Étoiles, garde-à-vous ! [Starship Troopers - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Мишель Демют
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Étoiles, garde-à-vous ! [Starship Troopers - fr]». Краткое содержание книги:
Mais, au Camp Spooky, nous pouvions nous rendre en ville. Tous les dimanches matins, après le service religieux, nous pouvions prendre la navette jusqu’à Vancouver. Nous revenions pour l’appel du soir. Les instructeurs avaient droit à la nuit du samedi au dimanche et certains obtenaient des permissions de trois jours.
A ma première sortie, à peine descendu de la navette, je pris conscience du changement qui s’était opéré en moi. Johnnie n’était plus adapté à la vie civile. Tout me semblait incroyablement désordonné et compliqué.
Je n’ai rien contre Vancouver. C’est une très belle ville, admirablement située. Les gens y étaient très aimables avec les soldats dont ils avaient l’habitude et ils nous recevaient très courtoisement. Il y avait même dans le centre un foyer avec des hôtesses, où l’on pouvait danser, où l’on accueillait et aidait les garçons trop timides. Moi, par exemple. Oui, moi, à ma grande surprise. Mais essayez donc de passer plusieurs mois sans voir d’autres femelles que celles des lapins de garenne !
Mais pour cette première sortie, je ne me rendis pas au foyer. Je passai la plus grande partie de mon temps à flâner le nez au vent, admirant les maisons, les vitrines des magasins pleines d’objets inutiles (pas une seule arme), les passants dont aucun n’était vêtu pareillement, qui se comportaient au gré de leur fantaisie… et les filles. Surtout les filles.
Je n’avais, me semblait-il, encore jamais pris réellement conscience de leur beauté. Bien sûr, j’avais toujours aimé les filles depuis le jour où j’avais découvert qu’elles différaient vraiment des garçons. Je veux dire que je n’avais même pas traversé cette fameuse phase où, ayant constaté cette différence, le garçon en vient à détester les filles. Moi, je les ai toujours aimées.
Mais ce premier jour à Vancouver, je les ai trouvées merveilleuses. C’était un spectacle ordinaire de les regarder tout simplement marcher. En fait, elles ne marchent pas. Du moins pas comme nous. C’est plus compliqué et infiniment charmant. Il n’y a pas que leurs pieds qui bougent, mais chaque partie de leur corps, chacune dans une direction différente mais avec la même grâce.
J’étais planté au coin d’une rue avec mes camarades et nous aurions pu y rester des heures si un policier ne s’était approché.
— Hello, les gars ! Vous prenez du bon temps ?
Je vis les insignes qui décoraient sa poitrine et, impressionné, je répondis :
— Oui, monsieur l’officier !
— Pas d’officier avec moi. Ici, ça ne se fait pas. Pourquoi n’allez-vous pas au foyer ?
Il nous en donna l’adresse, nous indiqua le chemin à suivre et nous nous mettions en marche - Pat Leivy, « Kitten » Smith et moi – quand il nous lança :
— Amusez-vous bien, les gars… et ne cherchez pas d’histoires.
C’était très exactement ce que l’adjudant Zim nous avait dit en nous voyant embarquer à bord de la navette.
Mais nous ne sommes pas allés au foyer. Pat Leivy, dans son enfance, avait vécu à Seattle et il voulait revoir sa ville natale. Il avait de l’argent et il proposa de nous payer le voyage. Nos laissez-passer n’étaient pas limités à Vancouver et il y avait une navette toutes les vingt minutes. Smith décida de se joindre à nous.
Seattle n’était guère différent de Vancouver et les filles y étaient tout aussi nombreuses. La différence, c’est que Seattle n’avait pas l’habitude des soldats en balade. Pour dîner, nous avons choisi le mauvais endroit, un bar-restaurant près des docks.
Nous n’avons pas vraiment bu. Bien sûr, Kitten Smith avait accompagné son repas de quelques bières, mais il restait aussi aimable que d’habitude, aussi gentil. C’est ce qui lui avait valu son surnom, d’ailleurs[4]. Lors du premier exercice de combat à mains nues, le caporal Jones lui avait dit d’un air dégoûté :
— Un chaton m’aurait cogné plus fort !
