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La forêt de cristal [The Crystal World - fr]

Электронная книга - «La forêt de cristal [The Crystal World - fr]». Краткое содержание книги:

Des arbres entièrement cristallisés, des feuilles transformées en joyaux, des oiseaux sculptés dans du quartz, des hommes recouverts de pierres précieuses… et heureux dans la mort…
C’est ce que recèle la forêt de cristal où l’unité du temps et de l’espace sont la signature de chaque feuille et de chaque fleur.

Une « science-fiction » d’une beauté fantastique, qui nous révèle un univers où le temps a une dimension inversée et où la mort semble plus séduisante que la vie.
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— Commandant, j’avais presque oublié… Est-ce que Louise est avec vous ? Mlle Péret ?

— Elle est restée au camp avec les autres visiteurs, docteur. Nous avons pensé que vous pourriez sortir de la forêt par ici, je surveillais la route. Aragon s’écarta et la lumière des phares de sa voiture éclaira le visage de Sanders. Il le regarda dans les yeux, comme s’il essayait d’évaluer l’intensité du choc produit par la forêt. Vous avez de la chance d’être là, docteur. On craint que bien des soldats ne se soient égarés. Et on pense que le capitaine Radek est mort. La région touchée par la cristallisation s’étend dans toutes les directions. Elle a plusieurs fois la surface de la zone primitive.

Le chauffeur de la voiture d’Aragon arrêta le moteur. Sanders s’avança sur son siège quand les phares faiblirent.

— Louise, commandant, est-elle en sécurité ? Je voudrais la voir.

— Demain, docteur. Elle viendra au dispensaire de vos amis. Il faut que vous les voyiez d’abord, elle le comprend. Le Dr Clair et sa femme sont au dispensaire en ce moment. Ils vous soigneront.

Il repartit vers sa voiture qui tourna et s’éloigna rapidement sur la route sombre.

Cinq minutes plus tard, après quelques kilomètres sur une route latérale tournant devant une vieille mine, la Land Rover entra dans la cour de l’hôpital de la mission. Quelques lampes à pétrole brûlaient dans les dépendances et plusieurs familles indigènes se blottissaient près de leurs chariots dans la cour, répugnant à s’abriter à l’intérieur. Les hommes étaient assis en groupe près de la fontaine vide au centre, et la fumée de leurs petits cigares s’élevait en plumes blanches dans l’obscurité.

— Le Dr et Mme Clair sont-ils ici ? demanda Sanders au chauffeur.

— Oui, monsieur. Le chauffeur jeta un coup d’œil à Sanders, doutant encore de cette apparition qui s’était matérialisée hors de la forêt cristalline.

— Vous êtes le docteur Sanders ? se risqua-t-il à demander en garant la voiture.

— Oui. Et ils m’attendent.

— C’est vrai, monsieur, le Dr Clair est allé hier à Mont Royal vous chercher, mais les choses vont mal en ville, il est revenu.

— Je sais. Tout est désorganisé, je suis désolé de l’avoir manqué.

Quand Sanders sortit de l’auto, un petit homme rond à la silhouette familière, vêtu d’une veste de coton blanc, descendit à la hâte l’escalier et vint à sa rencontre. Ses yeux myopes saillaient sous un grand front bombé.

— Edward ! Mon cher ami, enfin, vraiment ! Il prit le bras de Sanders. Mais où étiez-vous donc ?

Pour la première fois depuis son arrivée à Port Matarre, depuis même son départ de la léproserie de Fort Isabelle, Sanders se détendit.

— Ah, Max, je me le demande ! Je suis bien content de vous revoir. Il serra fortement la main de Clair. C’est insensé ce qui se passe ici. Comment allez-vous, Max, et comment va Suzanne ? Est-elle… ?

— Elle va bien, elle va bien. Attendez un instant. Il laissa Sanders sur les marches, retourna auprès des chauffeurs indigènes de la Land Rover, leur donna une tape sur l’épaule, regarda les autres indigènes accroupis sur leurs ballots dans la faible lumière des lampes et leur fit un signe de main. À 800 mètres, au-delà des toits des dépendances, un immense dais de lumière argentée luisait dans le ciel nocturne au-dessus de la forêt.

— Suzanne sera heureuse de vous voir, Edward, dit Max en rejoignant Sanders. Il paraît plus soucieux que naguère, se dit Sanders. Nous avons beaucoup parlé de vous. Je suis désolé, pour hier après-midi. Suzanne avait promis de visiter un des dispensaires des mines et quand Thorensen m’a prévenu de votre arrivée, nos lignes ne fonctionnaient plus. C’était évidemment une mauvaise excuse et Max sourit comme pour se justifier.

