Un lieu incertain
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #6
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Éditions 84
- ISBN: 978-2290023501
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Un lieu incertain». Краткое содержание книги:
— Je sois allé vérifier cela tout à l’heure. Plögener était pleinement autrichien, il est né en Styrie à Mautern. Je parle de lui seul car personne n’est tout à fait quelque chose, ma grand-mère est issue par la Roumania et ainsi tout le monde. Et Vaudel était un Français ? Vous n’avez rien comme « Pfaudel » ou « Waudel » ou autre chose avec son nom ?
— Non, dit Adamsberg qui, le menton calé sur sa main, paraissait atterré par la bouillie nouvelle de Conrad Plögener. On a dépouillé ses archives personnelles aux trois quarts, il n’y a aucun lien avec l’Autriche. Attendez, Thalberg, il y a au moins une relation avec la langue allemande. Une Frau Abster, à Cologne, qu’il semble avoir aimée longtemps.
— J’inscris. Abster. Je cherche dans ses intimes papiers.
— Vaudel lui a écrit une lettre en allemand, à poster après sa mort. Donnez-moi une minute, je cherche le papier.
— Je me souviens du texte, dit Froissy. Bewahre unser Reich, widerstehe, aufdass es unantastbar bleibe.
— Suivi d’un mot en russe qui signifie Kiss Love.
— J’inscris. Un peu solennel je trouve, mais les Français sont souvent éternalistes en amour, à l’inverse de ce qui est dit. Nous avons donc une Frau Abster qui découpe ses anciens amants. Je fais une plaisanterie bien sûr.
Adamsberg adressa un signe à Estalère, qui fila aussitôt. Meilleur spécialiste en café de la Brigade, Estalère savait sur le bout des doigts les préférences de chacun, avec sucre ou pas, avec ou sans lait, serré ou allongé. Il savait qu’Adamsberg avait tendance à prendre la tasse à bord épais décorée d’un oiseau orange. Voisenet — ornithologue — disait avec dédain que cet oiseau ne ressemblait à rien de sensé, et ainsi s’ancraient les habitudes. Il n’y avait pas de servilité dans le souci d’Estalère de mémoriser les goûts de chacun, mais une passion pour les détails techniques, si petits et nombreux soient-ils, et qui, peut-être, le rendait inapte à la synthèse. Il revint avec un plateau parfait, alors que le commissaire viennois présentait l’image d’un écorché, sur lequel les policiers autrichiens avaient teinté de noir les zones les plus abîmées par le Zerquetscher. Adamsberg lui envoya en retour le dessin français réalisé la veille, avec ses impacts rouges et verts.
— Je sois convaincu qu’il faut rencontrer les deux affaires, commissaire.
— Je sois convaincu aussi, murmura Adamsberg.
Il but une gorgée de café, enregistrant l’image de l’écorché et ses zones noires, la tête, le cou, les articulations, les pieds, les pouces, le cœur, le foie, une copie presque conforme de leur propre schéma. Le visage du commissaire réapparut.
— Cette Frau Abster, envoyez-moi son adresse, je vais la faire visiter à Köln.
— En ce cas, vous pourriez lui faire porter la lettre de son ami Vaudel.
— En effet, ce serait aimable.
— Je vous en envoie copie. Ménagez-la pour lui annoncer sa mort. Je veux dire qu’il n’est pas nécessaire de lui fournir les détails du crime.
— Je ménage toujours, commissaire.
— Le Zerquetcheur, répéta plusieurs fois Adamsberg, pensif, quand la conférence eut pris fin. Armel Louvois, le Zerquetcheur.
— Zerquetscher, rectifia Danglard.
— Que pensez-vous de sa tête ? demanda Adamsberg en attrapant le journal que Danglard avait posé sur la table.
— Une photo d’identité fige les traits dans une pose rigide, dit Froissy, respectueuse de l’éthique qui bannissait tout commentaire sur le physique des suspects.
— C’est vrai, Froissy, il est fixe, rigide.
— Parce qu’il regarde l’appareil sans bouger.