Dans ce bar-restaurant, nous étions les seuls militaires. Les autres clients, pour la plupart, étaient des marins. Seattle est un port de commerce important. J’ignorais que les marins ne nous appréciaient pas. Peut-être parce que leur guilde avait essayé bien des fois d’être classée comme équivalent au Service Fédéral, mais sans succès. Je crois que cette histoire remonte à très longtemps, des siècles en arrière.
Il y avait aussi quelques jeunes. Ils avaient à peu près notre âge, l’âge du Service. Seulement, ils ne s’étaient pas engagés. Ils avaient les cheveux longs, l’allure négligée. En fait, j’avais dû leur ressembler avant mon incorporation.
A la table derrière nous, deux de ces jeunes voyous buvaient en compagnie de deux marins marchands et ils échangeaient des remarques à voix haute, destinées à être entendues de tous et de nous en particulier.
Je ne chercherai pas à les répéter ici. Au début, nous n’avons rien dit. Puis les réflexions se firent plus méchantes et les rires plus sonores. A présent, tous les clients du restaurant écoutaient. Kitten se pencha vers moi et murmura :
— Fichons le camp.
Je regardai Pat Leivy sans rien dire : il hocha la tête. Nous avions déjà payé. Nous nous sommes levés.
Ils nous ont suivi dehors.
— Attention ! a murmuré Pat.
Nous avons continué de marcher sans nous retourner.
Ils ont attaqué.
J’ai décoché une manchette à la base du cou au premier qui s’est jeté sur moi et je me suis retourné pour aider Pat et Kitten. Mais l’affaire était déjà terminée. Kitten en avait étendu deux à lui seul et Pat avait réussi à enrouler son adversaire autour d’un réverbère.
Quelqu’un avait dû alerter la police. Sans doute le propriétaire du restaurant. Nous étions encore en train de nous demander ce qu’il fallait faire de nos quatre victimes quand ils arrivèrent. Deux policiers. Le plus âgé nous demanda de porter plainte mais Zim nous avait demandé de ne pas chercher d’histoires. Kitten avait l’air pâle d’un gamin pris en faute. Il dit :
— Je crois qu’ils ont fait une chute.
— Je vois, dit le policier. (Il retira un couteau de la main de mon assaillant. Il cassa la lame sur le bord du trottoir et nous dit :) Les gars, je crois que vous feriez mieux de retourner dans le centre.
Nous avons suivi son conseil. J’étais heureux que Pat et Kitten aient choisi comme moi de ne pas insister. Evidemment, un civil attaquant un membre des Forces Armées, c’est une affaire sérieuse. Mais ils avaient eu leur compte. Alors ?…
Je pense quand même que c’était une bonne chose de ne jamais sortir armé et de savoir neutraliser un agresseur sans le tuer. Tout s’était passé par réflexes.
C’est ainsi que j’ai découvert à quel point j’avais changé.
Nous avons repris la navette pour Vancouver.
Dès notre arrivée au Camp Spooky, nous avions commencé l’entraînement au saut. La rotation était d’un peloton par jour, un peloton au complet, c’est-à-dire une compagnie. On nous conduisait jusqu’au terrain, au nord de Walla Walla, on montait à bord du vaisseau, on décollait… Un petit tour dans l’espace, et puis on sautait et on avait droit à un exercice au sol avant le retour de la balise de rappel. En tout, une bonne journée. Avec vingt compagnies, cela représentait à peu près un saut par semaine, si l’on comptait avec les défections qui accéléraient le rythme. Il faut dire que les conditions de saut se faisaient de plus en plus dures. Nous avions eu droit aux montagnes pour commencer, ensuite à la banquise polaire, au désert australien et, juste avant le brevet, on nous largua au-dessus de la Lune. A trente mètres d’altitude, votre capsule explose et vous éjecte et il faut jouer serré pour se poser avec son scaphandre (pas d’air, pas de parachute !). Une arrivée trop rude, une fuite, et plus de fantassin !
4
Kitten signifie « petit chat ».