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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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— Dommage que tu n’aimes ni les chiens ni les chats, dit-il, songeant à Domenico.

— Il est interdit d’avoir des animaux dans les appartements de ce standing. Ils pissent sur la moquette. Cela revient si cher que ça ne vaut pas le coup.

— Écoute… Je vais te dire quelque chose de très important. Essaye de comprendre. D’accord ?

— D’accord.

Elle le regarda, la mine grave, et se lissa les cheveux.

— Je suis l’une des plus grandes vedettes mondiales de la télé.

Les yeux bovins de Ruth s’écarquillèrent.

— Sans blague ?

— Mais, brusquement, personne n’a jamais entendu parler de moi. Je n’existe pas. Je n’ai même pas de certificat de naissance.

— Peut-être que tu l’as perdu ?

— Non, il n’existe pas.

— C’est peut-être ta mère qui l’a perdu.

— Avant ma naissance, laissa-t-il tomber d’une voix aigre.

— Ou alors, c’est que nous sommes dans un monde parallèle au tien dans le temps et dans l’espace. Et… bref, tu es passé d’une façon ou d’une autre de l’univers où tu étais illustre à celui-ci où tu n’es rien du tout. Tu crois que c’est possible ?

Il la dévisagea et Ruth recula avec appréhension comme si elle s’attendait à des coups de sa part.

— Ça n’existe pas ! s’exclama-t-il sur un ton farouche.

— Mais je ne vois pas comment autrement…

— Ce serait trop facile.

— Que veux-tu dire par là ?

— Évidemment, ça expliquerait tout, tu as raison. Mais je ne peux pas accepter ce genre d’explications. C’est comme ces romans de science-fiction à la gomme de Philip K. Dick qui faisaient mes délices quand j’étais gosse. Heureusement, on a fini par l’avoir. (Il termina sa tasse, l’air sombre, se leva et alla reprendre du café dans la cuisine.) Il faut que je m’en aille, dit-il en revenant, les mains vides, dans la salle de bains. Grâce au micro-récepteur, ils ont repéré mes coordonnées. Je ne peux pas te faire ça.

— Il faut accepter le risque. Reste. (Elle s’approcha de lui, visiblement angoissée.) Ne t’en va pas. Ça me donnerait l’impression que je t’ai fait une vacherie.

— Je ne veux pas rester plus longtemps. D’ailleurs, tu es trop vieille.

Elle le regarda, bouche bée, grotesque comme une poupée de chiffon que l’on aurait piétinée. Soudain, elle se précipita dans la cuisine.

Pourquoi lui avoir dit ça ? s’interrogea Jason. La tension, mes peurs. Il fit mine de la suivre. Mais Ruth réapparut dans l’entrée, tenant à la main une écuelle de céramique, avec, inscrit dessus : « Souvenir de knotts berry farm. » Elle se rua en avant et la lui assena sur le crâne, ses lèvres se tordant comme des larves à peine écloses. Au dernier moment, Jason réussit à parer le coup en levant le bras gauche. L’écuelle se brisa en trois morceaux tandis que le sang jaillissait de son coude. Il regarda tour à tour la plaie, les fragments de l’écuelle et Ruth.

— Pardon, fit-elle dans un souffle.

Sa voix était presque inaudible. Les larves de serpents se tordaient toujours, de consternation cette fois.

— Pardon, dit à son tour Jason.

— Je vais te mettre un sparadrap. (Elle se dirigea vers la salle de bains.)

— Non, je m’en vais. L’entaille est propre. Aucun risque d’infection.

— Pourquoi m’as-tu dit ça ? lui demanda-t-elle d’une voix rauque.

— À cause de ma propre appréhension de la vieillesse. Parce qu’ils m’auront à l’usure, du moins ce qui reste de moi. Il ne me reste pratiquement plus d’énergie. Même pour un orgasme.

— Tu y es bien arrivé.

— Le chant du cygne, conclut-il en passant dans le cabinet de toilette pour nettoyer son bras ensanglanté.

