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Marina

Электронная книга - «Marina». Краткое содержание книги:

Dans la Barcelone des années 1970, Oscar, quinze ans, a l'habitude de fuir le pensionnat où il est interne. Au cours de l'une de ses escapades, il fait la connaissance de Marina. Fascinée par l'énigme d'une tombe anonyme, Marina entraîne son jeune compagnon dans un cimetière oublié de tous. Qui est la femme venant s'y recueillir ? Et que signifie le papillon noir qui surplombe la pierre tombale ?
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— Tu vois ? Je suis vivante, et bien vivante. Tu vas me promettre de ne rien dire à Germán.

— Pourquoi ? protestai-je. Qu’est-ce que tu as ?

Elle baissa les yeux, avec un air de fatigue infinie. Je me tus.

— Promets-moi.

— Il faut que tu voies un médecin.

— Promets-moi, Óscar.

— Oui, si tu me promets de voir un médecin.

— Marché conclu. Je te le promets.

Elle mouilla une serviette avec laquelle elle nettoya le sang sur sa figure. Je me sentais inutile.

— Maintenant que tu m’as vue comme ça, je ne te plairai plus.

— Je ne trouve pas ça drôle.

Elle continua de se nettoyer en silence, sans me quitter des yeux. Son corps, sous le coton mouillé et presque transparent qui le plaquait, m’apparut fragile et vulnérable. Je fus surpris de n’éprouver aucune gêne à la contempler ainsi. Chez elle non plus, ma présence ne paraissait pas susciter de réaction de pudeur. Ses mains tremblaient pendant qu’elle essuyait la sueur et le sang sur son corps. Je trouvai un peignoir sec pendu à la porte et le lui tendis ouvert. Elle l’enfila et soupira, épuisée.

— Qu’est-ce que je peux faire ? murmurai-je.

— Reste ici, près de moi.

Elle s’assit devant un miroir. Avec une brosse, elle tenta en vain de mettre un peu d’ordre dans sa chevelure emmêlée qui lui tombait sur les épaules. La force lui manquait.

— Laisse-moi faire, dis-je en lui prenant la brosse.

Je la coiffai en silence, nos regards entrecroisés dans le miroir. En même temps, Marina saisit ma main et la serra très fort contre sa joue. Je sentis ses larmes sur ma peau, et je n’eus pas le courage de lui demander pourquoi elle pleurait.

J’accompagnai Marina jusqu’à sa chambre et l’aidai à se coucher. Elle ne tremblait plus et ses joues avaient repris un peu de couleur.

— Merci…, murmura-t-elle.

Je décidai que le mieux était de la laisser se reposer et regagnai ma chambre. Je m’allongeai de nouveau sur le lit et tentai sans succès de retrouver le sommeil. Inquiet, j’écoutais dans le noir les craquements de la grande maison et le froissement du vent dans les arbres. Une angoisse aveugle me rongeait. Trop d’événements s’étaient succédé, et trop vite. Mon cerveau ne pouvait tous les assimiler en même temps. Dans l’obscurité du petit matin, tout semblait se confondre. Mais rien ne me faisait plus peur que de ne pas être capable de comprendre ou de m’expliquer mes sentiments pour Marina. L’aube pointait quand je finis par m’endormir.

Je rêvai que je parcourais les salles d’un palais de marbre blanc, désert et plongé dans les ténèbres. Des centaines de statues le peuplaient. Elles ouvraient leurs yeux de pierre sur mon passage et chuchotaient des paroles que je n’entendais pas. Puis, au loin, je crus voir Marina et courus à sa rencontre. Une silhouette de lumière blanche en forme d’ange la menait par la main le long d’un couloir dont les murs saignaient. J’essayais de les rejoindre quand une porte s’ouvrit et María Shelley apparut, flottant au-dessus du sol et traînant un linceul en loques. Elle pleurait, mais ses larmes n’arrivaient jamais jusqu’à terre. Elle tendit les bras vers moi et, dès qu’elle me toucha, son corps se dispersa en cendres. Je criais le nom de Marina en la suppliant de revenir, mais elle ne semblait pas m’entendre. Je courais, je courais, mais le couloir s’allongeait à mesure que j’avançais. Alors l’ange de lumière fit volte-face et me révéla ses véritables traits. Ses yeux étaient des cavités vides et ses cheveux des serpents blancs. Il riait cruellement, et, déployant ses ailes blanches sur Marina, l’ange infernal s’éloigna. Je sentis dans mon rêve une haleine fétide me frôler la nuque. C’était l’odeur reconnaissable entre toutes de la mort, qui murmurait mon nom. Je me retournai et vis un papillon noir se poser sur mon épaule.

