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Black-Out. Demain il sera trop tard

Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:

Par une froide soirée d’hiver, le réseau électrique européen commence à lâcher. De nombreux pays s’enfoncent dans l’obscurité et plusieurs centrales nucléaires mettent en danger la vie de millions d’êtres humains. Menace terroriste ou défaillance technique ? Piero Manzano, ex-hacker italien, croit savoir qui est responsable. Avec l’aide d’un policier français d’Europol, François Bollard, Manzano s’engage dans une véritable course contre la montre face à un adversaire aussi rusé qu’invisible.
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« Lueck ? » hurla-t-il.

Pas de réponse. Il cria une fois de plus.

Le faisceau d’une lampe de poche sortait d’une porte au bout du couloir.

« Ici », entendit Wickley, qui se dirigea à grandes enjambées en direction de la porte.

Il trouva Lueck, chargé de la gestion de crise, dans une pièce allongée, angoissante, étroite, encombrée de machines, de câbles et de tuyaux qui semblaient s’animer à la lueur de la torche. Avec lui, deux hommes en tenue de travail affichant le logo Talaefer dans le dos.

Lueck était un homme fin et petit, dégarni et aux épaisses lunettes.

« Que se passe-t-il, bon Dieu ? » souffla Wickley, cherchant à se maîtriser.

Lueck éclaira une grande chaudière au fond de la pièce.

« Le générateur de secours est hors service », expliqua-t-il.

Wickley sentit la moutarde lui monter au nez.

« Nous sommes l’un des plus importants fournisseurs de l’industrie de l’énergie et nous n’avons même pas de courant ! Êtes-vous conscient que nous nous ridiculisons ? » Sa voix faisait écho parmi les constructions métalliques.

« L’alimentation électrique de secours est, était plutôt, prévue pour trois jours. Elle a probablement été en surcharge. De toutes les manières, il n’y avait presque plus de diesel, répondit Lueck. La mise en place d’une alimentation de secours qui marcherait plus longtemps a été suspendue il y a trois ans. Pour des raisons budgétaires, si je me souviens bien. »

Ce type osait le lui rappeler ! Malheureusement, Wickley ne se souvenait que trop bien de l’assemblée du comité au cours de laquelle ils avaient considéré que c’était du gaspillage que d’investir cinq millions d’euros dans un tel équipement. Seul le directeur en charge des questions de sécurité s’était prononcé pour. Il n’était plus dans l’entreprise. Sans quoi Wickley l’aurait engueulé pour ne pas s’être suffisamment engagé en faveur de ce projet. En fin de compte, c’était bien de sa responsabilité, en tant que cadre supérieur, d’imposer d’importants projets stratégiques, y compris contre l’avis de tous. Une bonne chose qu’ils se soient séparés de ce minable.

« Il nous faut des pièces de rechange et du diesel, fit Lueck. Pour l’instant, on n’a ni l’un ni l’autre.

— Alors trouvez-moi des groupes électrogènes mobiles !

— Ils sont déjà utilisés ailleurs, de même que les camions-citernes.

— Qui, s’il vous plaît, est censé avoir plus d’importance que l’une des plus grosses entreprises de la région, hein ? Qui ?

— Hôpitaux, hébergements d’urgence, services de secours, équipes techniques… » rétorqua Lueck avec un calme provocant.

Wickley haïssait Lueck, parce qu’il ne parvenait pas à lui faire de l’effet ni même à réfuter ses arguments rationnels.

Il réfléchit rapidement puis annonça, en direction des autres : « C’est fichu pour aujourd’hui. On continuera demain. Disons quatorze heures. Et vous, il s’adressait à Lueck, vous faites en sorte que tout remarche demain de bonne heure. Sinon, à l’avenir, vous n’aurez plus jamais à vous occuper de Talaefer. »

Berlin

C’était la quinzième tasse de café que buvait Michelsen aujourd’hui. La nuit passée, comme les précédentes, elle n’avait pour ainsi dire pas fermé l’œil. Depuis que le chancelier avait décrété l’état d’urgence la veille, elle pouvait à peine manger. Au sein de la situation room, et parce que les équipes avaient été agrandies, les collaborateurs se tassaient. Ils devaient faire appel à tous ceux qui étaient disponibles. Quelques-uns, en revanche, avaient disparu.

