L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1965
- Язык: французский
- Год: Presse Pocket
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
Là-dessus elle me cloque l'adresse des réjouissances : Chez la Comtesse Scatolovitch, boulevard Maurice-Barres à Neuilly. J'ai en outre droit à celle de son costumier à qui elle va cuber pour annoncer notre venue tardive. Ayant pris note, je drive la charmante jusqu'à son véhicule à essence qui l'attend patiemment devant une porte cochère et derrière le papillon bleu dont un contractuel poète a décoré son pare-brise.
Il y a des journées d'exception. Celle-là en est une.
Je retourne à fond de train chez les Bérurier. En attendant l'heure du dîner, le Mahousse déguste un camembert onctueux comme un sermon d'évêque.
— C'est pas vrai ! s'exclame-t-il en m'apercevant, tu as oublié quèque chose ?
— Je viens vous chercher pour vivre une folle équipée, mes lapins, leur dis-je. Ce soir, nous allons à un bal costumé, vous et moi !
La Gravosse pousse des cris d'orfèvre.
— Vous n'êtes pas sérieux, commissaire !
— Je le suis on ne peut plus. Ça se passe en l'hôtel particulier de la comtesse Scatolovitch à Neuilly. Il y aura tout le gratin parisien !
— J'aimerais mieux le gratin dauphinois, plaisante le Mastar.
— Pas d'esprit, coupé-je, à l'impossible nul n'est tenu. Suivez-moi chez le costumier pour choisir vos travestis.
— Mon rêve ! se pâme B.B.
Le Gros est également ravi, mais il est centriste à l'idée d'abandonner ce magnifique camembert dans la force de l'âge. Il s'explique sur les raisons secrètes de sa navrance :
— Le camembert, me dit-il, n'est vraiment bon que pendant quelques heures de sa vie. Un calandos extra à midi est mort le soir et lycée de Versailles !
Il porte sa boîte entamée jusqu'à mon œil, ce qui n'est pas grave, mais par la même occasion, il l'approche de mon nez et j'éprouve un léger vertige.
— Voilà un Monsieur que je viens d'opérer juste au bon moment, me commente le Gros. D'accord, je pourrais le finir en rentrant, mais ce ne serait plus pareil. En ce moment il est prêt. Pendant que je cause, tiens, il commence déjà à dire bonsoir M'sieurs-Dames.
« C'est quasiment comme une femme, quoi ! Faut profiter quand elle dit oui, parce qu'après elle dit non ! »
— Tu te prépares, au lieu de bavarder ! fulmine la ravissante baleine en coiffant un chapeau que n'avait pas encore osé imaginer mon camarade Dubout.
Le bitos en question a la forme d'une pagode qu'on aurait recouverte d'hortensias. Berthy enfile maintenant des gants longs comme ceux d'un policeman tandis que Béru déchire la page d'annonces de France-Soir pour emballer son camembert. Après un regard en biais à son épouse, il enfouit le tout dans sa poche intérieure et nous partons.
Un qui ne regrette pas d'avoir embrassé sa pittoresque profession, c'est le fripier. Pour du bon temps, c'est du bon temps que nous nous offrons dans son vestiaire. Berthe Bérurier essayant des costumes, c'est une cérémonie qui vaut le Gala de l'Union. Nous avons le très rare privilège de pouvoir l'admirer tour à tour : en Diane chasseresse, en Marquise de Pompadour, en Marie-Antoinette, en Joséphine de Beauharnais, en Mimi Pinson, en Joconde, en Duègne, en Infante d'Espagne, en Dauphine (avec hennin Gordini), en Isabeau de Bavière, en Marguerite de Bourgogne (elle ressemble déjà à la tour de Nesle), en Gauloise, en Impératrice Eugénie, en Diane de Poitiers (Vienne), en Sans-Culotte (elle douée pour), en Catherine de Médicis, en Madame de Maintenant, en Vénus, en Vers et en Contretout. Chaque fois qu'elle s'affuble, le Gravos pousse des cris d'admiration. Son amour pour le Cétacé croît à vive allure. Il se rend compte de ses possibilités, à Berthe.
C'est de la femme transformable et qui peut tout se permettre. Il n'a pas épousé une dame : il en a épousé vingt, trente, cinquante en une seule !
C'est grisant, non ? Un vrai meccano, cette B.B. ! Vous lui mettez un bout d'étoffe noué d'une certaine manière sur les endosses et ça devient instantanément quelqu'un de différent.
