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Электронная книга - «Enfer d’un paradis». Краткое содержание книги:

Une comédie mélancolique qui finit tant bien que mal en Corse-du-Sud, racontée «à trois voix», dépeignant une croisière sur le bateau «l'Arche de Noé» d'une compagnie des «animaux humains», saisis d'un désir frénétique de s'acoquiner avec le démon des vacances et de faire un pied de nez à la décence et au sérieux. Des rescapés d'un monde où les rêves n'ont plus cours. Des esclaves de l'ordre social, miraculeusement délivrés de leur joug pour une petite quinzaine, cette nouvelle liberté leur montant à la tête et ébranlant leur terne routine quotidienne.L'érotisme de l'autodestruction de joyeux insouciants, ignorant ce que les mafieux trament dans l'ombre… Un assassinat commis sur le no man's land, entre le rêve et la réalité… L'île de la Beauté et ses charmes paradisiaques qui, parfois, mènent à l'enfer…Un très beau roman, empli d'humanité au meilleur sens du terme. Des personnages vrais, qui vivent réellement, conscients de la mort, et qui nous parlent. À lire absolument.
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«C’est pas juste de m’injurier, prononça Ignace avec une étrange douceur. J’ai montré des preuves de ma bonne volonté, je suis venu jusque-là pour que nous discutions comme de vieux amis de l’armée, et j’ai décidé de ne pas utiliser de moyens à conviction. En échange, on m’injurie. Ça pourrait me mettre très en colère.

– J’aimerais bien voir à quoi ça ressemble, ricanai-je, avalant de nouveau une gorgée de courage.

– Ça va mal tourner, dit Ignace et, éclairé par un nouvel assaut de flammes, il étira vers moi son bec de lièvre.

– J’aimerais bien voir ça!» répétai-je, entêté.

Ignace m’interrompit, posant avec douceur le bout de son index sur mes lèvres. Il fit la moue et hocha la tête, au-dessus de son maigre cou, coupant l’air de ses oreilles pointues.

«Cher Pascal Paoli, père de la corsitude, murmurai-je en moi-même, prends garde aux revenants, ils vampiriseront ta belle île. C’est le moment de t’en mêler, de faire sortir ton humble admirateur de ce bourbier où il est englué jusqu’au cou!»

Ignace soupira, me tourna le dos, et se plongea dans l’observation du feu qui, porté par la brise matinale, fuyait dans le maquis devant les pompiers. Tout cela ressemblait à un rêve pénible, ces oreilles pointues qui se découpaient sur un arrière-plan fantomatique, ce tourbillon de flammes lointain, tout cela rappelait un de ces cauchemars où le désespéré prie pour qu’il se réveille, cherchant en vain une issue dans la réalité.

Hélas! le cauchemar était plus fort que le dormeur malheureux dans le corps duquel je me trouvais, un corps étranger et inhospitalier, avec une tête vide sur des épaules brisées. Seules ses mains gardaient encore un peu de force, ces mains qui saisirent le goulot de ma bouteille, s’élevèrent et assenèrent au spectre un coup violent sur la tête, juste entre les deux oreilles.

Ignace tomba à genoux, et resta ainsi, devant moi, comme dans une prière muette. Le long de sa nuque coulait un filet de sang qui disparaissait sous le col de son caban.

Mais cet horrible rêve n’était pas terminé.

Les mains cruelles de mon double tâtèrent par terre une lourde pierre, et la levèrent au-dessus de moi: elle s’abattit de tout son poids sur la tête penchée d’Ignace. Du coup, sa casquette glissa sur le côté et découvrit un grand trou au sommet de son crâne.

Nous le saisîmes ensuite, moi et mon sosie à sang froid, nous le prîmes sous les bras et le traînâmes dans le maquis jusqu’à l’endroit où, quelques années plus tôt, j’avais découvert l’entrée à demi obturée d’une grotte, où j’étais même descendu jusqu’à une profondeur de quelques mètres, avant de me précipiter vers la sortie, effrayé par les relents de renfermé et le craquement de voûtes douteuses. Ce fut le lieu où le corps malingre d’Ignace trouva un repos bien mérité.

Nous revînmes ensuite prendre la casquette et la bouteille, qui, par miracle, s’était à peine fendillée sous le choc. Nous les jetâmes aussi dans la grotte, et nous allâmes chercher la pierre ensanglantée. Sa chute provoqua un étrange murmure souterrain, et, peu après, à l’aurore, devant nos yeux émerveillés, l’entrée de la caverne s’effondra dans un bruit sourd, fermant à jamais la dernière demeure d’Ignace.

