Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
Bollard n’avait que peu dormi. Il n’était pas encore six heures du matin lorsqu’il glissa hors du lit, qu’il s’habilla sans un bruit et quitta le petit appartement de la ferme. Une demi-heure plus tard, il était assis à son bureau du Statenkwartier. Il n’était pas seul. La moitié de son équipe avait passé la nuit sur place.
Janis Christopoulos, un Grec de trente-trois ans, le salua d’une poignée de main qui en disait long.
« Nous avons enfin les portraits-robots d’Italie et de Suède. Six au total. »
Ils s’approchèrent du plus grand mur du poste de commandement, où étaient accrochées toutes les informations recueillies. Christopoulos ajouta trois photographies à la partie suédoise, puis trois à l’italienne. C’étaient des portraits d’hommes. Comme à l’accoutumée, les visages dessinés par ordinateur semblaient sans âge ni âme. Sans doute était-ce lié aux yeux, pensa Bollard.
Cinq aux cheveux sombres, deux dégarnis, une moustache, deux barbes. À ses yeux, l’un d’entre eux semblait asiatique.
« Entre vingt et quarante ans d’après les déclarations, les tailles figurent à côté, fit Christopoulos. Quatre d’entre eux ont été décrits comme originaires des pays du sud ou arabes. Selon un témoin, l’un serait d’origine sud-américaine ou asiatique. »
Le Grec haussa les épaules.
« Rien de plus que des témoignages… En Suède il y avait même un blond parmi les suspects… En ce moment, les portraits circulent parmi les compagnies d’électricité. Mais ils ne trouveront sans doute personne. D’après leurs archives, aucun rendez-vous n’était planifié aux horaires ni aux lieux concernés.
— C’est déjà un début. Il se peut que ces mecs aient quelque chose à voir avec tout ça.
— Nous les recherchons d’ailleurs dans nos banques de données. Comme Interpol et les États-Unis.
— Rien d’autre ?
— Concernant ces enquêtes, non, malheureusement. Nous avons également quelques communications de l’IAEO de Vienne. La centrale de Temelín, en République tchèque, fait part de problèmes sur son système de refroidissement. Les autorités, cependant, ne classent cela qu’au niveau 0 de l’échelle INES, idem pour la centrale d’Olkiluoto en Finlande et celle du Tricastin en France, continua Christopoulos. En revanche, les problèmes survenus sur le système de refroidissement de la centrale de Saint-Laurent sont plus sérieux. »
Bollard avait l’impression qu’on serrait un collet autour de sa gorge. La centrale de Saint-Laurent-Nouan ne se trouvait qu’à une vingtaine de kilomètres de la maison de ses parents.
« La situation est encore floue. On parle d’une pression élevée et d’une température croissante.
— Quel niveau de l’INES ?
— Indéfini.
— Pardonnez-moi », fit Bollard.
Il se hâta vers son bureau et alluma son ordinateur. Il chercha en vain sur Internet des informations concernant cet incident. Les populations n’avaient-elles pas encore été informées ? Il regarda sa montre. Huit heures à peine. Habituellement, ses parents n’étaient pas encore levés. Il composa leur numéro.
Pas de tonalité. Nerveusement, il raccrocha, puis fit une seconde tentative.
Manzano, avachi sur le canapé de sa chambre d’hôtel, travaillait sur son ordinateur lorsqu’on frappa.
Bollard entra.
« Avez-vous bien dormi ? demanda-t-il.
— Oui, et profité d’un bon petit-déjeuner, répondit l’Italien.
— Allons faire des courses. »
Le Français semblait changé aux yeux de Manzano. Plus tendu encore. Ce qui n’était pas surprenant.
« Les magasins sont-ils ouverts ?
— Pour nous, oui. »
Ils traversèrent des rues vides en voiture. Sur le trajet, il montra à Manzano quelques curiosités.
L’Italien lui demanda comment il était arrivé à Europol, à La Haye.
« Rien d’extraordinaire. Une mission intéressante. Des perspectives de carrière. »
Ils passèrent devant un important magasin de vêtements. Bollard se gara dans une rue voisine.
« On va passer par derrière », dit-il. Il tira un sac du coffre.
À l’entrée des fournisseurs, une femme d’un certain âge les laissa entrer, après que Bollard eut échangé quelques mots avec elle et lui eut montré sa carte d’identité.
À l’intérieur, il faisait si sombre que Manzano n’y voyait goutte. Bollard tira du sac deux lampes de poche. Il lui en tendit une. De l’autre, il éclaira l’immense espace plein d’étagères, de tables, de portants remplis d’habits.
« Prenez ce dont vous avez besoin.
— J’ai l’impression d’être un voleur, fit Manzano.
— Vous devriez y être habitué. »
Bien qu’il n’en comprît pas l’allusion, Manzano n’en apprécia pas le ton.
« En tant que hacker, je veux dire », continua Bollard.
L’autre n’avait aucune envie de parler de ça.
Pourtant Bollard continua : « Puisque les hackers entrent par effraction dans la propriété des autres.
— Je ne suis pas entré par effraction, j’ai tiré profit de failles de sécurité. Et je n’ai ni cassé ni volé quoi que ce soit », objecta Manzano qui sentit le besoin de se justifier. Afin de clore la discussion, il alla vers une autre table et en éclaira les chemises.
« Si vous oubliiez de fermer votre porte, s’obstina Bollard, trouveriez-vous normal que des étrangers se promènent tranquillement chez vous ?
— Qu’est-ce que vous voulez ? Vous chamailler ou bien travailler avec moi ? » demanda Manzano. Il prit un pull-over et l’ajusta sur son torse. « Ça pourrait aller. »
Sur l’écran, le fonctionnaire de police hollandais avait observé Bollard et l’Italien quitter la chambre.
« J’y vais, fit-il à son coéquipier. À plus tard. »
Il quitta la salle de vidéosurveillance et descendit de deux étages. À l’aide du double de la clef, il put pénétrer sans difficulté dans l’appartement. Le portable de Manzano se trouvait sur le bureau. Ils avaient récupéré le mot de passe grâce aux caméras. Il y introduisit une clef USB et fit quelques manipulations avant que n’apparaisse la fenêtre de téléchargement. Deux minutes plus tard, le programme était installé. Au bout de trois minutes, il l’avait si bien dissimulé et avait si parfaitement effacé toute trace de sa manipulation que l’Italien ne pourrait le déceler. Il éteignit l’ordinateur et le laissa tel qu’il l’avait trouvé. Il gagna la porte, jeta un dernier coup d’œil alentour, éteignit la lumière et quitta la chambre aussi rapidement et discrètement qu’il y était entré.
Shannon avait dû marcher trois quarts d’heure à travers le froid pour gagner le siège d’Europol. À la réception, on lui avait dit que François Bollard n’était pas là. Après avoir passé un coup de téléphone, l’agent d’accueil l’avait informée qu’il serait bientôt de retour.
Sans autre forme de procès, Shannon s’était laissée tomber dans un fauteuil. Il faisait chaud, on pouvait utiliser les toilettes. Elle avait même pu se laver succinctement. Elle n’eut pas à attendre bien longtemps. Il était dix heures tout juste passé à l’horloge de l’accueil lorsqu’elle vit arriver le fonctionnaire français. Avec lui, un homme de grande taille, une cicatrice fraîchement recousue au front, portant quelques sacs de commissions.