Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
Personne ne l’a probablement lu, songea Michelsen.
« Voici un premier aperçu des conséquences que peuvent avoir ces événements sur les populations. »
Ils avaient fait un montage à partir des reportages télévisuels des derniers jours. Sur un grand écran, dans la largeur de la salle, apparaissaient les images d’un supermarché vide et sombre.
« Commençons par l’approvisionnement en denrées alimentaires. La majeure partie de l’Allemagne, de nos jours, achète ses aliments dans les supermarchés. Cette source est épuisée. Notre collègue Michelsen, directrice adjointe du département de la protection de la population et de la gestion des catastrophes au ministère de l’Intérieur nous explique rapidement pourquoi. »
Elle se leva et prit la parole. Elle fit projeter des images de ports. Au milieu d’une mer de containers, d’impressionnants portiques déchargeaient les bateaux de leurs grandes boîtes métalliques. Des images de trains de marchandises suivirent, puis des travellings à travers de longs et hauts rayons dans des entrepôts, parfois frigorifiques.
« Toute la chaîne de production et de distribution de denrées alimentaires est plus ou moins à l’arrêt, commença-t-elle. L’ensemble des systèmes modernes est géré par l’électronique. »
Des étables avec des vaches, les unes à côté des autres dans d’étroits boxes métalliques.
« Prenons un de nos aliments les plus communs : le lait. La plupart du temps, il n’est pas produit dans de belles fermes, comme le clame la publicité. Il provient de l’élevage intensif comptant des milliers de bêtes, qui ne peut fonctionner que grâce à un nombre incalculable de mécanismes automatiques pour nourrir, chauffer, aérer, entreposer. Les grandes exploitations ont des systèmes de secours capables de fonctionner quelques jours. Certaines fonctionnent avec des sources autonomes d’énergie. Cela dit, ça ne leur est pas d’une grande aide. En effet, les laiteries ayant en charge le transport et la transformation du lait ne peuvent plus exécuter leur travail. Les réservoirs de leurs camions sont vides. Ils ne peuvent faire le plein, parce que sans électricité, impossible de faire remonter l’essence de la citerne souterraine à la pompe. »
Files d’attente à une station-service.
« Et quand bien même elles seraient en mesure de convoyer le lait jusqu’à leurs ateliers de transformation, les machines de ces derniers seraient à l’arrêt. »
Images de laiteries vides, tuyaux métalliques clinquants, chaînes inertes.
« Tous les produits prêts à être consommés sont stockés dans des entrepôts frigorifiques. Comme vous vous en doutez, sans courant, pas de froid. Plus pour longtemps, en tout cas, en fonction des installations. »
Elle fit projeter les images ad hoc.
« Et si les produits sont encore consommables, c’est le transport qui est problématique. Sans carburant, personne ne peut les acheminer des entrepôts aux magasins. En parlant d’entrepôts, dans notre société à l’économie à flux tendu, il y a également des entrepôts de transit dans lesquels les marchandises peuvent être stockées provisoirement pour vingt-quatre heures. La plupart sont vides maintenant. Et dans les supermarchés, ce n’est pas mieux. Ils dépendent complètement de l’électronique. Tout le processus de commande et de stockage est régi par des ordinateurs. Donc par du courant. Après quelques heures, les employés ne savent plus ce qu’il y a, ou non, en stock. La détresse continue pour des choses aussi simples que des portes qui s’ouvrent et se ferment automatiquement, mais plus maintenant, et se poursuit jusqu’aux caisses où plus personne ne peut payer. Des parties entières du personnel ne peuvent plus aller travailler, parce que les transports en commun ne marchent plus, ou parce qu’ils n’ont pas d’essence. Bien entendu, les portes, on peut les ouvrir à la main. Le ticket de caisse, on peut le faire sur un bout de papier, en posant une addition. La plupart des magasins ferment à cause de ces événements. Mais ce n’est pas tout », continua-t-elle en faisant projeter des images d’immenses stabulations.
« Revenons-en au tout début. En ce qui concerne la production laitière, nous nous retrouverons devant une immense catastrophe au cours des jours à venir, contre laquelle nous ne pouvons quasiment rien faire. Qui d’entre vous a grandi à la campagne ou a pris des vacances à la ferme avec ses enfants peut peut-être se rappeler les meuglements des laitières le matin, lorsque leurs mamelles sont pleines et qu’il faut les traire. Et c’est précisément ce qu’elles font dans toutes ces immenses étables victimes du black-out ; meugler tant et plus. Ces vaches sont élevées pour produire du lait, jusqu’à quarante litres par jour. Imaginez-vous leurs mamelles. Et rappelez-vous qu’elles n’ont pas été traites depuis deux jours. Les éleveurs ne peuvent qu’en soulager une infime partie en les trayant à la main. Toutes les autres souffrent de leurs mamelles trop pleines. Si même nous parvenons, au cours des heures qui viennent, à alimenter en énergie les exploitations concernées, il sera trop tard pour beaucoup d’entre elles. Des millions vont mourir de n’être pas traites, si elles ne sont pas déjà mortes de faim ou de soif. Sans compter que pour mettre en place une alimentation électrique de substitution de cette ampleur, il nous manque des moyens et du personnel. »
Cette pensée lui arracha une larme. « Il en va de même pour toute l’agriculture industrialisée. Dans toute l’Europe, des millions de vaches et de poules vont mourir de froid et de faim. Les porcs ne sont pas si sensibles, mais au bout de quelques jours, ce sera pareil. Quant à la production de fruits et de légumes, d’ici peu, l’irrigation, le chauffage et l’éclairage seront en panne, y compris pour les exploitations disposant de systèmes auxiliaires. Imaginez-vous les conséquences sur les entreprises. Elles vont toutes faire faillite. Ça signifie également à moyen terme un état critique de l’approvisionnement alimentaire, y compris si nous parvenons à reprendre la situation en main dans les jours à venir ; la production de ces entreprises est altérée et les conséquences se feront sentir pour des semaines et des mois. »
Elle marqua une pause, afin de donner à son auditoire le temps de digérer son exposé. Elle vit sur leurs visages que ses propos n’avaient pas manqué leur but.
« Comme vous pouvez le constater, un problème en appelle un autre. L’alimentation en eau potable est interrompue dans de nombreuses régions. La moitié de l’Allemagne ne peut déjà plus tirer la chasse…. Imaginez un immeuble où personne ne peut plus utiliser les toilettes, mais où on le fait quand même. Et, comme nous le savons maintenant, cet état des choses ne va pas s’améliorer au cours des prochains jours. Mesdames et messieurs, continua-t-elle escomptant produire plus d’effet encore par l’apostrophe, nous devons sans plus tarder entreprendre une grande évacuation vers des centres d’urgence. Il s’agit de plus de vingt millions de personnes. »
Un silence pesant s’abattit sur l’assistance. Tous regardaient l’écran où Michelsen faisait défiler des images d’abris de fortune aux États-Unis après les inondations de La Nouvelle-Orléans, ou après le tremblement de terre japonais de 2011. Gymnases, palais des congrès, salles des fêtes, stades couverts où des lits de camps, comme autant d’éléments d’une mosaïque, dessinaient des schémas confus. Quelque part, sur le côté, une longue file d’attente devant une banque de distribution de vivres. L’Allemagne ne connaissait des images d’une telle détresse qu’en noir et blanc, avec des gens aux manteaux déchirés et une coupe démodée, par le biais de reportages télévisuels sur une guerre que la plupart de ceux présents dans la salle n’avaient pas connue, tant elle semblait lointaine. Et personne n’avait pensé revoir de telles images dans ce pays.