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La forêt de cristal [The Crystal World - fr]

Электронная книга - «La forêt de cristal [The Crystal World - fr]». Краткое содержание книги:

Des arbres entièrement cristallisés, des feuilles transformées en joyaux, des oiseaux sculptés dans du quartz, des hommes recouverts de pierres précieuses… et heureux dans la mort…
C’est ce que recèle la forêt de cristal où l’unité du temps et de l’espace sont la signature de chaque feuille et de chaque fleur.

Une « science-fiction » d’une beauté fantastique, qui nous révèle un univers où le temps a une dimension inversée et où la mort semble plus séduisante que la vie.
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— Il n’y a rien à vous raconter, Suzanne, vous avez tout vu dans la forêt.

— Pas tout, Edward, un jour il faudra que vous m’y emmeniez.

V. L’hôtel blanc

Le lendemain matin, vêtu des vêtements du mort, Sanders revit Louise Péret. Il avait passé la nuit dans un des quatre chalets vides qui formaient les côtés d’une petite cour derrière le bungalow des Clair. Le personnel européen avait quitté l’hôpital et avant le petit déjeuner, Sanders erra dans les chalets déserts, essayant de se préparer à revoir Suzanne. Les quelques livres et revues abandonnés sur les rayons, les boîtes de conserves inutilisées dans la cuisine, semblaient les restes d’un monde lointain.

Son nouveau costume avait été la propriété de l’ingénieur belge d’une des mines. D’après la coupe du pantalon et de la veste, l’homme avait dû avoir à peu près son âge ; il était mort d’une pneumonie quelques semaines auparavant. Dans la poche de la veste, Sanders trouva quelques morceaux d’écorce et des feuilles mortes. Il se demanda si l’homme avait attrapé son dernier refroidissement en ramassant ces objets naguère cristallisés dans la forêt.

Suzanne Clair n’apparut pas au petit déjeuner. Quand Sanders arriva au bungalow des Clair, le domestique l’introduisit dans la salle à manger et Max Clair le salua en levant l’index.

— Suzanne dort, elle a eu une nuit difficile, la pauvre, beaucoup d’indigènes rôdent dans la brousse, pensant récolter une moisson de diamants, je suppose. Ils ont amené leurs malades avec eux, des incurables pour la plupart. Et vous, Edward, comment vous sentez-vous ce matin ?

— Bien. Et merci pour le costume.

— Le vôtre est sec à présent. Un des boys l’a repassé ce matin. Si vous voulez vous changer ?

— Non, vraiment, celui-là est plus chaud. Sanders tâta la serge bleue. Cette étoffe sombre lui paraissait plus appropriée à sa rencontre avec Suzanne que son complet de coton léger, c’était un bon déguisement pour ce monde infernal où elle dormait le jour et n’apparaissait que la nuit.

Max mangeait son petit déjeuner de bon appétit, prenant son pamplemousse à deux mains. Depuis leur réunion de la veille il s’était complètement détendu, comme si l’absence de Suzanne lui donnait enfin une chance de ne plus se tenir sur ses gardes devant Sanders. Ce dernier devina qu’on lui avait délibérément laissé ces quelques minutes de solitude avec Suzanne pour qu’il pût juger si possible de la raison pour laquelle Max et elle étaient venus à Mont Royal.

— Edward, vous ne m’avez pas encore parlé de votre visite d’inspection, qu’est-il arrivé exactement ?

Sanders jeta un coup d’œil à Max, intrigué par son détachement.

— Vous en avez probablement vu autant que moi. Toute la forêt se vitrifie. À propos, connaissez-vous ce Thorensen ?

— Notre ligne téléphonique passe par son bureau à la mine. Je l’ai rencontré quelquefois. Ce costume appartenait à un de ses ingénieurs. Il est toujours en train de manigancer quelque chose.

— Et cette femme qui vit avec lui ? Séréna Ventress. Je suppose que leur aventure est connue par ici ?

— Pas du tout. Ventress ? Quelque cocotte qu’il aura ramassée dans un dancing de Libreville.

