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Электронная книга - «Enfer d’un paradis». Краткое содержание книги:

Une comédie mélancolique qui finit tant bien que mal en Corse-du-Sud, racontée «à trois voix», dépeignant une croisière sur le bateau «l'Arche de Noé» d'une compagnie des «animaux humains», saisis d'un désir frénétique de s'acoquiner avec le démon des vacances et de faire un pied de nez à la décence et au sérieux. Des rescapés d'un monde où les rêves n'ont plus cours. Des esclaves de l'ordre social, miraculeusement délivrés de leur joug pour une petite quinzaine, cette nouvelle liberté leur montant à la tête et ébranlant leur terne routine quotidienne.L'érotisme de l'autodestruction de joyeux insouciants, ignorant ce que les mafieux trament dans l'ombre… Un assassinat commis sur le no man's land, entre le rêve et la réalité… L'île de la Beauté et ses charmes paradisiaques qui, parfois, mènent à l'enfer…Un très beau roman, empli d'humanité au meilleur sens du terme. Des personnages vrais, qui vivent réellement, conscients de la mort, et qui nous parlent. À lire absolument.
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– Ma signature.

– Comment as-tu deviné, espèce de rusé?

– Et si je refusais?

– Si tu refusais, je serais contraint, à mon grand regret, de t’envoyer dormir sous les draps verts.»

Par manque d’un pieu d’aubépine, arme fatale aux vampires, j’attrapai mon carafon-télescope-microscope où se trouvaient déjà trois mouchoirs en papier usés, et je serrai son anse si violemment que mes doigts bleuirent. J’hésitai quelques secondes, avant de le jeter de toutes mes forces dans la mer, au lieu de le lancer à la gueule d’Ignace.

Il me sourit d’un air complice, comme s’il avait deviné mes pensées meurtrières. J’ouvris la bouche pour l’envoyer se faire voir chez un régiment de Sénégalais, mais la cloche des pompiers, du côté opposé de la baie, m’arrêta. Un instant plus tard, de la mer nous parvinrent des cris et les hurlements d’une sirène d’incendie.

Inquiets tous les deux, nous levâmes les yeux vers les pins sombres aux alentours d’Ouf. Nous aperçûmes au nord-ouest, loin derrière le cimetière, une auréole d’un rouge laiteux, reflet d’un feu de forêt.

«Ça devrait être la pinède au-dessus du sentier qui longe la côte», murmurai-je, envoûté par ce feu d’artifice céleste de fort mauvais augure.

Ignace se pencha par-dessus la table afin de me tapoter la joue une fois de plus.

«Comprends-tu maintenant? me demanda-t-il d’un ton paternel. Comprends-tu enfin pourquoi je porte tant d’intérêt aux insulaires, prêts à incendier les résidences secondaires de braves allogènes?

– Qui te dit que c’est l’un d’entre eux qui a mis le feu?»

Ignace se tut et me dévisagea avec défiance.

«N’aurais-tu pas décidé de défendre les incendiaires? me demanda-t-il à brûle-pourpoint.

– Ça ne me serait jamais venu à esprit! m’emportai-je. En ce qui me concerne, je les pendrais à l’arbre le plus proche, sans aucun procès.

– Ça, c’est bien, mon p’tit gars! me loua Ignace, très content, puis il plongea de nouveau son bras jusqu’à l’épaule dans son caban. J’ai quelque chose pour toi, une chose qui nous aidera à mettre fin à toutes ces petites contradictions dans lesquelles nous nous sommes empêtrés, et que la famille pourrait voir d’un très mauvais œil.»

Sur ces mots, il sortit de sa poche magique un objet qui fit s’échapper de ma poitrine un soupir de ravissement, une demi-bouteille de vodka finlandaise. Je m’emparai de ce précieux médicament, et regardai à travers le flacon les lueurs du feu de forêt. Je ne l’écartai de mes lèvres que lorsque le liquide dans ce télescope divin fut ramené au niveau de l’étiquette.

«Quelle descente! s’étonna Ignace. Veux-tu que nous nous dégourdissions les jambes?

– Avec plaisir.»

