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Étoiles, garde-à-vous ! [Starship Troopers - fr]

Электронная книга - «Étoiles, garde-à-vous ! [Starship Troopers - fr]». Краткое содержание книги:

Après la grande guerre atomique de la fin du XXe siècle, le monde ne fut plus que chaos et désordre. Pour éliminer les hordes barbares qui s’étaient formées, les survivants durent remettre leur sort entre les mains de l’armée. Un siècle plus tard la civilisation, arrivée à l’âge des étoiles, restait dirigée par les militaires. Ainsi, c’était en portant les armes, en payant l’impôt de la sueur et du sang, que l’homme du xxie siècle devait acquérir le droit d’être citoyen. Dans cet univers militariste, Juan Rico s’engage le jour de ses dix-huit ans dans l’Infanterie Spatiale. Il ne sait pas quel sort terrible attend le fantassin qui, sur les mondes lointains, affronte les armées arachnides. En s’engageant, il a voulu devenir un homme, mais un soldat des étoiles est-il encore humain ?
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Il me faut dire autre chose à propos de la punition administrative : elle ne vous fait pas marquer au rouge. Non, les dossiers de punitions sont détruits à la fin de la période d’instruction et chacun repart à zéro. Mais vous, bien sûr, vous n’oubliez pas. C’est ce qui compte.

8

Instruis l’enfant selon la voie qu’il doit suivre ; et quand il sera vieux, il ne s’en détournera pas.

Proverbes XXII — 6.

Il y eut encore quelques séances de fouet, mais très peu. Hendrick fut le seul soldat du régiment qui eût été jugé par une cour martiale. Tous les autres, comme moi, reçurent une simple punition administrative. Pour le fouet, bien sûr, il fallait monter jusqu’au commandant du Régiment. Le major Malloy, quant à lui, avait tendance à préférer le renvoi pur et simple avec la mention « indésirable » au poteau de flagellation. Tout bien considéré, le fouet est une forme de compliment, la plus discrète qui soit. C’est une punition qui laisse à penser que vos supérieurs considèrent que vous avez une faible chance de devenir soldat puis citoyen, même si les circonstances semblent prouver le contraire.

Ma punition fut la plus sévère. Tous les autres n’eurent pas droit à plus de trois coups de lanière. Personne ne fut plus près que moi de retrouver ses vêtements civils. C’est une forme de distinction que je ne recommande guère.

Mais il y eut plus dramatique que ma punition ou celle de Ted Hendrick. Une fois, on dressa la potence.

Laissez-moi vous expliquer un peu. Cette histoire, en réalité, n’avait rien à voir avec l’Armée. Le délit n’avait pas été commis au camp et je pense que l’officier de recrutement qui avait accepté ce gars dans l’Infanterie Mobile ferait aussi bien de rendre son scaphandre.

Le gars avait déserté deux jours seulement après notre arrivée au Camp Currie. Ridicule, bien sûr, mais, dans son histoire, rien n’avait de sens. Pourquoi n’avait-il pas démissionné ? La désertion, évidemment, fait partie des fameuses « trente et une manières de casser du bois » mais, généralement, l’Armée ne requiert la peine de mort que pour des cas spéciaux tels que « désertion face à l’ennemi ». Mais elle ne fait aucun effort pour retrouver et ramener les déserteurs. Et c’est d’une logique de fer. Nous sommes tous des volontaires. Je suis un fantassin mobile parce que je l’ai voulu. J’en suis fier et l’Infanterie Mobile est fière de nous. Si un homme ne ressent pas ce sentiment dans toute sa peau, je ne le veux pour rien au monde à mes côtés en cas de pépin. Si je déguste au combat, je veux autour de moi des soldats prêts à me ramener parce que je suis un fantassin et qu’ils sont eux aussi des fantassins et que ma peau a autant d’importance pour eux que la leur. Je n’ai pas besoin de soldats de pacotille qui se planquent quand il y a un coup dur. Il vaut encore mieux avoir un trou dans votre section qu’un faux soldat qui se traîne avec le complexe du conscrit. Donc, si quelqu’un veut s’en aller, laissez-le partir. Ne perdez pas votre temps et votre argent à essayer de lui remettre la main dessus.

Bien sûr, il y en a beaucoup qui reviennent. Ça leur prend parfois des années. Sans férocité, l’Armée leur donne les cinquante coups de fouet auxquels ils ont droit et les relâche au lieu de les pendre. Je suppose que, pour les nerfs d’un déserteur, ça doit être très dur. Il fuit mais personne ne le poursuit vraiment. Il n’est ni citoyen ni résident légal. « Le méchant fuit quand nul ne le poursuit. » La tentation de se rendre et de respirer enfin doit être insupportable.

