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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Alors commence l'agonie qui n'est plus que balancement d'une conscience tour � tour vid�e puis remplie par les mar�es de la m�moire. Elles vont et viennent comme le flux et le reflux, rapportant, comme elles les avaient emport�s, toutes les provisions d'images, tous les coquillages du souvenir, toutes les conques de toutes les voix entendues. Elles remontent, elles baignent � nouveau les algues du c�ur et voil� toutes les tendresses ranim�es. Mais l'�quinoxe pr�pare son reflux d�cisif, le c�ur se vide, la mar�e et ses provisions rentrent en Dieu.

Certes, j'ai vu des hommes fuir la mort, saisis d'avance par la confrontation. Mais celui-l� qui meurt, d�trompez-vous, je ne l'ai jamais vu s'�pouvanter.

Pourquoi donc les plaindrais-je? Pourquoi perdrais-je mon temps � pleurer leur ach�vement? J'ai trop connu la perfection des morts. Qu'ai-je c�toy� de plus l�ger que la mort de cette captive dont on �gaya mes seize ans et qui, lorsqu'on me l'apporta, s'occupait d�j� de mourir, respirant par souffles si courts et cachant sa toux dans les linges, � bout de course comme la gazelle, d�j� forc�e, mais l'ignorant puisqu'elle aimait sourire. Mais ce sourire �tait vent sur une rivi�re, trace d'un songe, sillage d'un cygne, et de jour en jour s'�purant, et plus pr�cieux, et plus difficile � retenir, jusqu'� devenir cette simple ligne tellement pure, une fois le cygne envol�.

Mort aussi de mon p�re. De mon p�re accompli et devenu de pierre. Les cheveux de l'assassin blanchirent, dit-on, quand son poignard, au lieu de vider ce corps p�rissable, l'eut empli d'une telle majest�. Le meurtrier, cach� dans la chambre royale, face � face, non avec sa victime, mais avec le granit g�ant d'un sarcophage, pris au pi�ge d'un silence dont il �tait lui-m�me la cause, on le d�couvrit au petit jour r�duit � la prosternation par la seule immobilit� du mort.

Ainsi mon p�re qu'un r�gicide installa d'embl�e dans l'�ternit�, quand il eut raval� son souffle suspendit le souffle des autres durant trois jours. Si bien que les langues ne se d�li�rent, que les �paules ne cess�rent d'�tre �cras�es qu'apr�s que nous l'e�mes port� en terre. Mais il nous parut si important, lui qui ne gouverna pas mais pesa et fonda sa marque, que nous cr�mes, quand nous le descend�mes dans la fosse, au long de cordes qui craquaient, non ensevelir un cadavre, mais engranger une provision. Il pesait, suspendu, comme la premi�re dalle d'un temple. Et nous ne l'enterr�mes point, mais le scell�mes dans la terre, enfin devenu ce qu'il est, cette assise.

C'est lui qui m'enseigna la mort et m'obligea quand j'�tais jeune de la regarder bien en face, car il ne baissa jamais les yeux. Mon p�re �tait du sang des aigles.

Ce fut au cours de l'ann�e maudite, celle que l'on surnomma �le Festin du Soleil�, car le soleil, cette ann�e-l�, �largit le d�sert. Rayonnant sur les sables parmi les ossements, les ronces s�ches, les peaux transparentes des l�zards morts et cette herbe � chameaux chang�e en crin. Lui par qui se b�tissent les tiges des fleurs avait d�vor� ses cr�atures, et il tr�nait, sur leurs cadavres �parpill�s, comme l'enfant parmi les jouets qu'il a d�truits.

Il absorba jusqu'aux r�serves souterraines et but l'eau des puits rares. Il absorba jusqu'� la dorure des sables, lesquels se firent si vides, si blancs, que nous baptis�mes cette contr�e du nom de Miroir. Car un miroir ne contient rien non plus et les images dont il s'emplit n'ont ni poids ni dur�e. Car un miroir parfois, comme un lac de sel, br�le les yeux.

