Étoiles, garde-à-vous ! [Starship Troopers - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Мишель Демют
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Étoiles, garde-à-vous ! [Starship Troopers - fr]». Краткое содержание книги:
Pourtant, s’il était impossible d’éviter cela la première fois, pour la seconde… nous avions trouvé la solution.
Si Dillinger avait eu conscience de son acte (ce qui paraît incroyable) alors il avait su aussi ce qui l’attendait. Mais il n’avait sans doute pas souffert autant que la petite Barbara, et peut-être pas du tout.
Mais supposons, ce qui est plus probable, qu’il ait agi sans avoir conscience du mal qu’il faisait ?
Vous me direz que l’on abat les chiens enragés. Oui, mais la folie est une maladie.
A partir de cela, je n’entrevoyais que deux possibilités. Dillinger était incurable et il valait mieux qu’il soit mort, pour lui et pour les autres. Ou bien, convenablement soigné, il aurait pu retrouver l’équilibre et être réintégré dans la société. Mais le seul souvenir de ce qu’il avait fait pendant sa « maladie » l’aurait poussé au suicide car, comment vivre avec cela ?
Supposons encore qu’il réussisse à s’évader avant sa complète guérison et qu’il recommence ? Une fois, deux fois ? Comment expliquer cela aux parents ?
Je ne trouvais qu’une seule réponse.
Je me souvenais d’une discussion durant le cours d’histoire et de philosophie morale de M. Dubois. Il nous parlait des troubles qui avaient précédé l’éclatement de la République d’Amérique du Nord au XXe siècle. Selon lui, des crimes comme celui de Dillinger avaient été à cette époque monnaie courante. La Terreur n’avait pas été le seul fait des Etats-Unis mais aussi de la Russie et de l’Angleterre ainsi que de beaucoup d’autres pays. Mais c’était en Amérique qu’elle avait atteint son sommet, peu avant l’effondrement.
— Les citoyens normaux, rapportait M. Dubois, ne se risquaient plus dans les jardins publics la nuit venue. Ils couraient le risque d’être attaqués par des bandes d’enfants armés de couteaux, de chaînes, de pistolets fabriqués à la maison. Ils pouvaient être volés, molestés et le plus souvent assassinés. Cela dura des années, jusqu’à la guerre entre l’Alliance Russo-Anglo-Américaine et l’Hégémonie Chinoise. Le meurtre, la drogue, le viol et le vandalisme faisaient partie de la vie quotidienne. Dans les écoles, dans les rues aussi bien que dans les parcs.
J’avais essayé d’imaginer cette violence dans nos écoles mais je n’y avais pas réussi. Je ne pouvais pas. Dans nos parcs non plus. Un parc était un endroit où l’on se délassait, où l’on s’amusait. Comment pouvait-on y être assassiné ?
— Monsieur Dubois… y avait-il une police ? Des tribunaux ?
— La police était plus importante que la nôtre. Et ils avaient bien plus de tribunaux. Et ils étaient surchargés.
— Je pense que je ne comprends pas…
Dans notre ville, si une telle chose s’était produite… l’enfant coupable aurait reçu le fouet en même temps que son père. Mais de telles choses ne se produisaient jamais.
— Définissez le terme « délinquant juvénile », m’avait demandé M. Dubois.
— Euh… eh bien, c’était un de ces jeunes qui attaquaient les gens.
— Faux.
— Mais dans le livre…
— Excusez-moi. C’est effectivement ce qui est écrit dans votre livre. Mais il ne sert à rien d’appeler une queue une jambe. « Délinquant juvénile » est un terme contradictoire qui met en évidence le problème et une totale impuissance à le résoudre. Avez-vous déjà eu un chien ?
— Oui, monsieur.
— Est-ce qu’il vous est arrivé de le faire rentrer dans la maison ?
— Euh… De temps en temps, monsieur.
— Bien. Mais quand votre chien commettait une faute, étiez-vous en colère ?
— Ma foi… il ne savait pas. Ce n’était qu’un chien.
— Que faisiez-vous alors ?
— Eh bien, je le grondais, je lui mettais le nez dans son pipi et je lui donnais une fessée.
— Mais il ne comprenait pas ce que vous lui disiez ?
— Non, mais il savait que j’étais en colère contre lui.
