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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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À ces mots, Maya eut un reniflement, sentit son bras serrer celui de Desmond par un mouvement réflexe, auquel il répondit par un sourire et un geste évasif de la main…

— Mais l’employé de la réception nous a jeté le même regard que tu as eu, là, tout de suite, et il a dit : « Écoutez, vous deux, je suis Cupidon, le dieu de l’Amour, et je l’ai fait exprès, pour vous permettre d’être ensemble sans l’avoir voulu, alors remontez là-haut et amusez-vous bien. Et n’essayez plus de contrecarrer mes projets ! »

Maya éclata de rire, et Desmond en fit autant.

— Génial, ton rêve, dit-elle en s’arrêtant pour lui prendre les mains dans les siennes. Et après ?

— Après ? Eh bien, je me suis réveillé ! Je riais trop fort, juste comme maintenant. Je me suis dit : Non, non, ne te réveille pas encore ! Le meilleur est encore à venir !

Elle rit de plus belle, lui serra les mains.

— Non. Le meilleur a déjà eu lieu.

Il opina du chef, la serra contre lui. Puis son train arriva et il monta dedans.

Quatre pistes téléologiques

1. FAUSSE ROUTE

Patrouille de l’aube sur la paroi intérieure ouest du cratère de Crommelin. La routine : le tram jusqu’aux Bulles, grimper par l’une des pistes les plus abruptes du cratère, bifurquer vers celle qui fait le tour du lac à Featherbed, redescendre par une autre piste et récupérer la route circulaire pour reprendre le tram à quelques kilomètres à peine.

Mais ce matin-là il pleuvait à verse, il y avait du brouillard et pas ou peu de vent, de sorte qu’une centaine de mètres après avoir quitté le terminus du tram, je ne savais plus où j’étais. Je suivis ce que je croyais être la piste, mais qui se perdit presque immédiatement. Ce n’était donc pas le bon chemin. Seulement au lieu de faire demi-tour et de redescendre, je me dis qu’elle devait être quelque part sur ma droite, et je coupai par là dans l’espoir de la retrouver. Je n’y arrivai jamais. Mais à part dans quelques coins de Precipice Arc, tous les chemins mènent à Crommelin, c’est bien connu, alors je décidai de remonter à travers la forêt, dans l’espoir de retomber enfin sur la piste. Je tombais, d’ailleurs, sans arrêt, sur ce qui ressemblait à une version plus ancienne de la piste : trois ou quatre marches qui menaient à une rupture de la paroi ; une longue dépression ; quelques branches cassées ; et surtout, des marques rectangulaires, à la peinture grise, sur les arbres de la forêt de Cimmeria. Je m’étonnai qu’on ait choisi le gris comme couleur, et je me dis que ça devait être une sorte de lichen, mais j’eus beau regarder de tout près, ça avait bien l’air d’être de la peinture, même quand je grattai la marque avec l’ongle. C’était de la peinture, je le jure, appliquée à hauteur de la poitrine ou de la tête, sur le tronc des arbres, selon une ligne brisée, mais nettement distincte, suivant la pente. C’était une paroi de cratère en saillie, disloquée, avec beaucoup d’arbres, de vieux chicots érodés et quelques parois de roche qu’il faudrait contourner, à moins de trouver un passage. Je me dis que partout où les arbres poussaient, je devais pouvoir grimper, alors je suivis la piste des arbres en me faufilant sous les branches, recevant des tonnes d’eau sur les épaules, mais il pleuvait à verse, alors un peu plus ou un peu moins, hein ? Non, le véritable problème, c’est que j’avais du mal à garder mon équilibre, à cause des couches de feuilles mortes qui étaient autant de pièges dans cette jungle de pierre.