Michelsen passait le plus clair de son temps au téléphone avec des responsables des services de secours. L’air était rance et humide. Dans le brouhaha général, elle parvenait difficilement à entendre sa propre voix. Les équipes techniques et l’armée avaient commencé à mettre en place les hébergements d’urgence. Dans toutes les grandes villes allemandes, ils équipaient les gymnases, les palais des congrès et autres lieux publics réquisitionnés en matelas, lits de camps, couvertures, sanitaires mobiles, équipes médicales de base et denrées alimentaires. La police sillonnait les régions concernées à bord de voitures équipées de haut-parleurs et incitait les populations à rejoindre les camps. Priorité était donnée aux familles avec enfants, aux personnes malades et âgées. C’est surtout ces deuxième et troisième catégories que les fonctionnaires devaient trouver. De nombreux seniors isolés n’entendaient pas les haut-parleurs. Ou ils étaient trop faibles pour quitter leur domicile, après deux jours de froid, parfois sans eau ni nourriture, sans ascenseurs. Ceux qui n’avaient ni parents ni voisins pour s’occuper d’eux étaient recueillis par les policiers, qui allaient de porte en porte, les trouvaient et leur expliquaient ce qu’ils devaient faire, ou appelaient les secours pour qu’ils dépêchent une ambulance.

Pendant ce temps, les équipes techniques installaient dans tout le pays des groupes électrogènes pour les activités locales sensibles, telles les cabinets médicaux, les exploitations agricoles — il n’y en avait pas assez pour toutes, seulement pour les plus importantes. Les réserves de combustible de l’État furent distribuées ; nombreux étaient les hôpitaux sur le point d’arrêter leur activité parce que bientôt à court de diesel. Grâce aux réserves stratégiques avoisinant les vingt-cinq millions de tonnes, l’État disposait de suffisamment de pétrole brut et raffiné pour couvrir les besoins du pays pendant quatre-vingt-dix jours. Alors que le brut était entreposé dans des salines abandonnées en Basse-Saxe, le raffiné se trouvait dans des cuves en hauteur réparties sur l’ensemble du territoire. Ainsi, les camions pouvaient mettre à profit la gravité pour remplir leurs citernes, plutôt que d’avoir à pomper. Mais le problème des jours à venir n’était pas tant la quantité de carburant à disposition que les moyens — camions-citernes et chauffeurs — pour l’acheminer là où on en avait besoin.

Et il en allait de même dans le reste de l’Europe. Ce devait être pire encore pour les pays scandinaves. Tandis qu’en Allemagne les températures avoisinaient le zéro, il faisait moins dix-huit degrés à Stockholm. Les températures ne devenaient positives qu’au sud des Alpes.

Dans la centrale nucléaire de Saint-Laurent, les systèmes de refroidissement de secours étaient en partie ou totalement hors service — personne ne le savait vraiment. Fait jusqu’à présent dissimulé aux populations, l’Organisation atomique internationale à Vienne avait classé l’incident au niveau 2 de l’échelle INES. Cela signifiait que la centrale avait dû laisser échapper de la vapeur radioactive afin de faire chuter la pression dans le réacteur. Michelsen repoussa la sombre pensée qu’en cas de pénurie de diesel, de nombreuses centrales européennes auraient à faire face aux mêmes problèmes. Un scénario catastrophe.

La société des chemins de fer se démenait pour dégager les trains bloqués ; certains itinéraires indispensables au transport d’approvisionnement n’étaient pas encore libérés. Les postes d’aiguillage et les aiguillages eux-mêmes ne pouvaient être manœuvrés qu’à la main. Le transport de personnes avait été suspendu jusqu’à nouvel ordre. Même dans les endroits encore alimentés en courant, il y avait d’innombrables incidents et des retards importants.

Il subsistait tout de même une lueur d’espoir concernant l’ordre public. Malgré les événements catastrophiques, aucun accident grave n’avait été reporté. Ni pillage d’envergure ni augmentation flagrante de la criminalité n’étaient à déplorer. Peut-être n’était-ce dû qu’au fait que les moyens de communication rudimentaires ne permettaient pas de faire remonter toutes les informations.

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