Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
La descente au pas de course fut une promenade de santé, malgré la pluie et le brouillard à couper au couteau. Je n’avais pas idée du niveau auquel je pouvais être sur la paroi. La route en zigzag traversa une falaise qui avait été transformée en une très jolie cascade. J’entrai sous les arbres, un tunnel couvert d’un long dais vert, et la pluie tombait toujours. J’arrivai à la gare et rentrai chez moi en tram, mais ce jour-là, je ratai le petit déjeuner.
Et tout le reste de la journée – et aujourd’hui encore, même si, ce jour-là, la question me hanta véritablement – je me demandai si j’avais été sur une ancienne piste ou non.
2. LES ERREURS ONT PARFOIS DU BON
J’emmenai mes parents à Precipice Trail alors qu’ils avaient une soixantaine d’années, mais à vrai dire, les dernières fois que j’avais emprunté cette piste, c’était en courant, histoire de boucler la boucle en vitesse et de retourner en ville assumer mes obligations familiales. Je n’en gardais donc que de vagues souvenirs. Je m’en rendis compte lorsque j’entrepris de leur faire faire l’excursion à allure réduite. Il y a une quantité monstrueuse d’échelles le long de cette piste. Après la traversée assez acrobatique de l’immense pente jonchée de blocs de pierre épars, ce n’est plus qu’une succession d’échelles, avec certains passages sur les crêtes pour aller du haut d’une échelle au pied de la suivante. Lors d’un de ces passages, ma mère prononça mon nom sur ce ton dont elle a le secret et qui veut dire : « Tu plaisantes, là ? », quant à mon père, qui était un peu à la traîne, il ne dit rien. Il n’était peut-être pas en aussi bonne forme que Maman, et il portait un jean serré. Il m’avoua, plus tard, avoir pensé que je me vengeais de tout ce qu’ils avaient pu me faire et qui ne m’avait pas plu. Mais il était costaud, et Maman aussi.
Arrivés au sommet, nous redescendîmes aussitôt, ce qui était moins fatigant sur le plan physique, mais encore assez sportif – et même pire, en réalité. Les échelles ne sont que des barres de fer rouillé fixées sur des parois verticales qui peuvent faire cinq mètres de haut. Regarder en bas quand on descend peut être assez éprouvant. Quand nous fumes revenus à notre point de départ, je leur montrai où nous étions allés : vu d’en bas, ça ressemblait à une falaise à pic, et il y avait des grimpeurs qui s’équipaient en vue de l’escalade, juste à gauche de la piste. C’était vraiment impressionnant. Nous regagnâmes le campement, et ils étaient très excités. Je dirais même qu’ils étaient survoltés. Ils n’arrivaient pas à croire qu’ils avaient fait tout ça. Alors, même si c’était une erreur au départ, ç’avait été une bonne chose.
3. ON NE PEUT PAS PERDRE LA PISTE
Je parcourais le cratère de Crommelin depuis des années lorsque quelqu’un publia une histoire des pistes des cratères, et je le vis sous un éclairage tout à fait nouveau. Jusque-là, je voyais, mais je ne comprenais pas. Les pistes n’avaient pas été créées, comme je l’avais cru, par les coops qui administraient le cratère, mais par une succession de dingues inspirés, qui avaient rivalisé d’imagination et de talent. Les parois de granit fragmenté étaient devenues, il y avait vingt ou trente ans, avant le début du siècle, le canevas de la nouvelle forme d’art qui était leur mode d’expression. Quelqu’un avait eu l’idée de construire des pistes sur la paroi juste au-dessus et derrière la maison-disque de la coop, et ç’avait été à qui ferait la plus belle.