Je gravissais toujours, obstinément, la pente glissante, en espérant évidemment qu’aucun des créneaux formés par la roche ébréchée ne me barrerait la route sur une distance infranchissable. Chaque fois que l’espace entre les dents de basalte se rétrécissait, des empilements grossiers de pierres m’aidaient à monter, à peine visibles sous les débris accumulés au fil des ans. Et puis, au moment où je commençais à me dire que c’était une piste qui devait monter jusqu’en haut, elle disparaissait et je me retrouvais en pleine brousse. Une question commença à m’obnubiler pendant toute la montée, occupant chacune de mes pensées lorsque j’inspectais la paroi brouillée par la pluie qui s’insinuait partout, formait des mares de boue sous mes pieds : ces blocs, là, avaient-ils été empilés pour m’aider à progresser ? Sur ce tronc, là, au milieu de ce petit bosquet, était-ce une marque grise indiquant une piste ? Mais pourquoi l’avoir mise là, entre ces arbres serrés ?

Je grimpais toujours, péniblement, en me protégeant la figure des branches griffues, l’épaule en avant pour écarter les plus grosses. Je montais toujours, mais j’avais beau scruter les environs, je n’arrivais pas à décider s’il s’agissait vraiment d’une piste. Ça avait souvent l’air d’un flanc de colline sauvage, vierge. Puis une petite section d’escalier apparaissait, m’aidant à franchir une zone difficile.

L’escalade était si longue que je commençai à me poser des questions. Il n’y avait que quatre cents mètres de dénivellation, j’aurais dû les parcourir depuis longtemps, non ? Puis les nuages commencèrent à se dissiper, et la lumière revint. Cela dit, il pleuvait toujours et le vent se mit à souffler par rafales. La pente s’aplanit et j’arrivai sur une bande à peu près horizontale, couverte d’arbres, au centre de laquelle courait une vieille voie de tram rouillée. J’eus un petit choc en la voyant, je dois dire. Je me rappelai avoir lu qu’un vieux tram à crémaillère montait vers le sommet du pic, mais c’était sur la paroi sud du cratère. Un peu plus loin, je tombai sur West Apron Road, la route qui suit la lèvre du cratère sur son dernier segment, et la longeai pendant quelques minutes avant d’arriver aux installations du tramway et à la boutique qui se trouvaient au bord du cratère. J’étais content d’être arrivé en haut et de savoir enfin où j’étais par rapport à la circonférence du cratère, même si ça m’avait pris deux fois plus de temps et trois fois plus d’énergie que prévu, mais quand je repartis vers le nord, le long de la piste, je la perdis à nouveau ! Il pleuvait, il y avait du brouillard, et la lèvre du cratère est très large, à l’ouest. Elle est constituée de roches fracturées qui forment des terrasses à ciel ouvert, marquées par des empilements de pierres, avec çà et là de petites forêts d’arbres convulsés, qui vous arrivent à la taille, parfois plus haut. Beaucoup de pistes entraient dans ces arbres, y tournicotaient un moment et se perdaient dans un fourré. Ça commençait à devenir très frustrant. Si ça continuait, j’allais arriver en retard. Quand je pars en patrouille à l’aube, j’essaie de rentrer au moment où les gens se lèvent, ou quand ils prennent leur petit déjeuner.

Alors je m’arrêtai et je réfléchis. Je n’y voyais rien avec la pluie qui tombait sur mes lunettes et j’avais l’impression d’avaler du brouillard. On n’y voyait pas à plus de vingt mètres, et là-haut, ce n’était vraiment pas assez.

Je fis demi-tour et repartis le long de la lèvre du cratère, en direction de la route. J’avais décidé de suivre celle qui menait au fond du cratère et de reprendre le tram aux Bulles. Dans le cratère, les distances sont tellement courtes, me disais-je, que ça ferait dix kilomètres tout au plus, et en descente sur la majeure partie du trajet. C’était moins drôle que de crapahuter sous la pluie, mais ça irait plus vite.

Avant de me mettre en route, j’entrai dans la boutique et achetai à boire. Ils venaient d’ouvrir. J’allai à la caisse payer mon soda, et les deux jeunes femmes qui étaient là me regardèrent en ouvrant de grands yeux lorsque je pris mon portefeuille dans ma poche. Mon pantalon était en tissu imperméable, mais il était trempé, et même la carte qui se trouvait dedans était mouillée. On aurait dit que j’avais piqué une tête dans le lac. Je décidai de faire l’impasse sur les explications et allai boire mon soda dehors.

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