Bouge ton pied, que je voie la mer
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #109
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-01992-5
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Bouge ton pied, que je voie la mer». Краткое содержание книги:
J'ai bougé mon pied.
Elle a vu la mer.
Et du même coup, le spectacle le plus effarant, le plus incrédulant, le plus tout ce que tu voudras qui se puisse imaginer !
Si tu ne crains pas les péripéties, entre avec nous dans la ronde, mon pote.
On n'a pas le temps de s'embêter.
D'ailleurs, on n'a même pas le temps de comprendre.
Mais on n'est pas là pour ça, hein ?
Sa dextre est maintenant logée sous la robe de Daisy et il lui fourrage la cressonnière comme s’il y avait égaré son dentier.
— Pleure plus, la grosse, ça va t’faire des châsses comm’ des f’nêt’ gothiques. Tu veux qu’on passe dans ta chambre, qu’ j’te console en plein ? Un brin d’tendresse, au débotté, quand un julot trémousse du braque, c’est pas négligeable. T’as maté mes préludances ? Vise un peu la manière qu’Bouboule s’agite dans sa case ! Sans t’commander, fais-y-lui un’ p’tite bienvenue d’la main, y a rien qui l’mett’ mieux en joye ! Deux, trois tapes affectueuses et il est tout follingue ! Ça aime les flatteries, ces grosses bébêtes !
« Ah ! ah ! t’es surprise par l’gabarit du perchoir, non ? Tu croilliais pas à du goume d’c’t’importance ! Tu t’dis qu’av’c un mandrin carrossé MacCormick et un pot d’vaseline d’à toute fin utile, ton ouiquinde s’rait assuré, non ? Allez, amène tes brancards, Lolotte, j’t’promets qu’dans moins d’pas longtemps, ton toutou joli, tu t’souviendras même plus qu’il a eguesisté. »
Et, péremptoire, sûr de lui, Gradube emporte sa conquête dans la chambre contiguë.
Walter Equal, qui termine le défurinage de son bivalveur latéral mince, compucte l’inflateur convexe de l’appareil et le porte à son oreille. Il écoute, écoute, l’œil fixe, ses lèvres sombres entrouvertes sur les plus belles dents blanches qui se puissent écarter pour libérer une haleine fraîchouillarde.
— C’est beau ? lui demandé-je.
— Just a minute, please, rétorque le Noir.
Qu’à le voir, si tendu et recueilli, tu croirais qu’il écoute jouer du Mozart dans la chapelle Seventine.
Son audition dure une bonne minute d’environ soixante-deux secondes, puis il tactoche l’empahuteur et me tend l’objet.
— Très intéressant, dit-il.
Premier geste coopératif de sa part. J’apprécie.
Le goumigneur a enregistré une communication téléphonique :
« — Ah ! bon, vous êtes là ! fait en anglais d’Amérique une voix pressée, masculine. Nos deux amis ont eu un très grave accident : ils sont morts. »
« — Mon Dieu ! s’exclame pieusement chère Daisy. »
« — Comme un malheur n’arrive jamais seul, ce que vous savez a disparu. »
« — Oh ! non ! »
« — Avez-vous agi, de votre côté ? »
« — A l’instant. »
« — Alors adoptez la solution “s”, mais faites vite, car vous devinez ce qu’il peut se produire ! »
Fin de l’émission.
Le camarade Equal me défrime à travers le miroitement de ses besicles. Son sourire Colgate s’accentue.
— Vous ne trouvez pas que cela devient palpitant ? il me demande.
— On devrait l’écrire et le vendre à la Columbia, renchéris-je.
Notre confortable dialogue est interrompu par un chant superbe, gras et ample, en provenance de la chambre. Il fait vibrer les cendriers sur la table de verre et s’égosiller les piafs d’alentour, gagnés par l’émulation.
Je reconnais les paroles approximatives des Millions d’Arlequin, rengaine d’avant les guerres, ayant trouvé refuge dans l’âme-musée du Gros.
— C’est quoi, cet effroyable type ? demande Walti.
