Bouge ton pied, que je voie la mer
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #109
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-01992-5
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Bouge ton pied, que je voie la mer». Краткое содержание книги:
J'ai bougé mon pied.
Elle a vu la mer.
Et du même coup, le spectacle le plus effarant, le plus incrédulant, le plus tout ce que tu voudras qui se puisse imaginer !
Si tu ne crains pas les péripéties, entre avec nous dans la ronde, mon pote.
On n'a pas le temps de s'embêter.
D'ailleurs, on n'a même pas le temps de comprendre.
Mais on n'est pas là pour ça, hein ?
Et si je précise ainsi, alors que tant de beaux sentiments sont encore à dire, et que je saurais dire, c’est parce que ce vent fait marée, et qui fait marrer, a son mot à dire dans cette histoire peu commune, dont tu voudras bien taire à tes amis la fin que j’ignore encore. Oh ! que certes oui, il importe, le pet de Sa Majesté majestante et tonitruante du fondement. A preuve qu’en l’entendant, le mignard cador à chère Daisy se met dans une rogne inouïse. Le v’là qui saute de son fauteuil, court au Gros, se jette sur ses mollets qu’il attaque de ses quenottes aiguës. Ce travail, matelot ! Quelle minuscule et virulente fureur ! Un comprimé de férocité !
Surpris par cette attaque, messire l’Hénorme est un court instant déconcerté. Il agite sa jambe, mais le toutou ne parvient pas à décramponner, ses mignards crocs étant pris dans l’étoffe du futal. Bérurier tire des penalties imaginaires pour se défaire de l’agresseur. En vain. L’autre ronfle comme un rasoir électrique, tout petit chien mais gros frelon. Qu’en désespoir de cause, mon pote le biche par les pattes arrière, tire sec, arrachant des lambeaux de grimpant. Emporté par son élan, sa fureur et sa force, il propulse le yorkshire au loin. La boule de poils enrubannée valdingue dans les azurs en tournoyant, traverse la petite terrasse, passe par-dessus une énorme touffe de vétiliers opiacés à fleurs roses, franchit le ruisseau enchanteur, déboule sur la piscine au moment où un obèse se livre à des effets de graisse sur le plongeoir, sous lequel le clébard s’abat pile.
Et alors, ce qui succède fournirait la matière à douze romans chez un auteur constipé de la glande inventive. Non, mais écoute ça, Bazu. C’est formide, si tellement pas croyable que je te rends ta liberté de lecteur et que, libre à toi de m’ajouter foi ou non. Le chien-chien à Daisy se transforme en typhon. Il explose, se volatilise, engendre un geyser, anéantit le plongeoir, sectionne en deux ou trois quartiers qui ne sont pas de noblesse l’obèse plongeur. Un crash fantastique. Les vitres ruissellent sur les façades, comme les larmes sur celle d’une veuve du jour. Nous en avons les tympans commotionnés. On se visionne sans se voir. On hébète, on a l’air bête, l’herbette. Quoi ? Comment ? Pourquoi ? Hein ? Allô ! Ne coupez pas ! L’heure qu’il est ? Je ne sais pas, j’ai pas de chaussette. Et vous disiez, monsieur le curé ?
Comme toujours, ça hurle alentour. On fuit d’abord, pour rappliquer ensuite ; car les hommes se comportent comme leurs ancêtres les poissons.
Le premier, le Noir résume la situation.
— Je ne me doutais pas qu’un jour, un pet me sauverait la vie, dit-il.
— Le cador était piégé, hein ? grumeloche l’Enflure.
— Si on allait discuter avec la mère Kaufmann ? suggéré-je.
Ainsi, en trois répliques, avons-nous fait le tour de la situation et arrêté les mesures qui s’imposent.
Elle dévale son escadrin fleuri de plantes escaladantes lorsque nous nous pointons, surexcitée en diablesse.
— Vous avez entendu, elle effare, ce terrible bruit ?
Je note que notre présence ne paraît pas la surprendre. Et pourtant nous devrions être archimorts, pour répondre à ses desseins.
— Oui, lui dis-je, nous avons entendu, chère madame. Je pense que toute la population d’un hôpital bourré de sourds-muets aurait entendu aussi. Remontons chez vous, si vous le voulez bien.