Les chameliers, lorsqu'ils s'�garent, s'ils se prennent � ce pi�ge qui n'a jamais rendu son bien, ne le reconnaissent pas d'abord, car rien ne le distingue, et ils y tra�nent, comme une ombre au soleil, le fant�me de leur pr�sence. Coll�s � cette glu de lumi�re ils croient marcher, engloutis d�j� dans l'�ternit� ils croient vivre. Ils poussent en avant leur caravane l� o� nul effort ne pr�vaut contre l'inertie de l'�tendue. Marchant sur un puits qui n'existe pas, ils se r�jouissent de la fra�cheur du cr�puscule, quand d�sormais elle n'est plus qu'inutile sursis. Ils se plaignent peut-�tre, � na�fs, de la lenteur des nuits, quand les nuits bient�t passeront sur eux comme battements de paupi�res. Et, s'injuriant de leurs voix gutturales, � cause de tendres injustices, ils ignorent que d�j�, pour eux, justice est faite.

Tu crois qu'ici une caravane se h�te? Laisse couler vingt si�cles et reviens voir!

Fondus dans le temps et chang�s en sable, fant�mes bus par le miroir, ainsi les ai-je moi-m�me d�couverts quand mon p�re, pour m'enseigner la mort, me prit en croupe et m'emporta.

�L�, me dit-il, il fut un puits.�

Au fond de l'une de ces chemin�es verticales, qui ne refl�tent, tant elles sont profondes, qu'une seule �toile, la boue m�me s'�tait durcie et l'�toile prise s'y �tait �teinte. Or, l'absence d'une seule �toile suffit pour culbuter une caravane sur sa route aussi s�rement qu'une embuscade.

Autour de l'�troit orifice, comme autour du cordon ombilical rompu, hommes et b�tes s'�taient en vain agglutin�s pour recevoir du ventre de la terre l'eau de leur sang. Mais les ouvriers les plus s�rs, haies jusqu'au plancher de cet ab�me, avaient en vain gratt� la cro�te dure. Semblable � l'insecte �pingle vivant et qui, dans le tremblement de la mort, a r�pandu autour de lui la soie, le pollen et l'or de ses ailes, la caravane, clou�e au sol par un seul puits vide, commen�ait d�j� de blanchir dans l'immobilit� des attelages rompus, des malles �ventr�es, des diamants d�vers�s en gravats, et des lourdes barres d'or qui s'ensablaient.

Comme je les consid�rais, mon p�re parla:

�Tu connais le festin des noces, une fois que l'ont d�sert� les convives et les amants. Le petit jour expose le d�sordre qu'ils ont laiss�. Les jarres bris�es, les tables bouscul�es, la braise �teinte, tout conserve l'empreinte d'un tumulte qui s'est durci. Mais � lire ces marques, me dit mon p�re, tu n'apprendras rien sur l'amour.

�A peser, retourner le livre du Proph�te, me dit-il encore, � s'attarder sur le dessin des caract�res ou sur l'or des enluminures, l'illettr� manque l'essentiel qui est non l'objet vain mais la sagesse divine. Ainsi l'essentiel du cierge n'est point la cire qui laisse des traces, mais la lumi�re.�

Cependant, comme je tremblais d'avoir affront� au large d'un plateau d�sert, semblable aux tables des anciens sacrifices, ces reliefs du repas de Dieu, mon p�re me dit encore:

�Ce qui importe ne se montre point dans la cendre.

Ne t'attarde plus sur ces cadavres. Il n'y a rien ici que chariots embourb�s pour l'�ternit� faute de conducteurs.

��Alors, lui criai-je, qui m'enseignera?�

Et mon p�re me r�pondit:

�L'essentiel de la caravane, tu le d�couvres quand elle se consume. Oublie le vain bruit des paroles et vois: si le pr�cipice s'oppose � sa marche, elle contourne le pr�cipice, si le roc se dresse, elle l'�vite, si le sable est trop fin, elle cherche ailleurs un sable dur, mais toujours elle reprend la m�me direction. Si le sel d'une saline craque sous le poids de ses fardeaux, tu la vois qui s'agite, d�sembourbe ses b�tes, t�tonne pour trouver une assise solide, mais bient�t rentre en ordre, une fois de plus, dans sa direction primitive. Si une monture s'abat on fait halte, on ramasse les caisses bris�es, on en charge une autre monture, on tire pour les amarrer bien sur le n�ud de corde craquante, puis l'on reprend la m�me route. Parfois meurt celui-l� qui servait de guide. On l'entoure. On l'enfouit dans le sable. On dispute. Puis on en pousse un autre au rang de conducteur et l'on met le cap une fois encore sur le m�me astre. La caravane se meut ainsi n�cessairement dans une direction qui la domine, elle est pierre pesante sur une pente invisible.�

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