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L'Homme aux cercles bleus

Электронная книга - «L'Homme aux cercles bleus». Краткое содержание книги:

« Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? » Ça amuse les Parisiens. Depuis quatre mois, cette phrase accompagne les cercles qui surgissent à la nuit, tracés en bleu sur les trottoirs de la ville. Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent.
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite « suintent » la cruauté. Il le sait, il le sent : bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique.
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Mais Mathilde ne se sentait plus fâchée.

— Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit tout de suite ?

— Pas assez sûre de mon fait, pas la conviction. Et puis vous savez bien que je protège un peu l’homme aux cercles. On dirait qu’il n’a que moi dans la vie. C’est de ces devoirs auxquels on ne se dérobe pas. Et puis merde, j’ai toujours répugné à ce que mes notes personnelles puissent servir de fichiers de délation.

— Compréhensible, dit Adamsberg. Pourquoi dites-vous « avide » pour parler de lui ? C’est drôle, Louvenel a employé le même mot. En tous les cas, vous vous êtes fait, avec toutes ces déclarations au Dodin Bouffant, une sacrée publicité. Il n’y avait qu’à s’adresser à vous pour en savoir plus.

— Pour quoi faire ?

— Je vous l’ai déjà dit. Les manies de l’homme aux cercles sont un encouragement au meurtre.

En même temps qu’il disait « manie » pour faire vite, il avait en mémoire ce qu’avait expliqué Vercors-Laury, que l’homme, en somme, ne présentait pas les caractéristiques du maniaque. Et ça le satisfaisait.

— N’avez-vous reçu aucune visite particulière après la nuit du Dodin Bouffant et l’article de la gazette ? reprit Adamsberg.

— Non, dit Mathilde. Ou bien c’est que toutes les visites que je reçois sont particulières.

— Après cette soirée, avez-vous encore filé l’homme aux cercles ?

— Bien sûr, pas mal de fois.

— Il n’y avait personne dans vos parages ?

— Je n’ai rien remarqué. En réalité, je ne m’en suis pas souciée.

— Et vous ? demanda-t-il en se tournant vers Charles Reyer, que faites-vous ici ?

— J’accompagne madame, monsieur le commissaire.

— Pourquoi ?

— Pour la distraction.

— Ou pour en savoir plus. On m’a dit pourtant que lorsque Mathilde Forestier plongeait, elle plongeait seule, contrairement aux lois de la profession. Ce n’est pas son genre d’avoir le souci de se faire accompagner et protéger.

L’aveugle sourit.

— Mme Forestier était en colère. Elle m’a demandé si je voulais venir voir ça. J’ai accepté. Ça occupe les fins de journée. Mais moi aussi je suis déçu. Vous avez démonté Mathilde un peu trop vite.

— Ne vous y fiez pas, sourit Adamsberg, elle a encore beaucoup de mensonges en réserve. Mais vous, par exemple, étiez-vous au courant de l’article de la gazette du 5e ?

— Ce n’est pas publié en braille, maugréa Charles. Mais pourtant, j’étais au courant. Ça vous comble ? Et vous, Mathilde, ça vous étonne ? Ça vous fait peur ?

— Je m’en fous, dit Mathilde.

Charles haussa les épaules et passa ses doigts sous ses lunettes noires.

— Quelqu’un en avait parlé à l’hôtel, continua-t-il. Un client dans le hall.

— Vous voyez, dit Adamsberg en se tournant vers Mathilde, les informations se propagent vite, jusqu’à ceux qui ne peuvent pas les lire. Qu’est-ce qu’il a dit, ce client dans le hall ?

— Quelque chose comme : « La grande dame de la mer fait encore des siennes ! Elle s’acoquine avec le fou des cercles bleus ! » C’est tout ce que j’en ai su. Pas très précis.

— Pourquoi m’avouer si volontiers que vous étiez au courant ? Ça vous met dans l’embarras. Vous savez que votre situation n’est déjà pas claire. Vous avez débarqué chez Mathilde par miracle et vous n’avez pas d’alibi pour la nuit du meurtre.

— Vous savez ça aussi ?

— Bien sûr. Danglard travaille.

