La forêt de cristal [The Crystal World - fr]
- Автор: Баллард Джеймс Грэм
- Год: 1967
- Язык: французский
- Год: Deno
- Переводчик: Claude Saunier
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La forêt de cristal [The Crystal World - fr]». Краткое содержание книги:
C’est ce que recèle la forêt de cristal où l’unité du temps et de l’espace sont la signature de chaque feuille et de chaque fleur.
Une « science-fiction » d’une beauté fantastique, qui nous révèle un univers où le temps a une dimension inversée et où la mort semble plus séduisante que la vie.
Après ces mots, il entra dans la cuisine et Sanders l’entendit un instant plus tard pénétrer dans la chambre à coucher.
Entouré par les corps luisants des quatre Africains gravés par le givre sur l’obscurité, Sanders attendit que Thorensen réapparaisse. Puis il finit par tourner les talons et suivre ses guides, abandonnant Thorensen et Séréna Ventress barricadés ensemble dans le sépulcre du pavillon. En pénétrant dans la forêt, il jeta un regard en arrière sur la véranda où le jeune Africain, Kagwa, l’observait toujours. Son corps sombre, presque exactement séparé en deux par les pansements blancs, rappela à Sanders Louise Péret et ses allusions au jour de l’équinoxe. Et réfléchissant à sa brève conversation avec Kagwa, il commença à comprendre pourquoi Thorensen essayait de garder Séréna dans la zone touchée par la cristallisation. Craignant qu’elle ne mourût, il préférait cette immolation, cet état semi-animé dans les cavernes de cristal à sa mort physique dans le monde extérieur. Il avait peut-être vu des insectes et des oiseaux retenus vivants à l’intérieur de leurs prismes et avait peu judicieusement décidé que cela offrait le seul moyen d’évasion possible pour sa jeune femme mourante.
Suivant un sentier qui contournait le petit lac formé par le ruisseau, ils se dirigèrent vers le centre d’inspection, qui, d’après Sanders, devait se trouver un kilomètre plus bas sur le fleuve. Avec un peu de chance, une unité de l’armée serait stationnée près de la zone touchée et les soldats pourraient suivre leurs traces et aller sauver Thorensen et Séréna Ventress.
Les deux guides avançaient d’un pas rapide, s’arrêtant à peine de temps à autre pour s’orienter. L’un précédait Sanders, l’autre, celui qui portait une casquette, le suivait à dix mètres. Au bout d’un quart d’heure, quand ils eurent fait plus d’un kilomètre, ils se trouvaient toujours au milieu de la forêt. Sanders comprit alors que les marins n’avaient point réellement pour tâche de le guider vers la sécurité. En l’envoyant dans la forêt, Thorensen sans aucun doute l’utilisait comme appât, selon l’expression de Ventress, convaincu que l’architecte tenterait de rejoindre Sanders pour avoir des nouvelles de sa femme enlevée.
Quand ils entrèrent pour la deuxième fois dans une petite clairière entre deux groupes de chênes, Sanders s’arrêta et revint sur ses pas à la rencontre du marin à la casquette. Il commença à lui faire des reproches mais l’homme secoua la tête et de sa carabine fit signe à Sanders de continuer à marcher.
Cinq minutes plus tard, Sanders découvrit qu’il était seul. Le sentier en face de lui était désert. Il revint jusqu’à la clairière où les ombres vides brillaient sur le sol du sous-bois. Les guides avaient disparu dans les fourrés.
Sanders jeta un coup d’œil en arrière sur les sombres grottes autour de la clairière, guettant un bruit de pas, mais les fourreaux des arbres chantaient et craquaient tandis que la forêt se refroidissait dans l’obscurité. Au-dessus de lui, à travers les lacis s’étendant sur la clairière, il vit le globe déchiqueté de la Lune. Autour de lui dans les murs hyalins, les étoiles reflétées brillaient comme des lucioles.
Il reprit le sentier. Ses vêtements commençaient à luire dans l’obscurité, le gel couvrant son costume paraissait pailleté dans la lumière stellaire. Des pointes de cristal poussaient sur le cadran de sa montre emprisonnant les aiguilles dans un médaillon de pierre de lune.
