Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
« Regardez-moi ça », intima l’inspecteur à ses collègues.
Sur les photos, on voyait la structure déformée d’un pylône à haute tension couché sur un champ marron — Hartlandt songea à la structure de montagnes russes. Quelques-uns de ses bras, comme des moignons, se dressaient vers le ciel hivernal, et on y voyait pendre des restes de câbles à la manière des fils d’une marionnette géante.
« Ce pylône a été détruit par une explosion », observa Hartlandt.
« Ça signifie, expliquait Bollard aux équipes de la situation room d’Europol, que quelqu’un au-dehors tire profit du chaos de la coupure de courant pour s’en prendre, après les softwares, aux ouvrages du système d’alimentation électrique. Il désigna la carte. Une information vient de nous arriver d’Espagne. Un pylône abattu à l’explosif. Et nous ignorons s’il n’y a pas quantité d’autres sabotages de ce genre. Les gestionnaires de réseaux et les producteurs d’électricité ne disposent pas de suffisamment de personnel, et loin s’en faut, pour contrôler toutes les installations et les lignes. Pour l’heure, on n’a pu en passer en revue qu’une infime partie.
— Et si c’étaient des personnes qui ont pris le train en marche ? demanda quelqu’un.
— Ou quelqu’un qui agit conséquemment de manière à créer les dégâts les plus importants possible, rétorqua Bollard. Les attaques contre les softwares n’étaient peut-être que le commencement. Certes, nous ne savons pas encore comment elles ont pu avoir lieu ni qui est derrière tout ça. Mais toutes les études le disent : après quelques jours, il devrait être possible de rétablir l’approvisionnement, même de manière rudimentaire. Il en va tout autrement si d’importantes installations stratégiques tels les postes électriques ou les lignes à haute tension sont détruites. Certains des éléments touchés ne peuvent être réparés rapidement, gênant ainsi le rétablissement de l’approvisionnement en électricité. »
« Ces arguments ne valent rien, s’emporta Wickley au siège de Talaefer. Il va falloir que les producteurs en trouvent d’autres pour leurs clients ! »
Projetée sur le mur, une série de slogans :
« J’aimerais voir la ménagère et même, plus encore, la mère qui travaille, tonna Wickley, qui ne met en marche sa machine à laver que lorsque les tarifs sont au plus bas — ou qui la programme. C’est à deux heures du matin, puis le linge reste humide pendant quatre heures et sent déjà le moisi lorsqu’il est mis à sécher. Comme si on n’avait rien d’autre à faire que d’étendre son linge de bon matin… »
Deux des auditeurs de la pièce approuvèrent d’un hochement de tête, les autres étaient assis, ils attendaient la suite. Wickley n’avait pas seulement convié les directeurs commerciaux et techniques, les directeurs du développement et de la communication à cette réunion, mais également d’autres cadres supérieurs. Quatre membres de l’agence de communication étaient également présents.
« En outre, les consommateurs vont très rapidement commencer à compter et à en arriver au point suivant : les différences de tarifs au cours de la journée sont si faibles que ça ne vaut pas la peine de les laisser dicter le rythme de notre vie. Ils vont rapidement se dire qu’ils ne vont pas s’infliger ça pour une économie annuelle de cinq euros. Le confort matériel augmente. Le courant vient directement de la prise. Depuis des générations. Les gens n’y font même plus attention ! C’est normal pour eux. Ils en sont contents. Il y a suffisamment d’autres problèmes pour leur donner mal au crâne. Pour gérer le quotidien d’une famille parfaitement normale de nos jours, il faut bien des facultés, que nombre de nos collègues du comité ont encore à apprendre. Seulement, pour cela, les ménagères ne sont pas aussi bien payées que nous. Et les seniors ? Ils ne savent même pas se servir correctement de leurs téléphones portables ou de leurs ordinateurs. On veut demander à ces gens de gérer leur consommation électrique par téléphone mobile ou par ordinateur ? Seuls quelques ingénieurs trouvent ça génial ! Pour le reste de l’humanité, c’est un cauchemar. »
Le fait que les compteurs communicants représentaient de redoutables instruments de surveillance et qu’ils pouvaient collecter de nombreuses données, raison pour laquelle les défenseurs de la vie privée les avaient déjà dénoncés, il n’en parla même pas.
« Nous n’exigeons rien de plus des gens qu’un changement de paradigme. C’est d’abord dans les têtes qu’il doit avoir lieu. Sinon, la révolution énergétique va échouer. Et avec elle nos gains possibles sur le marché. Aucun être humain ne comprend aujourd’hui pourquoi il devrait se donner subitement du travail pour quelque chose qui, jusqu’alors, sortait naturellement du mur — et pourquoi il devrait en plus payer pour ça ! Ni l’industrie de l’énergie ni les autorités n’ont trouvé jusqu’à maintenant d’arguments vraiment attractifs. Ils connaissent nos produits. Ils connaissent nos présentations. Produisez-moi des arguments convaincants, travaillez sur les besoins réels des gens. Et, croyez-moi, cette liberté de choix et cette autogestion si appréciée, ce n’est pas un bon argument ; tout ça se termine en de longues attentes auprès des conseillers incompétents des centres d’appel. »
Wickley se tourna vers le mur.
« Et en ce qui concerne ces présentations… »
Le texte disparut. La pièce était dorénavant aussi noire que le monde extérieur.
« Qu’est-ce qu’il se passe ? »
L’un de ses collaborateurs tripota la télécommande du projecteur. Un autre bondit et se rua sur l’interrupteur à côté de la porte. Sans succès. Wickley prit le combiné du téléphone sur la table et composa le numéro de sa secrétaire. Aucune tonalité. Il essaya de nouveau. Rien.
Il se précipita dans le couloir. Il y faisait plus sombre encore. Pas la moindre lumière. Il se hâta vers son bureau. Dans la salle d’attente, il reconnut la silhouette de sa secrétaire qui s’affairait nerveusement avec le téléphone.
« Rien ne va plus, fit-elle.
— Allumez donc des bougies ! »
Elle se tut.
« Nous n’en avons pas. »
Wickley réprima un juron. Le continent tout entier avait pris acte des événements, elle non.
« Alors trouvez m’en quelques-unes ! aboya-t-il avant de sortir. James ? »
Wickley reconnut la voix du directeur commercial.
« Je cherche Lueck, fit Wickley.
— On va t’aider. »
Dans le long couloir enténébré, il pouvait entendre des voix sans presque voir ceux qui parlaient.
« Où est Lueck ? hurla-t-il dans le noir.
— En bas ! répondit une voix masculine. Dans la cave, aux générateurs de secours. »
Wickley descendit. En chemin, il tomba sur d’autres collaborateurs.
« Quelqu’un a vu Lueck ?
— Depuis quelques minutes, je ne vois plus rien », répondit une voix de femme.
Cette insolence agaça Wickley, jusqu’à ce qu’il réalise que tout le monde ne pouvait pas le reconnaître à sa seule voix. En outre, il lui fallait bien admettre qu’il n’avait pas la moindre idée de l’emplacement des générateurs de secours. Sans compter qu’il ne savait plus à quel étage il se trouvait. Il se contenta de descendre encore, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’escaliers. Il toucha une porte derrière laquelle il faisait nuit noire.