— Si je ne vous l’avais pas avoué moi-même, vous auriez cherché à savoir et vous auriez su. Autant s’éviter le mauvais effet d’un mensonge, n’est-ce pas ?

Reyer souriait de ce méchant sourire avec lequel il voulait hacher tout le cosmos.

— Mais je ne savais pas, ajouta-t-il, que c’était à Mme Forestier que je parlais au café de la rue Saint-Jacques. J’ai fait la jonction plus tard.

— Oui, dit Adamsberg, vous avez déjà dit ça.

— Vous aussi vous vous répétez.

— C’est toujours comme ça à certains moments des enquêtes : on se répète. Les journalistes appellent ça « piétiner ».

— Phase 2 et 3, soupira Mathilde.

— Et puis, brusquement, poursuivit Adamsberg, ça se précipite, on n’a même plus le temps de parler.

— Phase 1, ajouta Mathilde.

— Vous avez raison, Mathilde, dit Adamsberg en la regardant, c’est pareil dans la vie. Ça procède par langueurs et par sursauts.

— C’est banal comme idée, grommela Charles.

— Je dis souvent des choses banales, dit Adamsberg. Je me répète, j’énonce des évidences premières, en bref, je déçois. Ça ne vous arrive jamais, monsieur Reyer ?

— J’essaie d’éviter, dit l’aveugle. Je déteste les conversations ordinaires.

— Pas moi, dit Adamsberg. Ça m’indiffère.

— Ça va, dit Mathilde. Je n’aime pas quand le commissaire prend cette tournure. On va s’enliser. Je préfère vous attendre à votre « sursaut », commissaire, quand la lumière sera revenue dans vos yeux.

— C’est banal comme idée, dit Adamsberg en souriant.

— Il est exact que dans ses métaphores poético-sentimentales, Mathilde ne recule devant aucune énormité, dit Reyer. D’un genre différent des vôtres.

— Est-ce que c’est fini ? Est-ce qu’on peut s’en aller ? demanda Mathilde. Vous m’énervez l’un comme l’autre. Dans un genre également différent.

Adamsberg fit un signe de la main et un sourire, et il se retrouva seul.

Pourquoi Charles Reyer avait-il jugé nécessaire de préciser : « C’est tout ce que j’ai su » ?

Parce qu’il en avait su plus que ça. Pourquoi avait-il avoué ce fragment de vérité ? Pour couper court à toute enquête supplémentaire.

Adamsberg appela donc l’Hôtel des Grands Hommes. Le réceptionniste du hall se souvenait de la gazette du 5e et de ce qu’en avait dit le client. De l’aveugle aussi bien sûr. Comment aurait-il oublié un tel aveugle ?

— Reyer a-t-il voulu des précisions sur l’article ? demanda Adamsberg.

— Effectivement, monsieur le commissaire. Il m’a demandé de lui lire tout l’article de la gazette. Sinon je ne m’en serais pas souvenu.

— Et comment a-t-il réagi ?

— C’est difficile à dire, monsieur le commissaire. Il avait des sourires à glacer le dos qui vous faisaient vous sentir comme un imbécile. Ce jour-là, il a eu un sourire comme ça, mais je n’ai jamais compris ce que cela voulait dire.

Adamsberg le remercia et raccrocha. Charles Reyer avait voulu en savoir plus. Et il avait accompagné Mathilde au commissariat. Quant à Mathilde, elle en connaissait plus long qu’elle n’avait dit sur le compte de l’homme aux cercles. Tout cela pouvait bien sûr n’avoir aucune espèce d’importance. Ça l’ennuyait de réfléchir à ce genre de renseignements. Il s’en débarrassa en les transmettant à Danglard. Si nécessaire, Danglard ferait ce qu’il fallait bien mieux que lui. Ainsi, il pourrait continuer à penser à l’homme aux cercles et à lui seul. Mathilde avait raison, il attendait le sursaut. Il savait aussi ce qu’elle avait voulu dire avec son image éculée de « lumière dans les yeux ». Ça a beau être éculé, ça n’en existe pas moins, la lumière dans les yeux. On en a ou on n’en a pas. Lui, ça dépendait des moments. Et pour l’instant, il savait très bien que son regard s’était perdu en mer on ne sait trop où.

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