— Mon adjoint, l’officier de police Bérurier, présenté-je ; un homme très bien sous tous les rapports, bien qu’il ne change de tricot de corps que deux fois l’an et qu’il porte des chaussettes noires afin qu’on ne puisse voir quand elles sont trouées.
— Donc, vous êtes de la police française ?
— Commissaire San-Antonio. Et vous ?
— Moi, j’appartiens à la C.I.A. ; je m’occupe de la branche « Fox ».
— Ne s’agit-il pas de la police interne de la C.I.A. ?
— Exact.
— Vous enquêtez sur vos propres effectifs ?
— Toujours exact. Plus nos hommes sont efficaces, plus nous les surveillons de près, en vertu du fait qu’il existe des pyromanes chez les pompiers.
— En somme vous ne laissez pas vos pompiers jouer avec des allumettes ?
— Voilà.
Un silence, très relatif, car Bérurier continue de donner l’aubade à la grosse ; il chante faux, mais comme il chante fort, on s’en aperçoit moins.
Il entonne à présent Le cœur est un grelot. Ses prestations vocales me déconcertent quelque peu car je m’attendais à une autre tyrolienne de sa part lorsqu’il a entraîné chère Daisy vers sa couche de volupté.
— Kaufmann aussi appartenait à la C.I.A. ? reprends-je.
— Pourquoi dites-vous qu’il « appartenait » ?
— Parce que votre honorable maison n’emploie pas les morts, que je sache.
Walter Equal bondit.
— Vous prétendez qu’il…
— J’ai moi-même découvert son corps au fond de sa bagnole, sur l’avenue George-V, à Paris.
Mon pote bougne ôte ses lunettes pour les essuyer, comme si elles étaient brouillées par des larmes.
— Bon Dieu de bois, je flairais un truc de ce genre !
— Dites donc, fais-je, j’ai abattu mes brèmes le premier, vous pourriez étaler les vôtres. En prenant les atouts de chaque jeu, on devrait gagner la partie, non ?
— Kaufmann est mon boss, enfin était. C’est lui qui a levé le cas Sliffer et qui a voulu prendre les choses en main.
— Pourquoi vous attachiez-vous à la surveillance de sa bonne femme, s’il était votre patron, Walti ?
— Parce que j’avais des doutes au sujet de Daisy. J’ai bien essayé de les exprimer, en haut lieu, mais on m’a envoyé sur les roses, plutôt mochement. Alors je me suis mis en disponibilité afin de m’occuper d’elle.
— Vous la connaissiez ?
— Je ne l’avais jamais vue avant d’arriver à Marbella.
— Ces fameux doutes, ils sont de quelle nature ?
— Un petit prêteur sur gages de Brooklyn qui servait de boîte aux lettres à un réseau étranger, m’a confié différentes choses intéressantes avant de crever des quatre balles de 9 que je venais de lui grouper dans les tripes. Il ne se croyait pas foutu et tentait encore de se ménager un avenir potable. Parmi ses confidences, figurait celle-ci : « Une “taupe” se trouve parmi vous, il s’agit de l’épouse d’un haut fonctionnaire, tout ce que je peux vous dire à son sujet, c’est qu’elle est d’origine hongroise par sa mère. » Là-dessus, il a rendu l’âme. J’ai fait ma petite enquête : Daisy Kaufmann est d’origine hongroise par sa mère. Sympa, non ?
— Et vos chefs n’ont pas voulu vous croire ?
— Ils la jugent trop conne pour être autre chose qu’une conne, vous voyez le topo ? Ils se sont tout de même livrés à une enquête à son propos, qui n’a absolument rien donné. Et comme je m’acharnais, on m’a fait comprendre que mon obstination n’était pas appréciée. Rien de plus borné qu’une administration.
La porte de la piaule s’ouvre et un Béru hilare, très simplement vêtu de sa chemise et de ses chaussettes se montre, les pommettes rubescentes, l’œil en lanterne japonaise. Sa merveilleuse zézette pend comme le tuyau débranché d’une colonne à essence.