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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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Comme, généralement parlant, elle avait un goût détestable, il était gêné de l’engouement qu’elle lui portait. Jamais il n’avait été capable de comprendre cette anomalie.

Que se rappelait-il encore d’elle ? Le breuvage jaune et gluant qu’elle ingurgitait tous les matins. De la vitamine E. Paradoxalement, cela paraissait produire un certain effet dans son cas : son énergie sexuelle augmentait à chaque cuillerée. Elle respirait littéralement la concupiscence.

Il se souvenait aussi qu’elle haïssait les animaux. Du coup, il repensa à Kathy et à son chat Domenico. Jamais ça ne pourrait coller entre Ruth et Kathy. Aucune importance : il n’y avait aucune raison pour qu’elles se rencontrent.

Se laissant glisser au bas de son tabouret, il alla se planter à côté d’elle, son verre à la main. Il n’espérait pas qu’elle le reconnaîtrait mais, autrefois, elle n’avait pas pu résister à son charme. Pourquoi en irait-il autrement aujourd’hui ? Question d’opportunité sexuelle, Ruth était imbattable.

— Bonsoir, dit-il.

Elle leva la tête et l’étudia d’un œil embrumé. Elle n’avait pas ses lunettes.

— Bonsoir, fit-elle d’une voix enrouée par l’alcool. Qui êtes-vous ?

— Nous nous sommes rencontrés il y a quelques années à New York. J’avais un petit rôle dans un épisode du Danseur Fantôme. Si je me souviens bien, vous étiez chargée des costumes.

— L’épisode où le Danseur Fantôme se fait attaquer par des pirates pédés échappés d’une autre dimension temporelle ? (Elle s’esclaffa, puis lui sourit.) Comment vous appelez-vous ? ajouta-t-elle en faisant tressauter ses nichons dûment corsetés.

— Jason Taverner.

— Vous vous souvenez de mon nom ?

— Oh oui ! Ruth Rae.

— Maintenant, c’est Ruth Gomen. Asseyez-vous. (Elle jeta un regard aux alentours. Il n’y avait pas de tabouret disponible.) Mettons-nous à cette table.

Elle descendit avec un grand luxe de précautions de son siège et se dirigea en donnant de la bande vers une table vide. Jason la prit par le bras pour l’aider. Finalement, après une période de navigation un peu tumultueuse, il la fit asseoir et s’installa tout contre elle.

— Vous êtes toujours aussi ravissante… commença-t-il, mais elle l’interrompit brutalement :

— Je suis une vieille peau. J’ai trente-neuf ans.

— Ce n’est pas tellement vieux. Moi, j’en ai quarante-deux.

— Pour un homme, c’est bien. Pas pour une femme. (Elle contempla d’un œil larmoyant son verre à moitié vide.) Vous savez ce que fait Bob ? Bob Gomen ? Il élève des chiens. De gros chiens bruyants et crâneurs, pleins de poils partout. Il y en a jusque dans le réfrigérateur. (Elle but distraitement une gorgée. Soudain, elle s’épanouit et se tourna vers Jason, pleine d’admiration.) Vous ne faites pas quarante-deux ans. Vous êtes im-pec-cable. Vous vouliez que je vous dise ce que je pense ? Vous devriez faire de la télé ou du cinéma.

— J’ai fait de la télé, lâcha prudemment Taverner. Un peu.

— Oh ! Des trucs comme Le Danseur Fantôme ? (Elle hocha la tête.) Eh bien, il faut le reconnaître, ça n’a pas été une réussite.

— Buvons quand même, fit Jason avec une ironie dissimulée.

Il avala une gorgée de son scotch-miel. Le beurre avait fondu.

— Il me semble que je me souviens de vous, reprit Ruth. Est-ce que vous ne vous faisiez pas construire une maison dans le Pacifique, à mille milles au large de l’Australie. C’était vous ?

— C’était moi, mentit Jason.