— Pas exactement. Sanders décida de n’en pas dire davantage. Pendant qu’ils finissaient de déjeuner, il décrivit son arrivée à Port Matarre et le voyage à Mont Royal en finissant par sa visite à la zone d’inspection. Puis, comme ils passaient ensuite devant les salles vides de chaque côté de la cour, il fit une allusion à l’explication de l’Effet Hubble donnée par le professeur Tatlin et à ce qui était d’après lui sa réelle signification.

Max, cependant, n’avait pas l’air de s’intéresser à tout cela. Il regardait évidemment la forêt cristallisée comme une monstruosité de la nature, un phénomène qui s’épuiserait de lui-même et le laisserait continuer ses soins à Suzanne. Il écarta habilement les allusions détournées de Sanders à l’état de sa femme. Avec une certaine fierté, il fit visiter l’hôpital à Sanders, lui montra les nouvelles salles, l’équipement radiologique que Suzanne et lui avaient fait monter depuis leur arrivée.

— Croyez-moi, Edward, c’était du travail, bien que nous ne puissions nous en attribuer tout le mérite. Les compagnies minières fournissent la plupart des malades et donc la plus grosse partie de l’argent.

Ils longeaient la clôture à l’est de l’hôpital. À une certaine distance au-delà des bâtiments à un étage ils pouvaient voir toute l’étendue de la forêt, sa douce lumière brillant comme une voûte de vitrail au soleil matinal. Bien que encore contenue par la route près de l’hôtel Bourbon, la zone cristallisée paraissait s’être étendue de plusieurs kilomètres, descendant à travers les régions boisées le long des rives du fleuve. À deux cents pieds au-dessus de la jungle l’air semblait scintiller continuellement, comme si les atomes en déliquescence dans le vent étaient remplacés par ceux qui s’élevaient de la forêt.

Des cris, des bruits de coups de cannes détournèrent le cours des pensées de Sanders. À 50 mètres un groupe de porteurs de l’hôpital s’avançaient à travers les arbres de l’autre côté de la clôture. Ils repoussaient une foule d’indigènes massés sous les arbres, ou assis à l’ombre. Les porteurs sifflaient, battaient le sol autour des pieds des indigènes, faisant parade de leur force sans l’utiliser.

Sanders se rendit compte, en regardant sous les arbres, qu’il y avait là au moins 200 indigènes serrés les uns contre les autres en petits groupes autour de leurs ballots et de leurs bâtons, regardant au loin la forêt de leurs yeux mornes. Tous semblaient infirmes ou malades avec des visages déformés, des bras et des épaules squelettiques. Ceux qu’on repoussait reculèrent de quelques mètres sous les arbres, traînant leurs malades avec eux, mais les autres restèrent où ils étaient. Ils semblaient inconscients des bâtons et des coups de sifflet. Sanders devina qu’ils n’étaient point attirés vers l’hôpital par l’espoir d’être aidés ou soignés, mais qu’ils le considéraient simplement comme un boucher temporaire entre la forêt et eux.

— Max, mais que diable ! Sanders franchit la clôture métallique. Le groupe le plus proche était à 20 mètres de lui, les corps sombres presque invisibles au milieu des détritus dans les broussailles sous les arbres.

— Une tribu de mendiants, expliqua Max en suivant Sanders par-dessus la clôture. Il rendit son salut à l’un des porteurs. Ne vous inquiétez pas d’eux, ils se déplacent tout le temps aux environs. Croyez-moi, ils ne veulent pas vraiment des secours.

— Mais Max ! Sanders fit quelques pas dans la clairière. Les indigènes l’avaient jusque-là observé avec indifférence mais quand il approcha ils eurent quelques réactions. Un vieil homme à la tête bouffie se recroquevilla comme pour échapper au regard de Sanders. Un autre cacha ses mains mutilées entre ses genoux. Il ne semblait pas y avoir d’enfants, mais Sanders vit çà et là un petit paquet attaché sur le dos d’une femme estropiée. Partout les mêmes mouvements lents tandis qu’ils bougeaient sur place, déplaçant à peine leurs épaules, comme s’ils eussent été conscients qu’il leur était impossible de se cacher.

— Max, ce sont des…

Clair lui prit le bras, l’attira vers la clôture.

— Oui, Edward, ce sont des lépreux. Ils vous suivent à travers le monde, n’est-ce pas ? Je suis désolé que nous ne puissions rien faire pour eux.

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