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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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— Je vais acheter une petite bouteille de B   L au bar et on ira la boire chez vous.

Jason prévoyait avec une absolue certitude la réaction de Ruth. D’abord l’affolement et la peur, et puis… banco !

Elle battit des paupières.

— Dieu du ciel ! Pour qui vous prenez-vous ?

— Pour quelqu’un qui vous connaît et qui a de la sympathie pour vous.

— Pourquoi ne pas rester ici ?

— Parce que nous ne pourrons pas nous connaître réellement ici.

— Pourquoi ?

Il savait exactement ce qu’il fallait répondre :

— À cause d’eux (Son geste embrassait tous les occupants de la salle.), n’est-ce pas ?

Elle acquiesça, une lueur de ravissement dans les prunelles, se leva en vacillant quelque peu sur ses jambes et murmura :

— Entendu. Allez chercher la bouteille et magnez-vous le train.

— J’y vais, dit-il en se dirigeant vers le bar.

Il ne trouva, en fait, que du Vat 69 qu’il dut payer cinquante dollars. Tous deux sortirent dans la nuit glaciale en quête d’un taxi. Quand il passa son bras autour de la taille svelte de Ruth et la serra contre lui, elle répondit conformément à son attente. Bizarre que je me souvienne si bien d’elle alors que tout se passe comme si elle ne m’avait jamais vu de sa vie. En tout cas, ça marche à mon avantage.

Un aérotaxi se posa devant eux. La portière coulissa en grinçant et Jason aida Ruth à monter.

— 301764, Hacienda Court, dit Ruth tandis que l’engin s’élevait en chandelle. Elle se tourna vers Jason et gémit : comment faites-vous pour m’imposer ainsi votre autorité ? Nous voici en route pour mon appartement – Seigneur ! j’espère que je n’ai pas perdu de nouveau cette fichue clé – alors que nous nous connaissons à peine. C’est vrai, vous dites que nous nous sommes rencontrés il y a plusieurs années mais je…

— Je voudrais rester chez vous quelques jours.

— Rien que ça ! (Elle le regarda avec effarement.) Mais qui êtes-vous ?

— Je crois que vous le savez, dit Jason en souriant intérieurement.

Ruth secoua lentement la tête.

— Ah… Je ne sais pas si vous pourrez rester plusieurs jours. Je ne sais même pas si je devrais vous faire venir chez moi. Rappelez-moi votre nom ?

— Jason Taverner.

— Enfin, vous êtes beau garçon. Vous avez vraiment quarante-deux ans ? Vous en paraissez trente-cinq, tout au plus. Et je me flatte d’avoir l’œil pour deviner l’âge des hommes. Est-ce que vous prenez des vitamines E ?

— Toujours. (Il éclata de rire.) Excusez-moi mais les vitamines E sont liées au souvenir que je garde de vous.

— Si vous êtes au courant de ça, c’est que vous devez effectivement me connaître.

— Je sais ce qui vous fait le plus peur au monde.

Elle lui décocha un coup d’œil humide.

— Vraiment ? Comment cela ?

— Vous avez peur que…

— Je ne veux pas le savoir ! s’exclama-t-elle en se bouchant les oreilles.

— Je ne le dirai pas mais vous savez de quoi vous avez peur – et moi aussi. Je n’ai pas besoin d’être plus explicite.

— Bigre ! C’est épouvantable, absolument épouvantable. (Elle plissa les yeux pour mieux voir dans la pénombre de la cabine.) Vous n’êtes pas un pol, n’est-ce pas ?

— Diable non !

— Est-ce que vous êtes recherché par les pols ?

Jason sortit son sauf-conduit de sa poche et alluma son briquet pour qu’elle puisse lire.

— Je présume que vous n’avez pas d’ennuis avec ces salauds-là, admit-elle en le lui rendant. Moi, des années durant, j’ai eu maille à partir avec eux. Avez-vous remarqué qu’une fois qu’ils vous ont repéré…

— … ils ne vous oublient jamais, termina Jason.