Mais quand l’administration actuelle était arrivée aux affaires, la moitié des pistes du cratère avaient été fermées sous prétexte qu’elles faisaient double emploi. Ce n’était pas faux. Seulement c’étaient aussi des œuvres d’art, magnifiquement construites avec d’énormes blocs de pierre, et beaucoup étaient encore là, même si elles ne figuraient plus sur les cartes. Dans son livre, cet homme avait publié les vieilles cartes et donnait des indices pour trouver les pistes que l’administration actuelle avait laissées à l’abandon. La recherche de ces pistes, « la chasse aux pistes fantômes », comme il disait, était une nouvelle forme d’art, dérivée de l’ancienne et qui la préservait. Je commençai à le faire moi-même et j’adorai ça. Ça ajoutait les plaisirs de la chasse au trésor, de l’archéologie, et surtout de la marche dans la jungle, à l’expérience déjà magnifique qu’était une randonnée dans le cratère.
Un jour, nous emmenâmes les enfants à la recherche d’une des vieilles pistes des coops. Nous trouvâmes d’abord ce qui avait dû être jadis une large esplanade qui courait le long du pied de la paroi, et qui était maintenant envahie de bouleaux. Nous traversâmes la piste la plus au nord qui figurait encore sur la carte et poursuivîmes vers le nord sur l’esplanade envahie par la végétation, en scrutant l’immense paroi à la recherche de traces. Je crus en voir un grand nombre, comme d’habitude. Et puis, au milieu des feuilles, je repérai une grande pierre dressée, tel un tronc humain. Nous courûmes voir ça de plus près, et nous tombâmes dessus : un escalier de pierre enfoui dans les feuilles mortes, qui montait le long de la paroi. C’était excitant.
Nous commençâmes à monter, les enfants en tête. Nous avions du mal à les suivre. La piste n’était pas très difficile. Elle consistait essentiellement en volées d’escalier incrustées dans la paroi. Il était évident qu’on ne l’avait guère empruntée depuis des années. Une section transversale avait perdu ses étais, et dix ou douze blocs avaient dévalé la pente, formant une boucle de pierre qu’il nous fallut franchir. À un endroit, un énorme bouleau était tombé en travers de la piste et nous dûmes contourner la souche. Grâce à ces détours, nous nous rendîmes compte à quel point la pente aurait été difficile à gravir sans la piste. Alors qu’avec elle, c’était une succession d’allées et d’escaliers.
Et puis, en regardant plus loin, nous vîmes que la piste coupait la pente d’un talus ombragé, juste sous une section incurvée de la paroi. L’immense éboulis de granit rose était envahi de lichen vert. Ces cercles vert clair sur cet amas rose pâle, on aurait dit un tapis vert pâle jeté sur un escalier colossal, rose pastel. Un monument construit par les Incas, ou par des visiteurs de l’Atlantide. Même les enfants s’arrêtèrent pour regarder ça.
4. GÉNIE NATUREL
Il est clair qu’avant de concevoir ses pistes, Dorr explora à fond la paroi est du cratère afin de tirer parti de ses caractéristiques. C’est ainsi qu’il la fit passer sous des surplombs, derrière des blocs de pierre éboulés, dans des ravines, à travers des tunnels. À un moment donné, la paroi était déformée par une énorme bosse de granit, un pluton apparent, plutôt inhabituel, fendu du haut en bas par une faille verticale si profonde qu’on aurait pu y entrer à mi-corps, sinon plus. Naturellement, Dorr fit passer une piste par cette faille, encastrant dans le fond un escalier étroit, abrupt, formant une volée de plusieurs centaines de degrés.
Je suivis cette piste magnifique sous la pluie, lors d’une de mes patrouilles de l’aube. Il faisait gris, il y avait de la brume, et je n’y voyais pas très loin, ni en haut ni en bas. Le temps que j’arrive à cette partie de la piste, la fissure était devenue le lit d’un torrent qui cascadait d’une marche à l’autre comme dans ces ascenseurs à saumons qu’on voit sur le côté des barrages. L’eau écumante jaillissait du brouillard et descendait en clapotant sur les degrés. C’était irréel.