Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1988
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-22451-0
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
— Vraiment ?
— Vous savez, pataugea-t-elle… vous et moi, isolés dans un appartement plein de distinction comme celui-ci… J’ai le sentiment que nous avons fait des centaines de fois le voyage. J’éprouve une…
— Buvez…
Ce qu’elle a vieilli ! songea-t-il. Ce visage, toutes ces rides, cette grande bouche tapageuse, ces sourcils épilés à la diable. Ses cils de plastique étaient collés comme des poils de pubis.
— Vous n’avez pas changé, vous savez.
— Merci.
Elle lui dédia un sourire ravi.
— Vous vous rappelez les nuits que nous avons passées ensemble ?
Elle tressaillit.
— Non, n’est-ce pas ?
Jason était content de lui. Voilà qui compensait le traitement que Kathy et Heather lui avaient infligé. L’occasion lui était maintenant offerte d’égaliser le score.
— Non, balbutia-t-elle tristement.
— Je me rappelle que, la dernière fois, vous avez bu des tequilas. Huit. Je m’en souviens parce que c’est moi qui ai dû vous les servir.
— C’est vrai, je marchais à la tequila, fit-elle, mortellement vexée en contemplant son verre. Mais c’est plein d’alcaloïdes qui fatiguent l’organisme. Saviez-vous que les vieux paysans mexicains qui boivent de la tequila toute leur vie manifestent au bout d’un certain temps des symptômes de… (Elle hésita, cherchant ses mots.)… de détérioration neurologique ?
— Non, je ne savais pas, mais je n’en suis pas autrement étonné.
— Nous avons vraiment été amant et maîtresse ? Nous avons fait l’amour ensemble ?
— Oui. Et comment ! Au moins cent cinquante fois sur une période de quatre ans et avec beaucoup d’esprit d’invention.
— Alors, sexuellement parlant, vous connaissez tout de moi ? dit Ruth avec effroi.
— Beaucoup d’eau a passé sous les ponts.
— Oui, c’est vrai. J’ai énormément appris depuis. D’hommes différents. Je ne veux pas dire qu’il y en a eu des masses… (Elle leva les bras.) J’ai connu des hommes comme vous, très puissants, très attractifs, très astucieux. Peut-être que c’étaient aussi des six.
— Peut-être.
— Est-ce que vous voulez…
— Oui.
Jason posa son verre et, tendant le bras, il prit le sein droit de Ruth à pleine main et, pinçant le mamelon entre le pouce et l’index, exerça en virtuose un mouvement de rotation dans le sens des aiguilles d’une montre. Ruth Rae fondit aussitôt à tel point que son lait-grenadine se mit à dégouliner sur son menton. Elle se jeta sur lui en poussant de drôles de petits cris.
C’était vrai, elle avait fait beaucoup de progrès depuis la dernière fois où il avait couché avec elle. Épuisé, étendu tout nu sur les couvertures du lit hydraulique, Jason se grattait un bouton éclos au bout du nez. Ruth Rae – ou plutôt Mme Ruth Gomen désormais – fumait une Pall-Mall, assise sur la moquette. Il y avait un bon moment que ni l’un ni l’autre n’avaient ouvert la bouche. Le silence régnait dans la pièce. – Elle est aussi pompée que moi, songea Jason. N’y a-t-il pas un principe de thermodynamique selon lequel la chaleur ne peut être détruite mais seulement transférée ? Mais il y a aussi l’entropie. Je sens le poids de l’entropie. Je me suis déchargé dans le vide et je ne retrouverai jamais ce que j’ai donné. C’est à sens unique. Oui, je suis sûr que c’est une des lois fondamentales de la thermodynamique.
— Est-ce que tu as une machine encyclopédique ? demanda-t-il à la femme.
— Hélas non !
Son visage de pruneau s’assombrit. De pruneau… Jason se rétracta. Ce n’était pas honnête. Son visage patiné. C’était plus exact.
— À quoi penses-tu ? lui demanda-t-il.
— Non, c’est à toi de me dire ce que tu penses. Que se passe-t-il dans ce gros cerveau archisecret de type conscience alpha ?
— Te souviens-tu d’une fille qui s’appelait Monica Buff ?