Cent mètres derrière lui, une détonation retentit à travers les arbres. Une carabine répondit deux fois. Une confusion s’ensuivit, bruit de pas qui couraient, cris, coups de fusil. Sanders s’accroupit derrière un arbre. Brusquement tout redevint calme. Sanders attendit, scrutant l’obscurité qui l’enveloppait. Quelques bruits indistincts lui parvinrent du sentier. Puis un cri bref, une deuxième détonation du fusil de chasse. Une voix africaine se mit à gémir doucement, lointaine.
Sanders revint sur ses pas à travers les arbres. À cinq mètres du sentier, dans un creux parmi les racines d’un chêne, il trouva un de ses deux guides, mourant. L’homme était à demi assis contre un tronc, lancé contre les racines par la force du coup. Il regarda Sanders approcher d’un œil vague, une main sur le sang qui coulait de sa poitrine fracassée. À dix pieds de lui gisait sa casquette, portant l’empreinte d’un petit pied.
Sanders s’agenouilla à côté de lui. L’Africain détourna la tête ; ses yeux humides regardaient entre les arbres le fleuve lointain dont la surface pétrifiée s’étendait comme de la glace étincelante de blancheur jusqu’à la forêt de pierre précieuse sur la rive opposée.
Une sirène mugit dans la direction de la gloriette. Sanders se dit que Thorensen et ses hommes auraient tôt fait de se débarrasser de lui et il se releva. L’Africain mourait calmement à ses pieds. Sanders l’abandonna, traversa le sentier et se dirigea vers le fleuve.
Quand il atteignit la rive, il vit le yacht amarré dans un bassin d’eau claire à cinq cents mètres, à l’embouchure d’une petite rivière serpentant devant un embarcadère en ruine. Sur le pont, un projecteur éclairé jouait sur la surface blanche s’étendant à côté de l’eau au fond du chenal dans le fleuve.
Sanders s’accroupit, puis bondit entre les hautes herbes poussant sur les berges. Il se mit à courir et son ombre mouvante, illuminée par le projecteur, tremblotait en face de lui parmi les arbres vitrifiés dont la lumière de pierre précieuse diaprait cette sombre image de lui-même.
À huit cents mètres plus bas sur le fleuve, le chenal s’était élargi en un glacier. De l’autre côté, Sanders aperçut les toits lointains de Mont Royal. Comme une chaussée de gaz gelé, le glacier coulait dans l’obscurité, fendu de profondes failles. Au fond courait l’eau glacée du lit originel. Sanders regarda dans les failles, espérant voir quelques traces du corps de Radek, échoué peut-être sur les plages de glace.
Il fut forcé d’abandonner le fleuve quand la surface se morcela en une succession de cataractes géantes. Il approchait des abords de Mont Royal. Les contours gelés de la palissade et des débris d’équipement militaire marquaient l’emplacement de l’ancienne zone d’inspection. La roulotte du laboratoire, les tables, le matériel, avaient été enveloppés par le gel intense. Les branches dans la centrifugeuse s’étaient de nouveau épanouies en brillants rameaux de pierres précieuses. Sanders ramassa un casque abandonné devenu un porc-épic de verre et l’enfonça dans une vitre de la roulotte.
Dans l’obscurité, les maisons aux toits blancs de la ville minière luisaient comme les temples funéraires d’une nécropole. Leurs corniches étaient ornées d’innombrables flèches et gargouilles, reliées à travers les rues par le treillis glacé qui s’étendait sans cesse. Un vent glacial tourbillonnait dans les rues désertes devenues des forêts d’aiguilles fossiles s’élevant à hauteur de la taille, et les autos y étaient enchâssées comme des sauriens blindés dans le fond d’un antique océan.
Partout s’accélérait le processus de transformation. Les pieds de Sanders étaient revêtus d’énormes pantoufles de cristal. Avec ces sortes d’éperons, il pouvait marcher sur les aspérités de la route, mais les aiguilles opposées fusionneraient bientôt et il serait scellé au sol.
À l’est, l’entrée de la ville était fermée par la forêt et la route en éruption. Sanders repartit vers le fleuve traînant la jambe, espérant pouvoir franchir la série de cataractes et revenir vers le camp de base au sud. Quand il escalada le premier des blocs de cristal il entendit les eaux souterraines au-dessous de la moraine coulant à flot vers le fleuve libre.