La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
Lorsqu’elle fut partie, Jonas n’osa pas me regarder, pas plus que je n’osais moi-même le faire ; tous deux, nous savions à quel genre de festin nous venions d’être conviés.
11. Thècle
J’eus l’impression de rester assis un long moment (alors qu’il ne s’écoula vraisemblablement que très peu de temps), jusqu’au point où mes sentiments me devinrent intolérables. Je me traînai au bord du ruisseau et, agenouillé sur le sol ramolli, je vomis le dîner que je venais de partager avec Vodalus. Puis, lorsque je n’eus plus rien dans l’estomac, je restai là, tremblant et traversé de frissons, et me rinçai longuement le visage et la bouche avec l’eau claire et froide qui avait emporté le vin et la viande à demi digérée que je venais de rendre.
Lorsque je fus finalement capable de me tenir debout, je retournai auprès de Jonas et lui dis : « Il faut partir. »
Il me regarda comme si je lui faisais pitié – et je suppose que tel était le cas. « Les hommes de Vodalus nous entourent.
— Je vois que tu n’as pas été malade comme je l’ai été. Mais tu as appris quels étaient leurs alliés ; et peut-être Chuniald mentait-il.
— J’ai entendu nos gardiens se déplacer entre les arbres ; ils ne sont pas si silencieux que cela. Tu as ton épée, Sévérian, et j’ai un couteau. Mais les hommes de Vodalus ont des arcs ; presque tous ceux qui étaient assis à la table en possédaient un, je l’ai remarqué. On peut bien essayer de se cacher derrière le tronc des arbres comme des alouettes…»
Je compris à quoi il faisait allusion et lui répondis : « Il ne se passe de jour que l’on ne tue des alouettes.
— Oui, mais personne ne chasse de nuit. Et il fera noir d’ici une veille ou deux.
— Viendras-tu avec moi si nous pouvons attendre jusque-là ? » m’enquis-je en lui tendant la main.
Jonas s’en saisit. « Sévérian, mon pauvre ami, tu m’as raconté avoir vu Vodalus – accompagné de la châtelaine Théa et d’un autre homme – à côté d’une tombe qui venait d’être profanée. Ne viens pas me dire que tu ne savais pas ce qu’ils allaient faire avec ce qu’ils s’apprêtaient à en extraire ! »
Je l’avais su, certes ; mais à l’époque ce savoir avait quelque chose de lointain et semblait n’avoir aucun rapport avec la scène. Je me rendais maintenant compte que je n’avais rien à répliquer, et que je n’arrivais même pas à formuler la moindre pensée en dehors de l’espoir de voir rapidement tomber la nuit.
De toute façon, les hommes de Vodalus ne tardèrent pas à arriver : quatre gaillards armés de hallebardes qui pouvaient avoir été des paysans, et un cinquième soldat, ayant vaguement une allure d’écuyer, portant des insignes et un espadon d’officier. Peut-être ces hommes s’étaient-ils trouvés parmi la foule qui se tenait dans la clairière au moment de notre arrivée fracassante ; toujours est-il qu’ils paraissaient bien décidés à ne prendre aucun risque avec nous, et qu’ils gardèrent les armes à la main, même après nous avoir salués des noms de camarades et de compagnons d’armes. Jonas conserva aussi bonne contenance qu’il était possible, et bavarda avec eux tandis qu’ils nous escortaient le long des sentiers de la forêt ; pour ma part je ne pouvais penser à rien, sinon à l’affreuse épreuve qui nous attendait, et marchais comme si j’allais atteindre le bout du monde.
Teur détourna son visage du soleil tandis que nous avancions. L’épaisseur du couvert était telle que pas la moindre lumière ne tombait des étoiles jusqu’au sous-bois, mais nos guides connaissaient si bien leur chemin que c’est à peine s’ils ralentirent. À chaque pas, j’étais sur le point de demander si nous devions obligatoirement nous joindre au festin auquel nous étions conviés, mais je n’avais pas besoin de poser la question pour savoir que refuser – voire sembler hésiter – suffirait à me faire perdre la confiance que Vodalus pouvait avoir en moi, mettant ma liberté et peut-être ma vie en danger.
Nos cinq gardiens, qui avaient commencé par répondre avec une certaine mauvaise volonté aux questions et aux plaisanteries de Jonas, devenaient de plus en plus joyeux au fur et à mesure que mon désespoir s’accroissait, et se mirent à bavarder comme s’ils étaient en route pour la taverne ou le bordel. Je voyais bien, à leur ton, que leurs quolibets étaient autant d’allusions à la soirée à venir, mais ils me restaient aussi incompréhensibles que des gauloiseries de libertin peuvent l’être pour un enfant. « On est bons pour aller loin, ce coup-ci ! J’espère bien plonger profond…» (Ces propos furent lancés par l’homme qui fermait la marche, voix désincarnée surgissant de l’obscurité.)
« Par Erèbe ! Je vais plonger tellement loin que vous ne me reverrez pas avant l’hiver ! »
Une voix, que je reconnus comme celle de l’écuyer, demanda : « L’un d’entre vous l’a-t-il déjà vue ? » Les remarques des soldats n’étaient que de simples vantardises ; mais, dans les quelques mots de l’écuyer, je découvris une forme de désir contenu totalement nouvelle pour moi. On aurait dit quelque voyageur égaré s’enquérant avec angoisse de sa patrie perdue.
« Non, qildgrave. »
Une troisième voix intervint : « Alcmund dit qu’elle est bien, ni trop vieille ni trop jeune.
— Pourvu que ce ne soit pas encore une tribade !
— Je ne crois pas…»
La réponse n’alla pas plus loin, à moins que ce ne fût moi qui n’y aie plus prêté attention. Je venais en effet d’apercevoir un point lumineux entre les arbres.
Au bout de quelques pas, je pus distinguer quelques torches et entendre le murmure produit par de nombreuses voix.
Quelqu’un nous ordonna bientôt de nous arrêter, et l’écuyer s’avança seul pour aller donner le mot de passe à voix basse.
Je me retrouvai peu après assis à même l’humus du sol de la forêt, Jonas à ma droite, et une chaise basse, creusée dans du bois brut à ma gauche. L’écuyer avait pris place à la droite de Jonas, et les autres personnes s’étaient disposées en cercle, un peu comme si elles nous avaient attendus pour cela, autour d’un point au-dessus duquel était placée une lanterne suspendue à une branche ; elle émettait une lueur orange et fumeuse.
J’évaluai à un tiers à peine, par rapport à l’assistance qui s’était trouvée à l’audience tenue dans la clairière, le nombre des personnes présentes à cette réunion. À leur tenue et aux armes qu’elles portaient, il me sembla qu’elles étaient presque toutes de rang élevé, avec un petit nombre d’officiers de certaines unités en faveur. Il y avait environ quatre ou cinq hommes pour une femme, mais elles me parurent aussi belliqueuses d’allure que les hommes, et encore plus avides, si la chose était possible, de voir commencer les festivités.
Cela faisait déjà un certain temps que nous attendions lorsque Vodalus choisit de faire son entrée, surgissant quelque peu théâtralement de l’obscurité pour venir s’asseoir sur le siège vide après avoir traversé la zone de lumière. Toute l’assistance se leva à sa vue, ne se rasseyant qu’après qu’il eut lui-même pris place à côté de moi.