— Parfaitement. (Elle se pelotonna contre lui.) Je me sens parfaitement en sécurité avec vous. Je veux dire que vous êtes puissant. Le saviez-vous ? Vous devez avoir un champ alpha de près de cent microvolts.

— Je suis un six.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Je suis le produit d’une expérience génétique dont le but était de créer un être humain supérieur. Le projet a réussi. Inutile de vous dire que c’est archisecret. Je présume que vous n’en soufflerez mot à personne ?

— Fichtre non. Êtes-vous nombreux ?

— Pas mal, répondit-il, mystérieusement, satisfait d’être capable de si bien mener la conversation.

— Est-ce que vous dominez la planète ?

— Croyez-vous que je vous le dirais ?

— Non, probablement pas.

Elle acquiesça avec humilité, heureuse de sa situation d’infériorité acceptée. C’était toujours comme ça avec les hommes. Comme elle se sous-estimait, il lui suffisait qu’on tienne compte de sa présence.

Maintenant, ils se taisaient. Ruth, serrée contre lui, poussait de longs soupirs enroués, ponctués de minuscules hoquets bien féminins. Jason Taverner sourit intérieurement.

9

Le luxe de l’appartement de Ruth éberlua Jason Taverner. L’ensemble allait chercher dans les quatre cents dollars par jour au bas mot. Bob Gomen devait avoir du foin dans ses bottes.

— Ce n’était pas la peine d’acheter cette saleté de Vat 69, dit Ruth en accrochant le manteau de Jason et le sien dans une penderie qui s’ouvrit automatiquement. J’ai du bourbon, du Cutty Sark, du Hiram Walker…

— Disons que je me sens davantage en sécurité quand j’apporte ma gnôle personnelle.

— Voulez-vous que je vous mette un pornodisque ? (Elle tendit la main vers la somptueuse hi-fi dont les enceintes occupaient tout un mur du living en surélévation.) J’ai un nouvel album de Pat Sills qui vous branche bien.

Elle lui décocha un regard débordant d’espoir.

— J’ai horreur de Patty Sills et de Reuben Hank qui fait ses arrangements.

— Vous avez l’air d’être très ferré sur le monde merveilleux de la musique.

— J’ai quelques connaissances, disons.

— On a l’impression que vous savez tout. Se mettant à genoux, Ruth fouilla dans sa collection de disques. Et les Pearly Pears ? Ils viennent d’en sortir un qui fait un tabac inouï.

— Je déteste les Pearly Pears.

— Ah !… (Décontenancée, elle continua de farfouiller dans le tas.) Eh bien, choisissez vous-même. Regardez ce que j’ai et essayez de trouver quelque chose qui vous plaise.

Jason, dédaigneux, jeta son dévolu sur un folk-jazz de Peter Bailer qu’il lui tendit.

— Oui, il est formidable, mais je ne comprends pas tout à fait ses paroles. Je veux dire…

— Mettez-le et venez vous asseoir.

Il alla chercher deux verres dans la cuisine et les posa avec la bouteille de Vat 69 sur la grande table façon formica qui flottait au milieu du living.

— Je ne bois pas de scotch sec, s’excusa Ruth.

— Eh bien, allez vous chercher de la glace et de l’eau.

— Bien. (Docile, elle s’éloigna.) Vous ne voulez pas plutôt un lait-grenadine ? J’en ai mixé un tout à l’heure.

— Non.

Jason, assis sur le sofa en forme de haricot, faisait courir ses doigts sur la bordure dorée où étaient représentées des scènes de l’enfance de Richard Nixon.

— Vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que j’en prenne un, moi ?

— Faites ce qui vous plaît.

Ruth sortit le shaker du réfrigérateur transparent, se servit son lait-grenadine et vint le rejoindre.

— J’ai déjà l’impression que je vous connais depuis longtemps, murmura-t-elle en prenant place à côté de Jason. Je veux dire que ça commence à me revenir.

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