Il en pleure sur son camembert, mon valeureux. Il attire mon attention sur les formes de sa Madame. Il dit qu'avec une carrosserie pareille elle peut tout se permettre, la Baleine.
Il demande au costumier s'il n'aurait pas un reste de beaujolais parce que le plus méritoire des calandos, si on ne l'arrose pas, ça devient vite delà pâte dentifrice.
Le costumier regrette : il est végétarien. Béru déplore. Il regarde l'heure : c'est trop tard pour convertir le loueur de haillons avant la fermeture de l'épicerie du coin.
Une grande discussion éclate entre les Béru. Madame aimerait se loquer en ceci, aussitôt, le Gravos préférerait que ce fût en cela. On me demande de trancher. Alors j'ai l'idée du siècle.
— Ce qu'il faut mes amis, c'est de l'originalité, affirmé-je. Vous devriez choisir l'un et l'autre un déguisement du second degré.
— S'il y en a ici, je veux bien, accepte facilement Béru. Qu'est-ce que c'est comme tenue, le second degré ?
Je m'explique.
— Non seulement vous allez revêtir des costumes historiques, mais de plus, Berthe va se déguiser en homme et Béru en femme. Vous parlez d'un raffinement, non ? Ce sera le clou de la soirée !
L'idée les ravit. Avec l'aide autoritaire du fripier, qui commence à avoir envie de vivre sa vie tout seul, nous transformons Berthe en Du Guesclin et Béru en Joconde.
Si vous les voyiez, vous seriez obligés de porter un corset de fer because vos côtes fêlées par l'hilarité.
Le loueur de hardes soi-même, qui pourtant a déjà vu pas mal de c… déguisés en Napoléon, rigole sous sa moustache.
— Et vous, Monsieur ? fait-il en me détranchant.
Mon rêve, serait de me travestir tout bêtement en Commissaire San-Antonio. Mais je crains de choquer. Je me loque donc en Incroyable.
— Tu fais un peu pédoque, reproche Béru.
Berthe, qui s'y connaît en virilité (Elle a été nommée experte près des hôtels de passe de la Seine) proteste que je suis au contraire beau comme l'Apollon du Réverbère. Bref, nous sommes parés et nous quittons le superman de l'antimite.
Septième Leçon :
LOUIS XI — LES GRANDES INVENTIONS — LES GRANDES DÉCOUVERTES
Si on l'écoutait, Alexandre-Benoît, c'est tout de suite qu'on irait jouer le grand air de « Coucou, nous voilà » sur la sonnette de madame la Comtesse. Je lui explique que le propre d'une soirée c'est de commencer le soir et, en attendant l'heure propice, j'entraîne mes compagnons dans un café voisin où notre arrivée fait sensation. Le bougnat manque avaler son râtelier en voyant débarquer dans son usine à limonade un Connétable Du Guesclin fort en tétons et une Joconde dont la trogne pourrait servir d'enseigne à son bistrot. Il se produit un grand silence dans la carrée. Les quatre-cent-vingt et unistes qui sévissaient au comptoir en mettent les dés dans leur café. Il y a juste un aveugle imperturbable qui continue de lire dans son coin « Autant en emporte le Vent » traduit en braille. Mais son chien est abasourdi.
— De quoi t'est-ce qu'il s'agit ? balbutie le taulier en traînant ses pantoufles capitonnées princesse jusqu'à nous.
Je lui explique de topo.
— Pour moi, tranche la Joconde, ce sera une bouteille de beaujolais avec une paille car j'ai peur de fout' du picrate sur mon corsage.
Du Guesclin, quant à elle, sollicite une menthe-limonade.
Les consommateurs enhardis font cercle autour de nous. Il y a de l'effervescence à bord. Un chauffeur de taxi dit qu'on se croirait dans un Technicolor de Cecil Bédemille. Y a rien de plus facile à épater que les hommes. Ça commence tôt. Un bébé, vous lui offrez des jouets thermonucléaires ça le laisse froid, mais il est enthousiasmé par une cuillère à café ou par un tire-bouchon. Chez les adultes, c'est encore plus frappant. Ça leur semble naturel qu'on aille vadrouiller dans le Cosmos ou que les Amerlocks envoient la photo dédicacée de Rita Hayworth aux Hiroshimiens sous forme de bombe atomique. Par contre, faites-vous des moustaches-bidons avec un bouchon brûlé et ils s'attroupent pour vous regarder. La seule invention qui ait véritablement bouleversé le monde, c'est le poil à gratter ! On n'a rien trouvé de mieux depuis et on ne trouvera jamais rien de plus fort.