— Et vous aviez un aéro Rolls Royce ?

— Oui.

Cette fois, c’était vrai.

— Vous savez ce que je fais ici ? lui demanda Ruth en souriant. Devinez ! Je cherche à voir… à rencontrer Freddy l’Hydrocéphale. Je suis amoureuse de lui. (Elle émit un rire de gorge qui ramena Jason pas mal d’années en arrière.) Je n’arrête pas de lui envoyer des billets avec dessus : « Je vous aime. » Et il me répond : « Je tiens à ma tranquillité, j’ai des problèmes personnels. » Et c’est tapé à la machine !

Elle rit à nouveau et vida son verre.

— On remet ça ? proposa Jason en se levant à demi.

— Non. (Ruth Rae secoua la tête.) Je ne bois plus. Il y eut une période… (Elle s’interrompit, la mine sombre.)… Je me demande s’il vous est arrivé quelque chose de comparable. Je ne le pense pas, à vous voir.

— Que vous est-il arrivé ?

— Je buvais tout le temps, répondit-elle en jouant avec son verre. Je commençais à neuf heures du matin. Et savez-vous le résultat ? Ça me vieillissait. J’avais l’air d’avoir cinquante ans. Quelle cochonnerie, l’alcool ! Tout ce que vous redoutez, il le réalise. À mon avis, la chopine est le plus grand ennemi de la vie. Vous ne croyez pas ?

— Je ne sais pas trop. La vie a des ennemis plus dangereux.

— C’est possible. Les camps de travail, par exemple. Savez-vous qu’ils ont essayé de m’y envoyer l’année dernière ? J’ai vraiment traversé une mauvaise passe. Je n’avais pas d’argent – Bob Gomen n’était pas encore entré dans ma vie. Je travaillais dans une société de crédit. Un jour, il y a eu un dépôt en liquide. Trois ou quatre billets de cinquante dollars. (Elle se tut, plongée dans ses souvenirs.) Bref, je les ai pris et j’ai jeté le récépissé et l’enveloppe dans l’incinérateur. Mais je me suis fait coincer. C’était un piège… un coup monté.

— Oh !

— Mais… il se trouve que j’avais une liaison avec mon patron. Les pols voulaient m’expédier dans un camp de travail en Géorgie où j’aurais été baisée à mort par les culs-terreux mais il m’a protégée. Je ne sais toujours pas comment il s’est débrouillé, mais on m’a relâchée. J’ai une dette de reconnaissance envers cet homme mais je ne le revois plus. On ne voit jamais les gens qui vous aiment vraiment et qui vous aident. On s’embringue toujours avec des étrangers.

— Me considérez-vous comme un étranger ? demanda Jason.

Il se rappelait encore une chose : Ruth Rae avait toujours un appartement incroyablement luxueux. Quel que fût son mari du moment, elle vivait sur un grand pied. Elle le dévisagea d’un air interrogateur.

— Non. Je vous considère comme un ami.

— Merci.

Il tendit le bras et serra sa main sèche qu’il garda une seconde dans la sienne, la lâchant exactement au moment voulu.

— C’était bon.

Elle lui sourit joyeusement, révélant des dents un peu trop longues.

Jason l’étudia, songeant qu’il la connaissait sur le bout des doigts.

— Vous habitez Las Vegas ?

— Nous habitons Baltimore, ce salaud de Bob et moi, mais j’ai conservé un pied-à-terre ici. Je m’y réfugie dans certaines circonstances, quand j’ai besoin de procéder à une remise en question fondamentale, etc.

Il ne s’était pas trompé. Certes, Ruth ne l’avait pas reconnu, mais il se souvenait d’elle de façon précise. Par exemple, elle avait toujours eu la terreur que les hommes ne la trouvent pas séduisante. Dix ans avaient passé et, maintenant qu’elle était entrée dans le mauvais âge, cela ne devait sûrement pas s’être amélioré.

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