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Black-Out. Demain il sera trop tard

Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:

Par une froide soirée d’hiver, le réseau électrique européen commence à lâcher. De nombreux pays s’enfoncent dans l’obscurité et plusieurs centrales nucléaires mettent en danger la vie de millions d’êtres humains. Menace terroriste ou défaillance technique ? Piero Manzano, ex-hacker italien, croit savoir qui est responsable. Avec l’aide d’un policier français d’Europol, François Bollard, Manzano s’engage dans une véritable course contre la montre face à un adversaire aussi rusé qu’invisible.
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« Et de l’eau, on en a besoin également pour bien d’autres raisons. Et notamment pour l’une des plus brûlantes, à prendre au pied de la lettre : éteindre les incendies. Dans les zones rurales, les pompiers puisent l’eau dans des plans d’eau à l’air libre, comme des étangs ou des ruisseaux, encore accessibles. C’est pourquoi le problème n’est pas aussi urgent qu’en zone urbaine. Certes, le risque d’incendie lié à un court-circuit est moindre en ce moment dans les logements individuels, comme dans l’industrie, en revanche le risque augmente en raison de tentatives prévisibles de faire à manger sur du feu ou de s’y réchauffer. De même que dans l’industrie, notamment l’industrie chimique, à cause de l’arrêt des systèmes de sécurité et d’urgence, il faut compter sur une augmentation des départs de feu. Le problème de l’eau concerne également un autre domaine, pour lequel je laisse la parole à mon collègue Torhüsen, du ministère de la Santé. »

Elle se rassit. L’homme en question, un homme trapu, le milieu de la cinquantaine, qui accusait vraiment le manque de sommeil, se leva péniblement.

Il salua l’assemblée d’une voix basse. « Les questions d’hygiène et les risques d’épidémies dus aux cadavres d’animaux ne sont qu’un aspect du problème, du point de vue de notre domaine de compétence. Le système de santé allemand est l’un des meilleurs du monde. Nous sommes également correctement préparés pour faire face à des crises, mais pas de cette ampleur. Laissez-moi esquisser succinctement ce qui se passe au-dehors. D’une part les hôpitaux. Ils sont équipés de systèmes de courant de secours qui, selon les établissements, assurent de l’énergie pour des périodes allant de quarante-huit heures à une semaine. Les premiers sont déjà confrontés à de très gros problèmes. Certains commencent à transférer les patients vers d’autres établissements. Très rapidement, on manquera de lits. Et même dans les hôpitaux disposant de suffisamment d’énergie de secours pour les jours à venir, le fonctionnement normal ne peut être assuré. »

Images de malades dans des unités de soins intensifs, plus de tubes et de machines que de corps.

« Les unités de soins intensifs doivent être déménagées, de même que celles pour les prématurés. »

À la vue de bébés nus, rouges, ridés, à la peau transparente où affleurait la moindre veine, la gorge de Michelsen se noua.

« Les services d’urgence sont surchargés. Si nous jouons de malchance, l’épidémie de grippe pourrait s’intensifier. Les malades ne peuvent que dans de rares cas se rendre chez leur médecin de famille. De nombreux médecins ne peuvent rejoindre leurs cabinets sans essence, en l’absence de transports en commun, et, sans ordinateur, ils ne peuvent pas faire grand-chose. Il y a les mêmes problèmes pour les pharmaciens que pour les supermarchés. Les plus touchés sont les malades chroniques, qui doivent prendre régulièrement des médicaments, comme les malades du cœur ou les diabétiques. »

Torhüser but une gorgée d’eau puis poursuivit. « Des milliers de personnes en Allemagne ont besoin d’une dialyse, beaucoup d’entre eux quotidiennement. La plupart des centres de dialyse ne sont pas équipés pour un cas comme celui-ci. Ce sont des cabinets privés qui envoient alors leurs patients à l’hôpital. On ne peut y accueillir que les cas les plus lourds. Ce sont des centaines, des milliers même de catastrophes humaines qui prennent forme. »

Michelsen se mordit la lèvre inférieure. Voilà quelques années, elle avait assisté, avec un désespoir impuissant, au décès d’une amie souffrant d’une maladie nerveuse incurable. Que cette détresse devait être terrible pour les patients et leurs entourages, sachant qu’il y avait des moyens pour guérir, mais qu’ils n’étaient pas opérationnels ! Torhüsen ne prenait pas de gants.