Nous courûmes ensuite à perdre haleine, à travers le maquis, vers la maison de papa, vers le paradis sur cette terre infernale et vers les bras chaleureux de Sandrine et Prosper. Nous nous arrêtâmes pour vomir notre bile, rampâmes à quatre pattes et de nouveau nous relevâmes, jusqu’à ce que ne tombe sur nous la douceur de l’oubli.

X. Sandrine. L'Arche de Noé.

À en croire Petit Loup, depuis des temps reculés, un proverbe populaire, dans la patrie slave de sa mère, nous disait que le matin était plus sage que le soir. Cette maxime me paraît analogue à notre «la nuit porte conseil», bien que la dernière m’ait gratifié d’une nouvelle crise d’apnées et de ce cauchemar à répétition où ma patiente infernale, sur ma table d’accouchement, en pleine césarienne tente de m’étrangler. Se servant de ses genoux comme d’un casse-noix, elle me serre la gorge avec sauvagerie et vocifère en extirpant un enfant mort de ses entrailles.

Lorsque j’ouvris les yeux, il s’avéra que le jour était plus clément que la nuit et le matin plus sage que le soir. Dieu merci, les vieux dictons étaient toujours en vigueur. En outre, ce matin raisonnable montrait que les filles étaient supérieures aux garçons, surtout en matière de boisson. Pour moi, ce n’était pas une grande nouveauté: je me trouvais dans cette peau de femme depuis si longtemps qu’elle était légèrement fripée au cou, aux coudes et entre les seins.

Après avoir exploré ces endroits dans la glace et les avoir enduits d’un de ces élixirs qui nous promettent un retour en flèche à la jeunesse, après avoir avalé trois pilules, respectivement contre la constipation, contre les maux de tête et contre les fruits du péché (malgré ma stérilité), je me dandinai, nue comme un ver, jusqu’à la cuisine pour faire le petit déjeuner de mes garçons. Afin de ne pas choquer la pudeur de Prosper, je gardai une chaînette autour du cou.

Les ronflements, les grincements de dents et autres gargouillis provenant des deux chambres voisines témoignaient que mes garçons soignaient encore leurs blessures de la veille dans un sommeil agité.

Je pouvais imaginer que même pour Ève cela n’avait pas dû être très facile avec un seul et unique Adam. Moi, pour nourrir mes deux Adam, il me fallait retrousser les manches. Comme je me trouvais en tenue d’Ève, je retroussai des manches imaginaires. J’épluchai et râpai une pomme destinée à l’un des Adam, et préparai un œuf à la coque pour l’autre. Je retirai le gras du salami danois de l’un, et égouttai le chocolat froid de l’autre à travers le plus fin de mes slips. Lorsque j’eus fini de mettre la table, devant le puits, et de l’orner de fleurs et de fruits, j’étais en nage. Le matin promettait une chaleur d’enfer et peut-être même un orage.

Je me douchai une seconde fois et cachai sous un fichu indonésien le maigre résultat de l’application d’élixirs rajeunissants. Je me servis ensuite d’une théière vide et d’une cuillère à pot pour battre le réveil. Mes garçons ne ressuscitèrent qu’au troisième appel énergique, d’abord Prosper, comme un clochard éjecté par la police de son banc de métro, puis Petit Loup, dont l’apparence m’effraya plus qu’elle ne m’amusa.

À ma grande stupéfaction, je remarquai que Prosper ne se brossait même pas les dents au sortir du lit, malgré sa sacro-sainte habitude de pratiquer ce rituel d’hygiène dentaire trois fois d’affilée tous les matins que le bon Dieu a faits. Il roupillait déjà dans un fauteuil en osier, l’index trempé dans mon verre de lait, quand Petit Loup s’affala dans une bergère. Je considérai comme urgent de prendre le pouls de ce dernier, attendu que le malheureux montrait certains signes d’arythmie cardiaque. Par chance, sur la table se trouvaient leurs gélules, les deux vertes de Prosper et la blanche de Petit Loup qui lui permettait de commencer la journée. Sans hésiter une seconde, je la lui glissai sous la langue.

Je faillis éclater de rire, malgré le sérieux du moment. Je voyais clairement que ces vieux enfants que nous étions, ces soi-disant «sages singes orientaux», étaient devenus tributaires des fortifiants s’ils voulaient accomplir tant bien que mal leur premier pas du matin. L’image de notre vieillesse commune – si jamais nous la vivions un jour – m’empêcha de rire, et me fit m’asseoir sur une chaise libre entre mes deux Adam.

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