— Et mon petit bébé, où est-il ? a-t-elle le front de demander.
— S’il existe un paradis des chiens, il se trouve assis à la droite du Grand Maître, promets-je.
— Vous voulez dire qu’il est… qu’il est…
— Pas de crise de nerfs dans l’escalier, c’est trop inconfortable, je déclare en lui bichant un bayonne pour la refouler en direction de son étage.
Elle est anéantie, blafarde sous ses peintures d’apparat. Ne pipe pas une broque.
— Vous êtes une fameuse petite farceuse, la mère, je soupire. Nous confier un toutou piégé, voilà qui n’est pas charitable. Si la Providence n’avait pas fait jouer la clause « Protection in extremis » prévue à l’article 12, nous serions transformés en hamburger-sauce Ketchup.
Elle secoue ses frisettes.
— Je ne comprends rien à ce que vous dites. Mon petit bébé ! Oh !.. Oh ! mon petit bébé…
Et ses larmes redoublent de coulance, s’épaississant dans les frais labours de son maquillage.
Pleure, pleure ! maîtresse infortunée !
Bérurier qui s’en ressent toujours pour les gravosses sur le retour, me glisse à l’oreille :
— Et si qu’aurait gourance, mec ?
Mondain, il s’informe :
— Excusez-moi si j’vous demande pardon, petite maâme, auriez-vous-t-il confié vot’ clébard à quéqu’un avant d’viendre nous voir ?
Dame Kaufmann démêle tant bien que mal le questionnaire et déclare :
— Je l’ai mis out un moment pour qu’il aille faire ses besoins, yes, pourquoâ ?
Le Rutilant exulte :
— Cherchez pas plus loin l’esplicance : un farceur lu a bricolé le collier.
— Bien sûr, fais-je, un type d’une grande malignité qui prévoyait la sortie du toutou, possédait une charge explosive miniaturisée, et se doutait que mémère allait nous rendre visite !
— Qui t’dit que c’est nous qu’on visait, l’artiss ?
— La vioque se pointe et nous laisse son Médor sous un prétexte tire-bouchonneux un instant avant qu’il saute ! Non mais t’as trop lu de B.D. infantiles, Gros, t’arrives à saturation !
Il renaude :
— Moi, j’lu donnerais l’Bon Dieu sans confection, c’est au pif qu’ j’juge les gens.
— Le tien est trop gros, des petits fripons peuvent s’y glisser en resquille.
Tandis que nous jactons et que pleurache l’Américaine, le gars Equal bricole le bigophone. Je pige qu’il s’occupe de relever le compteur, ce qui est un aveu implicite de ses basses œuvres. Il y a un moment, il m’affirmait avec impudence ne rien savoir de la chose dont j’avais été le témoin oculaire. Il œuvre avec dextérité. Ses gestes révèlent le technicien entraîné.
Bérurier se fait tendre avec Daisy. Elle l’inspire de plus en plus et il lui masse les mamelons de très affectueuse manière.
— Quand est-ce qu’on a des loloches aussi vaillants, on va pas chialer sur un chien, ma poule ! J’vous en offrirai un beau qu’on ira choisir au fournil d’la S.P.A., pas une crevure à cheveux longs comme çui qui vient d’sauter, mais un tout vrai cador plein d’bons yeux fidèles, av’c une chopine de terrassier sous l’ventre, quoi merde !
Il ponctue sa promesse d’un baiser goulu. La bouche poisseuse, il se la torchonne d’un coup de manche.
— Faudra vous décamoter un brin l’clapoir si vous v’lez qu’on fasse plus z’ample connaissance, chérie.
« Et pis pas vous parfumer à la lance d’incendie av’c un parfum à la gomme qui pique les naseaux du brave. J’sais pas ce dont vous avez, les dames, à vous recouvrir l’odeur naturelle pourtant si délicate. Moi, j’serais pour qu’on créassasse des contre-parfums. Que ça change, bordel ! Sana, toi qui fais si bien semblant d’êt’ intelligent d’partout, que croives-tu d’mon idée ? Les anti-parfums ? T’imagines ? Dégueuli de Lancôme, Vinasse de Rochas, Gros pet de Lanvin, Renvoi d’nougat, de Molyneux. Tu parilles qu’ ça boumerait ? »