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Bouge ton pied, que je voie la mer

Электронная книга - «Bouge ton pied, que je voie la mer». Краткое содержание книги:

— Bouge ton pied que je voie la mer, soupira Véra.
J'ai bougé mon pied.
Elle a vu la mer.
Et du même coup, le spectacle le plus effarant, le plus incrédulant, le plus tout ce que tu voudras qui se puisse imaginer !
Si tu ne crains pas les péripéties, entre avec nous dans la ronde, mon pote.
On n'a pas le temps de s'embêter.
D'ailleurs, on n'a même pas le temps de comprendre.
Mais on n'est pas là pour ça, hein ?
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— J’aimerais bien rester seul, messieurs.

L’Enflure en rougit de surexcitation. Le voilà qui fourrage à grandes onglées dans son pantalon où la peau de ses testicules, dont la superficie avoisine celle d’une aile delta, le démange chaque fois qu’il va devoir en découdre et il me dit, sans me regarder, d’un ton presque triste :

— Écoute, mec. Les rigolos qu’ostinent à pas moufter, j’commence d’en avoir quine. T’as vu où qu’ça nous a conduits av’c Sliffer ? A force d’à force d’y faire des gracieusetés ménageantes, il nous a claqué ent’ les doigts en nous jouant motus et vivendi. Alors qu’si vous m’eusseriez laissé faire mon p’tit ménage s’lon ma guise, il en aurait jamais su assez suffisamment pour tout nous dire !

Avant qu’il ne se taise, Walti a quitté son attitude du nonchalant qui passe. Il a jeté sa revue, s’est arraché du fauteuil et se met à frotter les paumes claires de ses mains sombres comme un qui s’apprête à enfiler des gants de caoutchouc stérilisés pour t’opérer de la vésicule biliaire.

— Voilà que vous m’intéressez, mes amis, nous déclare-t-il (en français dans le texte). Sliffer ! Un nom qui me fait dresser l’oreille. C’est vous qui devez parler, et non pas moi. Comment connaissez-vous Sliffer et que lui est-il advenu ?

Bérurier pousse un de ces cris surprenants qui lui partent du corps, dans certains cas, et qui tiennent de la corne de brume, de la plainte du caribou de l’Algonquin quand il est en rut, et du tramway ferraillant dans une courbe.

Il met ses chères menottes sur ses non moins chères hanches.

— Mec, commence-t-il, y a des limites qu’on n’doye pas franchir, et toi tu t’asseyes d’ssus. T’outrepasses, si tu voudrais mon sentiment. T’es sans mesures, c’est ça ton drame, mon grand. On est là qu’on t’mendie des esplications, au lieu de nous répondre, tu prétends nous questionner, tu doyes bien sentir qu’ça grince, non ? Quand la logique patine, faut retend’ la courroie, non ? Surtout, croye pas à du racisse d’ma part ; la monstre rouste qu’j’vais avoir l’honneur d’t’décerner, j’la mettrais aussi bien à tut Blanc, t’as ma parole.

Et de rouler soigneusement sa manche droite, comme un qui veut repêcher sa montre tombée dans la fontaine.

Walti prend son stylo, un beau gros stylo du genre Mont-Blanc (Publicité entièrement gratuite, comme toujours chez moi. Je n’accepte des chèques que de mon éditeur) et le tient par le capuchon. Que se produit-il ? Nouveau prodige dans ce livre qui en ruisselle, depuis le titre jusqu’au nom de l’imprimeur, tu verras. Voilà que le stylo produit un clic et s’allonge de deux mètres, car il contient une tubulure télescopique en alliage super-léger, terminée par une aiguille.

— Une piqûre de cette pointe, et vous vous trouvez paralysé pour une semaine, avertit Equal.

Ladite se trouve à quelques centimètres de la bedaine béruréenne…

Sa Majesté qui sort d’en prendre hoche la tête.

— J’me ferai jamais à ces gagedets modernes, avoue-t-il. Moi, j’sus d’un style qu’on s’sert de ses poings et de son pétard dans les cas plus graves. D’nos jours, on va chercher midi à quatorze z’heures, comme dans les films à Jabonde. T’veux qu’je vais te dire, Noirpiot ? C’est pas du jeu ! Hein qu’il frouille, Sana ?

— Heureusement qu’on a de quoi rétablir l’équilibre, déclaré-je calmement en dégainant l’un des feux équipés de silencieux ultramodernes butinés sur les malfrats.

— Écoutez, Walti, lui fais-je, on ne va pas déclencher une guerre nucléaire juste pour décider de qui parlera le premier. Nous savons les uns et l’autre des choses qui pourraient peut-être être mises en commun pour le bien de la communauté, vous ne pensez pas ?

Son sourire prélude à son consentement.

— Peut-être, finit-il par admettre.