Mais ce gars-là ne s’était pas rendu. Il était parti depuis quatre mois et je ne crois pas que sa compagnie se souvenait encore de lui. Il n’était resté au camp que quelques heures, et puis il ne s’était pas présenté à un appel du matin, c’est tout.

Il avait assassiné une petite fille.

Il fut arrêté et le tribunal local, en procédant à la vérification d’identité, découvrit qu’il était en état de désertion. Sur intervention du général auprès du Département d’Etat, il fut remis à la justice militaire qui avait un droit de préemption sur les tribunaux civils.

Pourquoi le général était-il intervenu ? Pourquoi n’avait-il pas laissé cette corvée au shérif ? Pour nous « donner une leçon » ? Non, certainement pas. Je suis certain qu’il n’eut jamais l’intention de donner la nausée à ses soldats pour les inciter à ne jamais assassiner de petites filles. Je crois même qu’il aurait sincèrement préféré nous éviter ce spectacle.

Pourtant, il y avait une leçon à en tirer, une leçon que chacun de nous mit très longtemps à assimiler jusqu’à ce qu’elle devienne comme une seconde nature.

L’Infanterie Mobile veille sur les siens – quoi qu’il advienne.

Dillinger – c’était son nom – figurait encore sur les rôles du régiment. Même si nous ne voulions pas de lui, même s’il n’eût jamais dû être des nôtres, il appartenait à notre unité. On ne pouvait pas l’oublier et le laisser entre les mains d’un shérif à des milles de là. Un homme, un homme véritable, abat lui-même son chien quand il doit le faire. Il ne loue pas les services d’un bourreau.

Nous étions responsables de Dillinger. C’était notre devoir.

Ce soir-là, au pas lent, nous nous sommes mis en marche pour le terrain de parade. La musique jouait Dirge for the Umnourned. Dillinger fut amené. Il portait l’uniforme de fantassin mobile. Exactement le même que le nôtre. On lui arracha ses insignes, ses boutons et on lui ôta sa casquette pendant que la musique jouait Danny Deever. A la fin, il ne lui resta plus qu’une tenue brune et bleue qui ne méritait pas le nom d’uniforme. La musique se tut et seuls les tambours roulèrent. Et ce fut fini.

On nous passa en revue et nous repartîmes au pas rapide. Je ne crois pas que personne se soit évanoui. Ce soir-là, évidemment, l’appétit fut en baisse à la cantine et les conversations rares. Ç’avait été une cérémonie sinistre.

Pour la première fois de mon existence, j’avais vu la mort. Mais je n’avais pas été aussi bouleversé que pour la punition de Ted Hendrick. Il était impossible de se mettre dans la peau d’un Dillinger, de dire, comme pour Hendrick : ç’aurait pu être moi. Non, Dillinger avait eu quatre chefs d’accusation contre lui. Le moindre étant la désertion. Mais, à supposer que sa victime fût encore en vie, il aurait été coupable de kidnapping, de rançonnage, de négligence criminelle…

Je n’éprouvais aucune sympathie pour lui. Je ne crois pas à la vieille rengaine qui dit que « comprendre c’est pardonner ». Parfois, plus vous comprenez certaines choses, plus elles vous dégoûtent. Ma sympathie, je la réserve à une certaine Barbara Anne Enthwaite que je n’ai jamais vue, et à ses parents, qui ne la reverront jamais plus.

Ce soir-là, nous avons commencé trente jours de deuil pour Barbara et notre déshonneur. Nous avons paradé sans musique, sans chansons de marche, avec des crêpes à nos drapeaux. J’entendis quelqu’un s’en plaindre une fois et se voir menacer d’une bonne raclée en réponse. Ce n’était pas notre faute, certes, mais notre devoir était de veiller sur les petites filles, non de les assassiner. Il nous fallait laver notre faute, notre déshonneur.

Cette nuit-là, je me demandai comment l’on pouvait empêcher de telles choses. A notre époque, elles sont rares, mais une seule est encore de trop, pour moi. Je n’ai jamais trouvé de réponse satisfaisante. Dillinger avait l’apparence de n’importe lequel d’entre nous et, après tout, ses antécédents ne pouvaient avoir été catastrophiques puisqu’il était arrivé au Camp Currie. Alors, c’était sans doute un de ces cas pathologiques qui se révèlent trop tard.

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