17

Je me réveillai, incapable de respirer. Je me sentais plus fatigué que quand je m’étais couché. Mes tempes battaient comme si j’avais bu deux pots de café noir. Je ne savais pas l’heure, mais à en juger par le soleil, il ne devait pas être loin de midi. Les aiguilles du réveil confirmèrent mon diagnostic. Je me dépêchai de descendre, mais la maison était vide. Mon petit déjeuner, refroidi depuis longtemps, m’attendait sur la table de la cuisine, ainsi qu’un mot :

Óscar,

nous avons dû aller chez le médecin. Nous serons absents toute la journée. N’oublie pas de donner à manger à Kafka. À ce soir, pour le dîner.

Marina

Je relus le mot, étudiant l’écriture, en même temps que je prenais un copieux petit déjeuner. Kafka daigna apparaître quelques minutes plus tard et je lui servis un bol de lait. Je ne savais que faire de ma journée. Je décidai de me rendre à l’internat pour chercher quelques vêtements et dire à Mme Paula de ne pas se soucier de ma chambre car je partais passer les vacances en famille. Le trajet jusqu’au collège me fit du bien. J’entrai par la porte principale et me dirigeai vers le logement de Mme Paula au troisième étage.

Mme Paula était une brave femme qui avait toujours un sourire pour les internes. Elle était veuve depuis trente ans et Dieu seul savait depuis combien de temps au régime. « C’est que, vous savez, j’ai naturellement tendance à grossir », disait-elle toujours. Elle n’avait pas d’enfants et, maintenant qu’elle frôlait les soixante-cinq ans, elle dévorait des yeux les bébés qu’elle voyait passer dans leurs poussettes quand elle allait au marché. Elle vivait seule, sans autre compagnie que deux canaris et un énorme téléviseur Zenit qu’elle n’éteignait jamais avant que l’apparition des portraits de la famille royale sur fond d’hymne national ne l’envoie au lit. Elle avait les mains usées par les lessives. Les veines de ses chevilles gonflées faisaient peine à voir. Les seuls luxes qu’elle se permettait étaient une visite tous les quinze jours au salon de coiffure et la lecture de Hola. Elle adorait tout savoir de la vie des princesses et admirer les atours des stars du showbiz. Quand je frappai à sa porte, Mme Paula était en train de regarder « L’après-midi chez vous » qui donnait un remake du Rossignol des Pyrénées dans le cadre d’un programme musical consacré à Joselito. En guise d’accompagnement, elle s’était préparé une réserve de pain grillé largement tartiné avec du lait condensé et de la cannelle.

— Bonjour, madame Paula. Excusez-moi de vous déranger.

— Voyons, mon petit Óscar, tu ne me déranges jamais ! Entre, entre…

Sur l’écran, Joselito chantait une charmante petite chanson à un chevreau sous le regard attendri d’une paire de gardes civils. À côté de la télévision, une collection de statuettes de la Vierge partageait la vitrine d’honneur avec des vieilles photos de son mari, Rodolfo, dégoulinant de brillantine dans son superbe uniforme de la Phalange. Malgré sa dévotion pour son défunt mari, Mme Paula était enchantée de la démocratie car, comme elle disait, maintenant la télé était en couleur et puis il fallait marcher avec son temps.

— Dites donc, quelle affaire, l’autre nuit ! À la télévision, ils ont montré le tremblement de terre en Colombie, et, mon Dieu, je ne sais pas, mais j’ai été prise d’une de ces peurs…

— Ne vous inquiétez pas, madame Paula, la Colombie est très loin.

— Bien sûr, mais comme ils parlent aussi espagnol, je ne sais pas, mais je me dis que…

— Soyez sans crainte, il n’y a aucun danger. Je voulais vous dire de ne pas vous faire de souci pour ma chambre. Je vais passer Noël en famille.

— Oh, Óscar, comme je suis contente !

Mme Paula me connaissait depuis que j’étais petit et était convaincue que tout ce que je faisais était parfait. « Toi, on peut dire que tu es doué », répétait-elle, bien qu’elle n’ait jamais réussi à expliquer pour quoi. Elle insista pour que je boive un verre de lait et mange des biscuits qu’elle préparait elle-même. Je m’exécutai malgré mon manque d’appétit. Je restai un moment avec elle en regardant le film et en acquiesçant à tous ses commentaires. La brave femme devenait bavarde comme une pie dès qu’elle avait de la compagnie, c’est-à-dire presque jamais.

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