— Mais vous venez de me dire que vous n’étiez pas vraiment en colère, qu’il ne pouvait pas comprendre.
C’était tout le style de M. Dubois : amener les gens à se contredire.
— Non, mais il fallait qu’il croie que j’étais en colère. Il fallait qu’il apprenne, non ?
— Je suis d’accord. Mais, après lui avoir fait comprendre que vous désapprouviez son acte, pourquoi vous montrer cruel au point de le fesser ? Vous avez dit qu’il ne savait pas ce qu’il faisait. Pourtant, vous l’avez fait souffrir. Pouvez-vous vous justifier, ou bien êtes-vous sadique ?
J’ignorais ce qu’était un sadique mais je savais très bien ce qu’était un chien.
— Mais il le faut bien, monsieur Dubois ! Il faut le gronder pour qu’il sache qu’il a fait mal, il faut lui mettre le nez dedans pour qu’il comprenne que c’est à cause de ça que vous êtes en colère et il faut bien le frapper pour qu’il ne recommence pas ! Il faut le faire tout de suite ! Plus tard, il ne pourrait pas comprendre. Et même la première leçon ne suffit pas. Il faut recommencer et taper un peu plus fort chaque fois. C’est comme ça qu’il finit par apprendre. Si vous vous contentez de le gronder, c’est du temps perdu. (Et j’ajoutai :) Vous n’avez sûrement jamais eu de chien.
— Des tas. En ce moment, j’élève un basset, avec vos méthodes. Mais revenons à nos délinquants juvéniles. La moyenne d’âge des plus dangereux était inférieure à celle de cette classe… et ils commençaient plus jeunes, en général. N’oubliez jamais ce chien. La police arrêtait souvent ces jeunes. Tous les jours. Est-ce qu’on les grondait ? Oui, et plutôt méchamment. On leur mettait le nez dans leur faute ? Rarement. Les organes d’information gardaient leurs noms secrets. La loi l’exigeait souvent pour les mineurs de dix-huit ans. Est-ce qu’on leur donnait la fessée ? Bien sûr que non ! Pour la plupart, dans leur plus jeune âge, leurs parents ne les avaient jamais corrigés. A l’époque, on croyait couramment que le fait de frapper un enfant, de le punir physiquement, pouvait causer des troubles psychiques permanents.
(Je m’étais dit que mon père n’avait sans doute jamais entendu parler de cette intéressante théorie.)
— Le châtiment corporel était interdit dans les écoles. La flagellation n’était plus en vigueur que dans une toute petite province, le Delaware, et encore pour quelques rares délits. On la considérait comme « un châtiment cruel et inhabituel ». Je ne comprends pas ce genre de considération. Un juge peut toujours se montrer bienveillant mais sa sentence conduira toujours un criminel à souffrir, autrement il ne saurait être question de châtiment. Et la souffrance est, depuis des millions d’années d’évolution, le mécanisme qui protège notre survie en nous donnant l’alerte. Au nom de quoi la société rejetterait-elle un système aussi perfectionné ? Mais il faut dire que cette époque était vouée aux pires divagations pseudo-psychologiques.
» Quant à être inhabituelle. Une punition se doit de l’être, sinon elle est sans effet. (M. Dubois pointa son moignon sur un autre élève.) Que se passerait-il si vous battiez votre chien toutes les heures ?
— Eh bien… il deviendrait peut-être fou…
— Certainement. Et il n’apprendrait rien. Dites-moi donc depuis combien de temps le directeur de cette école n’a pas donné le bâton à un élève ?
— Oh… peut-être deux ans. Ce garçon qui s’était battu avec…
— Peu importe. Cela fait longtemps. Ce qui signifie qu’une telle punition est si inhabituelle qu’elle en est exemplaire, qu’elle instruit. Mais les jeunes criminels de ce temps-là… On ne les frappait pas quand ils étaient bébés, et on ne les fouettait pas pour leurs crimes. Non, le processus était le suivant. Premier délit, un avertissement. On grondait, si vous voulez, sans même juger, souvent. Après quelques délits, l’emprisonnement, cette sentence pouvant être suspendue par une mise en liberté surveillée. Un jeune criminel pouvait être arrêté plusieurs fois avant d’être puni. Et dans ce cas, on l’enfermait en prison, simplement, avec d’autres jeunes criminels qui ne pouvaient que lui apporter d’autres idées criminelles.