« Les maisons de retraite et de convalescence vont faire face à un pic de décès — pardonnez-moi, mais il n’y a pas d’autre mot. Pour peu que ces établissements soient équipés de systèmes de secours, leurs réserves seront bientôt vides. On peut en imaginer les conséquences. Quelqu’un d’entre vous a-t-il un des membres de sa famille dans un tel endroit ? »

Il parcourut l’assistance du regard. Bien sûr, il n’y eut aucune réponse, mais le silence en disait long sur le désarroi des personnes présentes.

« L’alimentation artificielle ne fonctionne pas, de même qu’aucun autre appareil médical, comme ceux permettant le prolongement artificiel de la vie. Plus de cuisine, plus d’approvisionnement en vivres ni en eau. Laver les pyjamas et les lits est impossible, les conséquences en termes d’hygiène deviendront vite insupportables dans ce cas aussi. Sans chauffage, les chambres seront froides sous quelques heures. Nombre de patients ne peuvent bouger seuls. Les ascenseurs ne marchent plus non plus, les transferts s’avèrent compliqués. De même que pour les médecins, de grandes parties du personnel ne peuvent se rendre au travail. Ceux qui restent sont débordés.

— Mon Dieu », murmura-t-on.

Du coin de l’œil, Michelsen essaya de voir d’où provenait ce soupir. D’après les visages blêmes, ce pouvait être n’importe qui dans la salle. Jusqu’alors, aucun d’eux ne s’était encore fait une représentation si crue des conséquences du black-out, dans toute leur violence. Et ils n’en étaient qu’au début.

« Nous avons besoin de tout un arsenal de mesures pour assurer au moins le ravitaillement rudimentaire de la population et des malades les plus graves. Et nous en avons besoin séance tenante. Entre autres la mise sur pied de centres médicaux de secours, de décrets pour délivrer des médicaments et tout le soutien que nous pouvons obtenir des unités de santé de l’armée. Il y a des plans pour ce genre de situation. Merci pour votre attention. Rolf ? »

Torhüsen s’assit. Deux places plus loin se leva Rolf Viehinger, à la tête du département de la sécurité publique du ministère de l’Intérieur.

« Les crises, commença-t-il, réveillent souvent le meilleur de chaque être humain. Au cours des dernières quarante-huit heures, on a pu observer une immense vague de solidarité sociale. Des hommes en aidaient d’autres, qu’ils ne connaissaient ni d’Ève ni d’Adam, lorsqu’ils étaient dans le besoin. Le volontariat auprès des services de secours, la Croix-Rouge, les pompiers et tous les autres, l’un des plus importants piliers allemands en cas de catastrophe, fonctionne formidablement bien, alors même que ceux qui s’y impliquent doivent également prendre soin de leurs propres familles. On observe ce phénomène en permanence, repensons à la crue de l’Oder il y a quelques années. Mais ne nous faisons pas d’illusions. Plus longtemps durera cet état, plus les structures seront affaiblies. Pour l’exprimer avec une devise du MI5 anglais : “quatre repas avant l’anarchie”.

— Je croyais, s’immisça le ministre des Affaires étrangères, que de nombreuses communautés étaient autonomes en énergie. Certaines produisent même davantage de courant qu’elles n’en consomment.

— L’autosuffisance énergétique, dans presque tous les cas, ne signifie pas l’indépendance énergétique, mais une indépendance économique, expliqua le secrétaire d’État Rhess. Certes, ces communautés produisent peut-être plus d’électricité qu’elles n’en ont besoin. Ça signifie que lorsque tout fonctionne, elles n’ont pas besoin d’acheter du courant. Mais elles livrent le leur dans les réseaux traditionnels dont elles dépendent. Lorsque ce réseau ne fonctionne plus, leur production d’énergie ne leur est d’aucune utilité, puisqu’elles ne peuvent établir de microréseau stable.

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