— Si je m’en souviens ? Elle a été ma belle-sœur pendant six ans. Dans l’intervalle, elle ne s’est pas une seule fois lavé les cheveux. Une tignasse à la chien, emmêlée et poisseuse, qui pendouillait autour de sa figure de papier mâché et tombait dans son cou sale.
— Je ne savais pas que tu la détestais.
— Mais c’était une voleuse, Jason ! Si on laissait traîner son sac, elle prenait tout ce qu’il y avait dedans. Pas seulement les billets, la monnaie aussi. Une cervelle de pie et une voix de corbeau quand elle parlait, ce qui, Dieu merci, était rare. Sais-tu qu’il arrivait à cette fille de passer six ou sept jours – et même une fois huit – sans prononcer un mot ? Elle se recroquevillait dans un coin comme une araignée mutilée à gratter sa guitare à cinq dollars sans avoir jamais appris un seul accord. O. K., elle était mignonne dans le genre crasseux et négligé, je le reconnais. Pour ceux qui aiment les gros culs.
— Et comment faisait-elle pour survivre ?
Jason n’avait connu Monica Buff que brièvement et par l’intermédiaire de Ruth. Mais, pour courte qu’elle eût été, leur aventure avait été volcanique.
— En chapardant à l’étalage. Elle sortait avec ce grand cabas d’osier qu’elle avait rapporté de Baja. Elle fourrait la marchandise dedans et sortait tranquillement du magasin.
— Et elle ne s’est jamais fait prendre ?
— Si. On lui a flanqué une amende et son frère est venu apporter le blé. Et elle a recommencé à faire Shrewsbury Avenue, à Boston, pieds nus – je n’exagère pas – à piquer toutes les pêches dans les épiceries. Elle passait dix heures par jour à faire son shopping, comme elle disait. (Le regard de Ruth se fit flamboyant.) Sais-tu ce qu’elle faisait aussi sans s’être jamais fait pincer pour ça ? (Ruth baissa la voix.) Elle ravitaillait les étudiants évadés.
— Et on ne l’a jamais épinglée ?
Ravitailler ou héberger un étudiant en cavale, c’était deux ans de travaux forcés la première fois. Cinq en cas de récidive.
— Non. Jamais. Si elle craignait une opération de vérification, elle se dépêchait de téléphoner au centre pol pour raconter que quelqu’un essayait de forcer sa porte. Elle s’arrangeait pour vider son étudiant, l’enfermait dehors et quand les pols arrivaient, ils le trouvaient en train de tambouriner à la porte. Exactement comme elle l’avait dit. Alors, ils l’embarquaient et elle n’était pas inquiétée. (Ruth gloussa de rire.) Je l’ai entendue une fois appeler le Central Pol. À la façon dont elle racontait les choses, le type…
— Monica a été ma fiancée pendant trois semaines. Il y a approximativement cinq ans.
— Est-ce que tu l’as vue se laver une seule fois la tête pendant ce temps ?
— Non, reconnut-il.
— Et elle ne portait pas de slip. Comment un type aussi beau garçon que toi peut-il avoir une liaison avec une freak aussi moche, maigre et sale que Monica Buff ? Impossible de l’amener quelque part, elle empestait. Elle ne se baignait jamais.
— Hébéphrénie, laissa tomber Jason.
Ruth opina.
— Oui, c’est ce qu’on a diagnostiqué. Je ne sais pas si tu es au courant mais, finalement, elle a disparu au cours de l’une de ses tournées, et elle n’est jamais revenue. On ne l’a pas revue. Elle est probablement morte, à l’heure qu’il est. Sans avoir lâché le panier qu’elle avait rapporté de Baja. Ce voyage au Mexique, ça a été le grand moment de sa vie. Figure-toi qu’elle s’était baignée pour l’occasion. Et je l’avais coiffée – après lui avoir lavé les cheveux une demi-douzaine de fois. Qu’est-ce que tu lui trouvais ? Comment pouvais-tu la supporter ?
— J’aimais son sens de l’humour.
— Il est vrai que Monica était un vrai clown. Tout l’amusait. Je me rappelle qu’une fois elle est entrée à la maison avec une grosse pastèque – probablement volée – dans son cabas. Quand elle l’a sortie, la pastèque lui a échappé des mains – tu sais comme elle était maladroite – et s’est transformée en marmelade dans la chute. Monica a ri au point d’en attraper des convulsions.