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Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]

Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:

Adressé durant l'hiver 41 au Q.G. des armées du IIIe Reich, cet incroyable message, venu d'une antique forteresse de Transylvanie, est signé du capitaine Woermann, un soldat d'expérience…
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
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— Que peut-il y avoir de si affreux ? dit Woermann, qui se saisit de l’exemplaire des Unaussprechlichen Kulten. Tenez, celui-ci est écrit en allemand.

Il le feuilleta et s’arrêta finalement sur une page. Magda eut la tentation de le mettre en garde mais elle n’en fit rien. Elle ne devait rien aux Allemands. Elle vit le visage du capitaine devenir livide, sa pomme d’Adam remonter nerveusement. Il fit claquer la couverture.

— Quel esprit pervers, quel dément a pu écrire une chose pareille ? C’est… c’est…

Il ne pouvait trouver les mots susceptibles de décrire ce qu’il éprouvait en cet instant.

— Lequel est-ce ? dit Papa. Ah, le von Juntz. Il a été publié en 1839 à Düsseldorf. Le tirage en était très limité, une douzaine d’exemplaires, pas plus…

— Qu’est-ce qui ne va pas ? dit Kaempffer, qui s’était tenu à l’écart des autres.

— Ce donjon date du XVe siècle… c’est une chose dont je suis absolument sûr. Tous les livres lui sont antérieurs, à l’exception du von Juntz. Ce qui signifie que quelqu’un a visité ce donjon vers le milieu du XIXe siècle et qu’il a déposé cet ouvrage parmi les autres.

— Je ne vois pas en quoi cela nous concerne, dit Kaempffer. En quoi cela peut-il nous aider à empêcher la mort d’un de nos hommes, ou votre propre mort ?

— Le problème se présente maintenant sous un angle différent, dit Papa. Ces livres ont été condamnés à travers les siècles comme étant mauvais. Je refuse cette notion. Je dis qu’ils ne sont pas mauvais mais qu’ils traitent du mal. Celui que je tiens était tout particulièrement visé par les interdictions : il s’agit du Al Azif, dans le texte arabe original.

— Oh non ! s’écria Magda, incapable de retenir son cri.

Cet ouvrage était le pire de tous.

— Si ! Je ne suis pas très doué en arabe mais j’en sais assez pour traduire le titre et le nom du poète qui l’a écrit.

Il se tourna alors vers Kaempffer.

— La réponse à votre problème se trouve peut-être dans les pages de ce livre. Je vais m’y mettre dès ce soir. Mais il me faut d’abord voir les cadavres.

— Quoi ? s’écria le capitaine Woermann, qui s’était repris.

— Je veux examiner les blessures, pour voir s’il y a quelque chose de rituel dans leur mort.

— Nous allons vous y escorter immédiatement, dit le major, qui fit appeler deux hommes des einsatzkommandos.

Magda ne souhaitait pas les accompagner mais l’idée de rester seule dans cette pièce lui déplaisait encore plus ; elle poussa donc le fauteuil de son père vers l’escalier. Là, les deux SS soulevèrent le fauteuil et le portèrent jusqu’en bas des marches. Il faisait froid dans la cave. Magda regrettait d’y être venue.

— Que pensez-vous de ces croix. Professeur ? demanda Woermann alors qu’ils s’engageaient dans le couloir. Quelle est leur signification ?

— Je n’en sais rien. Il n’y a pas la moindre légende à leur sujet. Certains disent seulement que le donjon est l’œuvre d’un pape. Mais le XVe siècle était une époque de crise pour le Saint Empire romain, et le donjon se trouve dans une région constamment menacée par les Turcs ottomans. De sorte que la théorie papale est des plus absurdes.

— Les Turcs pourraient en être les auteurs ?

— Impossible, fit Papa, en secouant la tête. Ce n’est pas leur style architectural et la croix n’est pas un motif turc.

— Et qu’en est-il du type de croix ?

Le capitaine paraissait sincèrement intéressé par le donjon et Magda lui répondit avant Papa ; le mystère des croix la fascinait depuis des années.

