, elle était contente. Même s’il lui arrivait parfois de regretter cette étincelle de passion depuis longtemps disparue, si instable et farouche qu’elle ait pu être. Elle se disait de temps à autre qu’elle aurait sûrement été plus heureuse si John avait survécu, ou Frank. Ou si elle s’était installée dans la vie avec Desmond pour compagnon. Si, alors qu’ils étaient libres tous les deux, ils s’étaient engagés l’un envers l’autre dans une sorte de monogamie intermittente, comme ces cigognes qui se retrouvent, d’une année sur l’autre, après leurs voyages et leurs migrations. Ils n’avaient pas suivi cette voie ; et tout avait été différent.

Ce qui s’était passé, à la place, c’était que la vie continuait, et que lentement, au fil des ans, ils s’éloignaient l’un de l’autre. Non par manque de sentiment, à ce qu’il lui semblait, mais parce qu’ils se voyaient si rarement, et que d’autres personnes, d’autres soucis monopolisaient leurs pensées. C’était comme ça ; on vivait et on allait de l’avant, et vos proches faisaient pareil, et la vie vous séparait, d’une façon ou d’une autre – le travail, les partenaires, tout. Au bout d’un moment, quand ils n’étaient plus là, quand ils ne faisaient plus partie de votre vie quotidienne, par leur présence physique, un corps dans une pièce, une voix disant de nouvelles choses, alors il arrivait qu’on ne les aime plus que comme des souvenirs très spéciaux. On les avait aimés, mais on se souvenait de cet amour plus qu’on ne le ressentait comme à l’époque où ils faisaient partie du tissu de la vie quotidienne. On ne pouvait vraiment continuer à les aimer qu’avec son partenaire, parce qu’on partageait sa vie. Et même de lui on pouvait s’éloigner, on s’installait dans des habitudes différentes, des pensées différentes. Si c’était comme ça avec celui dont on partageait le lit, alors qu’est-ce que ça devait être avec les amis qui s’étaient éloignés et qui vivaient maintenant à l’autre bout du monde ? On finissait par les perdre, et il n’y avait rien à faire. À moins d’avoir partagé leur vie. Et on ne pouvait avoir qu’un compagnon à la fois. S’ils avaient eu ce genre de relation, Desmond et elle, qui sait comment les choses auraient tourné ? Les cendres accumulées d’une vieille amitié distante. Quand des étincelles auraient pu voler pour toujours, comme crachées par un feu de forge. Elle aurait pu le faire frémir chaque fois qu’elle le touchait. Elle aimait le souvenir de l’avoir aimé au point de penser parfois qu’il aurait pu en être ainsi.

Elle avait parfois l’intuition que Desmond pensait un peu la même chose. Ce qui était agréable. Un jour par exemple, des années plus tard, alors que Michel était en voyage, Desmond sonna à la porte en début de soirée. Ils allèrent se promener sur la corniche, le long du front de mer. C’était vraiment bon d’être à nouveau ensemble, comme ça, se dit Maya alors qu’ils marchaient, bras dessus, bras dessous, au bord de la mer d’Hellas. Ils allèrent ensuite se réchauffer dans un bistro et dînèrent en bavardant autour d’une table couverte d’assiettes et de verres. Les hommes qu’elle aimait, ses amis.

Cette fois-là, il était juste de passage. Il prenait le train de nuit pour Sabishii. Alors, après dîner, elle gravit avec lui le grand escalier qui menait à la gare. Et comme ils arrivaient en vue de la gare, il éclata de rire et dit :

— Il faut que je te raconte mon dernier rêve de Maya.

— Un rêve de Maya ?

— Oui ; j’en fais un par an, à peu près. Je rêve de nous tous, en fait. Mais celui-là, il était marrant. J’ai rêvé que j’allais à Underhill pour assister à une conférence, sur l’économie de don ou je ne sais quoi, et là-bas, devine quoi ? tu étais là, toi aussi, et tu assistais à une conférence sur l’hydrologie. Une coïncidence. Et ce n’est pas tout : nous étions au même hôtel…

— Un hôtel à Underhill ?

— Dans mon rêve, c’était une ville comme les autres, avec des gratte-ciel et un tas d’hôtels ; un centre de conférence ou quelque chose comme ça. Bref, non seulement nous étions descendus dans le même hôtel, mais encore ils avaient fait une erreur et nous avaient mis dans la même chambre. On était vraiment contents de se retrouver dans le hall de l’hôtel, parce qu’on ne savait pas qu’on serait dans la même ville en même temps, et puis, en allant chercher nos clés, on s’est aperçus qu’on nous avait mis par erreur dans la même chambre. Comme on est des adultes responsables, on est retournés à la réception expliquer qu’il y avait une erreur…

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