Il laissa couler l’eau froide sur sa blessure jusqu’à ce que le sang se coagule. Cinq minutes ? Cinquante ? Impossible à dire. Il restait planté sur place, le coude sous le robinet. Ruth Rae était partie Dieu sait où. Probablement le dénoncer aux pols. Il était trop las pour s’en préoccuper.

Merde, après ce que je lui ai dit, je ne peux pas le lui reprocher.

10

— Si, Jason Taverner existe, dit le général de police Felix Buckman en secouant sèchement la tête. Il s’est débrouillé pour faire sortir des matrices toutes les données le concernant. (Il médita.) Vous êtes sûr de pouvoir lui mettre la main dessus, s’il le faut ?

— Vous me posez une devinette, monsieur Buckman, répondit McNulty. Il a trouvé le microémetteur et l’a fait disparaître. Aussi, nous ne savons pas s’il est encore à Las Vegas. S’il est intelligent, il a filé en vitesse. Ce qui est certainement le cas.

— Je préfère que vous reveniez ici. S’il a pu escamoter comme ça ses données de base entreposées dans les fichiers, c’est qu’il est mêlé à quelque chose d’important. Connaissez-vous ses coordonnées de façon précise ?

— On l’a repéré dans l’un des quatre-vingt-cinq appartements formant une aile d’un coûteux et élégant complexe de six cents unités situé dans le West Fireflash District, la Résidence Copperfield II.

— Demandez donc à Las Vegas de fouiller ces quatre-vingt-cinq appartements, jusqu’à ce qu’on le retrouve. Et, quand vous l’aurez, expédiez-le-moi aussitôt. Mais je tiens quand même à ce que vous retourniez au bureau. Prenez deux amphés, faites une croix sur votre défonce de flippé et amenez-vous.

— Bien, monsieur Buckman, dit McNulty avec une grimace et une note douloureuse dans la voix.

— Vous ne croyez pas que nous le retrouverons à Las Vegas ?

— Non, monsieur.

— Peut-être que si. Maintenant qu’il est débarrassé de l’émetteur, il est possible qu’il se sente en sécurité.

— Je me permettrai de ne pas partager votre opinion. Quand il s’est aperçu qu’on lui avait collé un mouchard, il a compris qu’il avait été pisté jusqu’à West Fireflash et il a décampé. En toute hâte.

— C’est en effet ce qu’il aurait fait s’il avait agi rationnellement. Mais les gens n’agissent pas rationnellement. Peut-être ne l’avez-vous pas remarqué, McNulty, mais la plupart d’entre eux ont des réactions incohérentes.

Ce qui, ajouta Buckman dans son for intérieur, leur rend probablement service. De toute façon, leurs faits et gestes sont moins prévisibles.

— J’ai remarqué… commença McNulty.

Buckman l’interrompit.

— Soyez à votre bureau dans une demi-heure. (Il raccrocha.)

Le côté guindé et pédant de McNulty, ainsi que le brouillard léthargique dû à sa dose du soir avaient le don d’irriter Buckman.

— Un homme qui s’est rayé de l’existence, murmura Alys à qui rien n’avait échappé. Y a-t-il eu des précédents ?

— Non. Et il n’y en aura pas davantage cette fois. Il a forcément négligé un micro document secondaire qui se trouve dans quelque coin obscur. Nous continuerons à chercher jusqu’à ce que nous mettions la main dessus. Tôt ou tard, nous découvrirons une empreinte vocale ou un tracé EEG, et nous saurons alors qui il est en réalité.

— Peut-être est-il exactement ce qu’il prétend être, dit Alys qui étudiait les notes grotesques de McNulty. « Le sujet appartient au syndicat des musiciens. Déclare être chanteur. Peut-être qu’une empreinte vocale permettrait de… »

— Sors de ce bureau.

— Ce n’est qu’une simple conjecture, mais peut-être qu’il a enregistré le nouveau pornodisque Go Down, Moses, ce tube qui…

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