— Nul ne pourrait vous renseigner. Mon père et moi-même avons compulsé d’innombrables ouvrages d’histoire chrétienne, romaine ou slave, et nous n’avons jamais découvert de croix qui ressemblât à celles-ci. Si nous leur avions trouvé un précédent historique, nous aurions peut-être pu établir un lien entre celui qui les a dessinées et le donjon. Mais nous n’avons rien trouvé. Ces croix sont uniques, comme la structure qui les abrite.

Elle aurait pu continuer ainsi très longtemps – cela l’empêchait de penser à ce qui l’attendait dans les sous-sols – mais le capitaine ne lui accordait pas beaucoup d’attention. Uniquement parce qu’elle était une femme. Les hommes étaient-ils donc tous les mêmes, en Allemagne comme en Roumanie.

— Encore une question, dit le capitaine à l’adresse de Papa. Savez-vous pourquoi il n’y a jamais d’oiseaux dans ce donjon ?

— A dire vrai, je ne l’avais jamais remarqué.

Magda se rendit alors compte que son cerveau n’avait jamais enregistré ce phénomène… jusqu’à cet instant.

Ils étaient arrivés devant le mur éboulé. Les gravats avaient été déblayés. Magda sentit un courant d’air froid venir de l’ouverture pratiquée dans le sol, et elle chercha dans la pochette accrochée au dossier du fauteuil les gants de cuir de Papa.

— Il vaut mieux que tu les remettes, dit-elle, en lui tendant le gant de la main gauche.

— Il en a déjà ! s’écria Kaempffer, impatient.

— Ses mains sont très sensibles au froid, dit Magda en lui présentant l’autre gant. C’est une des conséquences de sa maladie.

— Et quelle est cette maladie ? demanda Woermann.

— La sclérodermie.

Magda lut l’ignorance sur le visage des deux Allemands. Papa prit alors la parole :

— Moi-même n’en avais jamais entendu parler avant d’en être atteint. En fait, les deux premiers docteurs qui m’ont examiné ont établi un mauvais diagnostic. Je n’entrerai pas dans le détail et je vous dirai seulement qu’elle n’affecte pas que les mains.

— Fort bien, mais comment affecte-t-elle vos mains ? demanda Woermann.

— Une baisse de température soudaine interdit la circulation du sang dans mes doigts et je risque la gangrène si je n’en prends pas le plus grand soin. C’est pour cela que je porte des gants jour et nuit. Voilà. Maintenant, je suis à vous.

Déjà entrée dans le puits. Magda se mit à frissonner.

— Il fait bien trop froid pour toi, Papa.

— Il n’est pas question de monter les corps, dit Kaempffer.

Il fit signe aux deux SS de transporter le fauteuil et son occupant dans le sous-sol. Magda se tenait tout près de son père et craignait de voir les hommes glisser sur les marches humides ; elle ne se calma que lorsqu’ils eurent déposé le fauteuil sur la terre battue.

Un des hommes roula Papa vers les huit formes recouvertes chacune d’un drap. Magda resta en arrière, car elle savait qu’elle ne pourrait supporter cette vision. Mais elle remarqua que le capitaine Woermann avait également l’air très mal à l’aise.

Un sous-sol… son père et elle-même avaient visité le donjon à plusieurs reprises, et ils n’en avaient jamais envisagé l’existence. Elle se frotta les mains pour tenter de se réchauffer. Il faisait si froid…

Elle regarda autour d’elle avec appréhension, redoutant d’apercevoir des rats. Leur nouvelle maison de Bucarest avait un grenier infesté de rats ; elle savait que sa répulsion était hors de mesure mais elle ne pouvait se maîtriser. Ils l’emplissaient d’horreur et de dégoût… leurs mouvements furtifs, cette queue sinueuse… ils la rendaient malade.

Magda était trop loin pour entendre ce que les hommes se disaient en découvrant chaque cadavre. La voix de son père ne lui fut intelligible que lorsqu’ils revinrent vers elle, leur macabre inspection achevée.

— Il m’est impossible de trouver quoi que ce soit de rituel dans ces blessures. Si l’on excepte l’homme qui a été décapité, la mort semble avoir été causée à chaque fois par le sectionnement des principaux vaisseaux sanguins du cou. Il n’y a pas de traces de dents, animales ou humaines, bien que ces coupures n’aient pas été provoquées par un instrument. Ces gorges ont été arrachées, déchiquetées, si l’on peut dire, mais je ne saurais préciser comment.

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