Ils entrèrent dans la cour intérieure et la traversèrent pour aller vers un long chalet au fond.

Sanders s’arrêta et jeta un coup d’œil à travers les fenêtres dans les salles vides. Quelque part, un générateur ronronnait et quelques lampes brillaient au fond des couloirs, mais l’hôpital paraissait désert.

— Max, j’ai fait une épouvantable erreur, dit Sanders rapidement en espérant que Suzanne n’arriverait pas pour l’interrompre. Une demi-heure plus tard, quand ils seraient tous les trois détendus, à boire dans le salon confortable des Clair, la tragédie de Radek cesserait de paraître réelle. Ce capitaine Radek, un médecin militaire, je l’ai découvert au centre de la forêt, complètement cristallisé. Vous voyez ce que je veux dire ? Max acquiesça de la tête, observant Sanders d’un regard plus attentif que d’ordinaire. J’ai cru que la seule façon de le sauver était de le plonger dans le fleuve. Mais il a fallu que je l’arrache au sol, des cristaux se sont détachés, je n’avais pas compris !

— Edward ! Max lui prit le bras et essaya de le guider le long du sentier. Il n’y a aucune…

— Max, fit Sanders, en le repoussant, Max, je l’ai retrouvé ensuite. J’avais arraché la moitié de son visage et de sa poitrine !

— Voyons, fit Max en serrant les poings, je vous en prie, vous n’êtes pas le premier à vous tromper, cessez de vous faire des reproches.

— Max, comprenez-moi, il ne s’agit pas seulement de cela. Sanders hésita. L’important, c’est qu’il voulait retourner dans la forêt et être de nouveau cristallisé ! Il savait, Max, il savait !

Clair baissa la tête et s’éloigna de quelques pas. Il jeta un coup d’œil aux portes-fenêtres sombres du chalet et aperçut la haute silhouette de sa femme.

— Suzanne est là, dit-il, elle sera contente de vous voir, Edward, mais et d’un air vague, comme distrait par des sujets autres que ceux décrits par Sanders, il ajouta : « Vous voulez sûrement vous changer, j’ai un costume qui vous ira, celui d’un malade européen, décédé, si cela ne vous fait rien. Il faudra manger quelque chose, il fait diablement froid dans la forêt. »

Sanders regardait Suzanne Clair. Au lieu de s’avancer pour l’accueillir, elle avait reculé dans l’obscurité du salon et Sanders se demanda d’abord s’il restait encore entre eux quelque chose de l’embarras de naguère. Sanders avait beau croire que son aventure passée avec Suzanne les avaient liés, Max et lui, bien plus qu’elle ne les avait séparés, Max semblait distant, nerveux, on eût dit que l’arrivée de Sanders l’irritait, lui déplaisait.

Mais Sanders vit alors le sourire accueillant sur le visage de Suzanne. Elle portait une robe d’intérieur de soie noire qui rendait sa haute silhouette presque invisible dans les ombres du salon et la pâle lampe de son visage flottait au-dessus comme un nuage.

— Suzanne, enfin je vous revois. Sanders lui prit la main et se mit à rire. J’avais peur que vous n’ayez été tous les deux avalés par la forêt. Comment allez-vous ?

— Je suis très heureuse, Edward. Tenant toujours le bras de Sanders, Suzanne se tourna vers son mari. Je suis ravie que vous soyez venu. Vous pourrez partager la forêt avec nous maintenant.

— Ma chère, je crois que le pauvre homme en a déjà eu plus que sa part. Max se baissa derrière le divan poussé contre les rayons de livres et alluma la lampe de bureau qu’on avait posée par terre. Une lumière tamisée illumina les lettres d’or au dos des reliures de cuir, mais le reste de la pièce resta dans une demi-obscurité. Te rends-tu compte qu’il est resté emprisonné dans la forêt depuis hier après-midi ?

— Emprisonné ? Suzanne se détourna de Sanders, alla vers les portes-fenêtres, ferma celle qui était restée ouverte. Elle regarda un instant le ciel nocturne brillant au-dessus de la forêt puis s’assit dans un fauteuil près du petit meuble d’ébène le long du mur du fond. Est-ce bien là le mot à employer ? Je vous envie, Edward, cela a dû être une merveilleuse expérience.

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