Et bon, toujours respectueux des coups de théâtre, moi, auteur à chevrons, je décide qu’on sonne à la lourde, et par ma seule volonté, on sonne !

Magique !

Tu devrais larguer ta charcuterie, camarade, et faire écrivain, c’est plus divertissant et tout aussi cochon.

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Et Pomponnette est laguche, sémillante, mistifrisée, rieuse, son cador de chiasse sur son bras potelé pavoisé par Van Cleef (sous le paillasson), Cartier, Machinchouette, tous les vaillants marchands de jonc de la 5e Avenue.

Sa frime est pochée comme des œufs en meurette, biscotte les effets retard de la drogue. Elle s’en est morflé pour un paquet d’heures, la mère, sans escale pipi.

Elle est very surprise de m’asperger icigo.

— Oh ! si je m’attendais ! Je venais juste donner un petit bonjour à Walti. Figurez-vous que je me suis endormie dans mon fauteuil, hier, en regardant la télévision, pour me réveiller il y a une heure à peine.

— Entrez, entrez ! lui dis-je, plus on est de fous, plus on rit.

Elle me précède jusqu’au livinge, salue la compagnie. Bérurier se met à loucher d’autor sur les bras de la dadame dont certaines crevardes se feraient de belles cuisses appétissantes.

— Ce toutou est amour, il dit, en avançant la main vers Azor qui, crouic, lui gloupe la paluche.

Une rangée de perles rouges frange la délicate menotte à Messire qui se rembrunit.

— Pas très social, vot’ vermine, chère maâme. Faudrait pas qu’il viendrait me chercher, autrement sinon, j’en fais une grosse tache su’ l’mur, c’qui serait dommage vu qu’il est blanc, c’mur.

La survenue inopinée de la vieille pineuse nous découd l’ambiance. Pile au moment qu’on allait se bricoler un nouveau petit Yalta, les trois, vite fait sur le gaz. Les intempestifs, c’est une pure diarrhée, moi je prétends. Les non-souhaités qui te choient sur le râble au moment où tu as école, on devrait les flanquer par la fenêtre, à condition d’habiter au moins le deuxième étage.

Mme Kaufmann se met à glousser, pire que la duchesse de Gloucester, comme quoi un valet, en lui apportant son breakfast lui a raconté elle ne sait quelle histoire de corne-diable à propos d’un météore jailli de la mer. Elle voulait savoir ce qu’en pensait Walti.

Le Noir répond en souriant qu’il va se renseigner et décroche son bavard. Il compose un numéro à toute volée. Le chien-chien continue de mater Béru à travers ses poils, d’un œil qu’on pressent salement hostile.

— Oh ! Seigneur, j’ai oublié de ranger mes bijoux ! exclame la rombiasse. Vous me gardez mon petit chéri, je reviens de suite.

Elle pose le trésor hirsute sur un fauteuil en lui recommandant d’être sage et se trisse précipitamment.

Le gars Equal jacte à présent vigoureusement dans une langue que je ne connais pas, ce qui est rare, et qui doit être un dialecte hispano-lacté, plus ou moins créole avec des racines carrées portugo-azotées.

Je visionne Béru d’un œil anxieux.

— Il me vient une angoisse, lui dis-je.

— C’est p’t’être d’ordre digestif ? soumet le Boulimique.

Au lieu de répondre, j’enquille le canon du pétard dans mon futal, gardant la main sur la crosse gaufrée, prêt à tout et principalement au reste.

Il est de ces instants d’alerte intense où votre chair grince comme l’essieu rouillé d’une vieille charrette surchargée, comme l’écrivait pas plus tard qu’au siècle dernier Mme Oursenoire de l’Académie française. J’en traverse un. Quel surprenant signal d’alarme retentit soudain en moi ? Déclenché par quoi ? Par qui ? Impossible de répondre à cette question. Je ne perds pas le Noir des yeux.

Bérurier se baisse pour ramasser une pièce de monnaie. Ses entrailles momentanément comprimées par le mouvement, le contraignent à s’affranchir d’un gaz en instance. Je demande grand pardon d’un tel détail auprès de mon public élégant et précieux, composé de vieilles seringues bêcheuses qui me bouquinent aux gogues, non sans m’avoir muni du préservatif d’un couvre-livre de cuir, afin de donner à ma couvrante un sérieux que mon texte n’a pas. Donc, je le précise pour ces gentes dames de haut lignage et de plafond bas, qu’Alexandre-Benoît Bérurier loufe, ou pète, ou encore en lâche un, mais un chouette, un terrible, un galvanisant, un qui affirme sa présence, qui montre ses prétentions, qui exprime la vigueur et l’infinie portée du canon qui le tira. Un énorme ! Long, avec des résonances qui n’en finissent pas, des échos rouleurs.

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