— Ce qui lui donne une tête d’abruti, dit Danglard.
— Mais quoi encore ? Voit-on le danger sur ses traits ? La peur ? Lamarre, aimeriez-vous le croiser dans un couloir ?
— Négatif, commissaire.
Estalère prit le journal et se concentra. Puis il renonça et le rendit à Adamsberg.
— Quoi ? demanda le commissaire.
— Je ne trouve pas d’idée. Je le trouve normal.
Adamsberg sourit et posa sa tasse sur le plateau.
— Je vais voir le médecin, dit-il. Et les ennemis imaginaires de Vaudel.
Adamsberg consulta ses montres, en décalage l’une par rapport à l’autre, et la moyenne des heures lui indiqua qu’il disposait d’un peu de temps. Il souleva Cupidon, qui avait une curieuse allure depuis que Kernorkian avait coupé des mèches pour prélever du crottin, et traversa la grande salle en direction du chat sur la photocopieuse. Adamsberg les présenta l’un à l’autre, expliqua que le chien n’était ici qu’à titre provisoire, à moins que son maître ne meure, à cause du salaud qui lui avait empoisonné le sang. La Boule déplia partiellement son énorme corps rond, accorda un peu d’attention à la bête agitée qui léchait les montres d’Adamsberg. Puis il reposa sa grosse tête sur le capot tiède, indiquant que tant qu’on continuait à le porter jusqu’à son écuelle et qu’on lui laissait la photocopieuse, la situation l’indifférait. À condition évidemment que Retancourt ne s’amourache pas de ce chien. Retancourt était sienne, et il l’aimait.
XX
Devant la porte de l’immeuble, Adamsberg prit conscience qu’il n’avait pas mémorisé le nom du médecin de Vaudel, alors que ce type avait sauvé le chaton et qu’ils avaient trinqué ensemble sous l’appentis. Il trouva sa plaque vissée au mur, Dr Paul de Josselin Cressent, ostéopathe somatopathe, et il se fit une idée plus précise de son dédain envers les lieutenants qui lui avaient barré la route avec de simples bras.
Le gardien regardait la télévision, tassé sur un fauteuil roulant sous des couvertures, les cheveux gris et longs, la moustache sale. Il ne tourna pas le regard, non qu’il voulût être désagréable mais, comme Adamsberg, il semblait incapable de regarder son film tout en écoutant un visiteur.
— Le docteur est sorti pour une sciatique, dit-il finalement. Sera là dans un quart d’heure.
— Il vous soigne aussi ?
— Oui. Il a de l’or dans les doigts.
— Il s’est occupé de vous dans la nuit de samedi à dimanche ?
— C’est important ?
— S’il vous plaît.
Le gardien demanda quelques minutes parce que le feuilleton s’achevait, puis abandonna l’écran sans l’éteindre.
— Je suis tombé en me couchant, dit-il en montrant sa jambe, j’ai pu me traîner jusqu’au téléphone.
— Mais vous l’avez rappelé deux heures plus tard ?
— Je me suis déjà excusé. Mon genou gonflait comme un melon. Je me suis déjà excusé.
— Le docteur dit que vous vous appelez Francisco.
— Francisco, exactement.
— Mais j’ai besoin de votre nom complet.
— Ce n’est pas que ça m’embête mais en quoi ça vous intéresse ?
— Un des patients du Dr Josselin a été assassiné. On note tout, on est obligés.
— Le boulot, quoi.
— C’est cela. Je vais simplement noter votre nom, dit Adamsberg en sortant son carnet.
— Francisco Delfino Vinicius Villalonga Franco da Silva.
— Bon, dit Adamsberg qui n’avait pas eu le temps d’écrire. Je suis désolé, je ne connais pas l’espagnol. Où s’arrête votre prénom, où commence votre nom ?
— C’est pas de l’espagnol, c’est du portugais, dit l’homme après un rude claquement de mâchoires. Je suis brésilien, mes parents ont été déportés sous la dictature de ces fils de pute que Dieu les damne on les a jamais retrouvés.