J’espérais que ma mauvaise fortune ne nous ferait pas rencontrer l’un de mes compagnons, qui ne cacherait pas sa méfiance à l’égard de mes vieilles amitiés de l’armée. Comme s’il lisait dans mes pensées, Ignace sourit.

«J’ai eu le plaisir de faire connaissance, ce soir, de tes amis parisiens, dit-il. Agréable compagnie.

– Très agréable,» approuvai-je, la langue pâteuse.

Ignace se tut, et pendant un certain temps nous cheminâmes sans mot dire comme des gens qui se comprennent si bien qu’ils n’ont pas besoin de troubler un silence éloquent. Pour la première fois, j’eus l’occasion d’examiner son profil. Se profilant sur la surface scintillante de l’eau derrière lui, son visage se retrouvait dans l’obscurité: la ligne accusée du front, prolongée par un nez recouvrant la noirceur de sa lèvre supérieure et de son menton pointu, une puissante mâchoire aux dents serrées sous une peau transparente et une longue cicatrice sous l’oreille droite, trace de sa décapitation sous les chenilles d’un blindé.

Sur ce visage laid et vulgaire, il y avait quelque chose qui le rendait saugrenu, presque diabolique, quelque chose que je n’arrivais pas à définir. Il me fallut attendre de passer sous l’un des rares réverbères borgnes plantés sur le sentier pour que mon regarde atteigne enfin la marque du Malin. C’était son oreille droite. Sa vue me donna des frissons dans le dos: un énorme pavillon noir se terminant sous la casquette par une pointe satanique.

Diable, songeai-je, il est grand temps de réduire ta consommation d’alcool. Sinon, dans quelques mois tu risques d’avoir la visite de Lucifer en personne, qui viendra à ta rencontre à califourchon sur une souris géante.

La voix gutturale d’Ignace me tira de ces pensées, une voix si profonde qu’elle me fit de nouveau frémir:

«Revenons sur notre affaire, dit-il. Notre avocat a déjà rédigé un contrat approprié. Tu n’as qu’à déposer ta signature.

– Et si je refusais? demandai-je en ricanant.

– Je te le déconseille vivement. Si tu refusais, je serais forcé de t’envoyer en paradis.

– Chien qui aboie ne mord pas, dis-je. Le diable en prendrait les armes. Je te montrerai de quel bois on se chauffe.

Ignace sursauta en agitant son magnétophone sous mon nez.

«Peux-tu répéter ça un peu plus fort, mon brave? s’écria-t-il.

– Je le peux», dis-je.

Le destin voulut, cependant, que je ne le redise jamais, car le vieil engin, dans la main d’Ignace, poussa un son rauque, son dernier râle.

«Crotte de bique! se fâcha son propriétaire. Regarde avec quoi on me fait travailler!

– C’est du mauvais matériel, approuvai-je.

– De la vraie merde!» gronda Ignace, et dans un juste courroux il lança le magnétophone loin dans la mer.

Je restai bouche bée.

Soudain, Ignace s’assombrit terriblement.

«Tu te payes ma tête», lâcha-t-il entre ses dents.

À cet instant, le sentier déboucha sur un plateau rocailleux d’où l’on avait une vue magnifique sur le feu de forêt du côté opposé de la crique. Deux ou trois hectares de maquis et de pinède étaient déjà transformés en un tourbillon de flammes. Il descendait de la route vers la mer et les habitations, dont les façades aveugles réfléchissaient la lueur de l’incendie. Elle papillotait sur le visage d’Ignace comme une brûlure, pendant qu’il grattait son oreille diabolique.

«Tonnerre de Dieu! murmurai-je. Il faudrait vraiment pendre celui qui a commis ce crime!»

Il semblait, cependant, que cet enfer de flammes n’était pas au centre des préoccupations d’Ignace.

«J’ai l’impression, mec, que tu te payes ma tête, répéta-t-il d’une voix caverneuse.

– Que veux-tu dire par là? bredouillai-je, en portant la demi-bouteille de vodka à mes lèvres.

– Revenons à notre affaire.

– Va te faire voir chez un régiment de Sénégalais!» lui dis-je, m’enhardissant grâce à une gorgée de boisson finlandaise.

Tandis que l’incendie se calmait pour un moment à l’autre bout de la crique, nous replongeâmes dans l’obscurité.

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