Les traquenards de Giri [The Witling - fr]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Год: 1981
- Язык: французский
- Год: Nouvelles
- ISBN: 2-7201-0174-5
- Переводчик: Jacques Schmitt
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les traquenards de Giri [The Witling - fr]». Краткое содержание книги:
En fait, les péripéties de l’évolution avaient doté les autochtones d’un talent bien particulier, un talent qui rendait inutiles la plupart des inventions associées, sur d’autres planètes, au développement de la vie intelligente. Comme les explorateurs d’outre-espace, le lecteur va de surprise en surprise jusqu’à la chute finale.
Un roman passionnant qui mêle avec intelligence aventure et réflexion, dû à un auteur de talent injustement méconnu en France.
Des pas se firent entendre derrière lui. Bjault se retourna — et aperçut son sauveteur. L’homme se pencha au-dessus du divan et offrit à Ajao un breuvage noir et très froid. Il y avait même des boissons glacées : tout le confort d’une société technologique ! Ajao accepta le verre d’un air somnolent. « Où suis-je ? » demanda-t-il, tandis que l’autre s’installait dans un fauteuil voisin. L’étranger semblait plus âgé que Pelio et appartenait probablement à une autre race d’Azhiris : sa peau était d’un gris très foncé et sa taille atteignait près de cent soixante centimètres, ce qui le faisait paraître grand et mince comparativement aux autres autochtones. Son kilt vert portait, cousues sur le côté, une paire de lunes stylisées en argent.
« À proximité du centre du quartier des affaires de Dhendgaru, juste ici », répondit-il en indiquant une tache grise sur l’une des cartes. Il déplaça son doigt d’environ un centimètre. « Et voilà le Palais de l’Été, à moins de deux lieues. Vous n’avez pas été conduit bien loin… et vous êtes libre d’y retourner. » Il leva brusquement les yeux vers Ajao. « Mais il faut d’abord que je vous parle. Mon nom est Thengets del Prou, second représentant de la Guilde en résidence à Dhendgaru. »
Ajao dressa l’oreille en entendant le mot « Guilde ». « Thengets del Prou », articula-t-il soigneusement. « Je m’appelle Ajao Bjault. »
Prou sourit. « Même si vous n’aviez pas l’air d’un étranger, j’aurais deviné que vous n’étiez pas originaire du Royaume de l’Été. Les multiples consonnes de mon nom donnent beaucoup de mal à ses habitants.
— Vous n’êtes donc pas non plus natif de ce royaume ?
— Oh non ! Je suis né dans le Grand Désert, le fils cadet d’un chef du Peuple des Sables. »
Bjault se souvint de ce que Leg-Wot lui avait dit au sujet de cette race. « Votre peuple n’est-il pas… euh… un ennemi déclaré du Royaume de l’Été ? »
Le sourire de Prou s’élargit. « Sans aucun doute. Et je serais probablement à l’heure actuelle un chef de guerre rampant dans le sable pour razzier quelque oasis du Royaume de l’Été si je n’avais pas été voué à la Guilde. Mais je ne me souviens pas de ma famille. J’avais moins d’un an quand la Guilde s’est chargée de moi. Heureusement, d’ailleurs, car il arrive que la Guilde néglige un enfant, ce qui peut entraîner des conséquences désastreuses pour son village natal. On connaît des cas d’enfants surdoués qui ont mis la main sur des villages isolés, tuant tous ceux qui s’opposent à leurs caprices. Les enfants de cette sorte doivent être éduqués par des adultes dotés d’un Talent égal — je veux parler des membres de la Guilde — qui sont à même de leur inculquer des principes. »
Prou se renversa dans son fauteuil et posa un pied nu sur le rebord de la table planisphérique. Il semblait totalement dépourvu de l’austère formalisme qu’Ajao avait rencontré chez les autres Azhiris. Prou lui donnait l’impression de faire partie de ces gens qui exécutent parfaitement leur travail tout en y prenant du plaisir et qui savent s’amuser dans l’existence. De fait, sa nonchalance sans façons rappelait à Bjault certains des étudiants les plus excentriques qui avaient suivi son enseignement sur Mèreplanète, de nombreuses années auparavant.
Ajao tenta de lutter contre la sympathie qu’il éprouvait instinctivement envers cet homme. Existait-il en effet objectivement la moindre raison pour lui faire confiance ? L’archéologue sirotait sa boisson alcoolique amère tout en cherchant à dissimuler son indécision. Comment expliquer l’apparition de Prou juste à temps pour le sauver des mains de ses ravisseurs ?
« Vous deviez m’observer depuis longtemps », finit par dire Ajao.
L’homme de la Guilde hésita un instant avant d’acquiescer. « Je me trouvais à Bodgaru quand vous y avez été capturé. J’ai essayé de vous joindre avant les soldats du roi de l’Été, mais c’était trop risqué. Le préfet local me surveillait étroitement. »
Ajao leva les sourcils. « J’ai pourtant entendu dire que la Guilde était au-dessus des lois et des gouvernements. »
Prou éclata de rire. « Certains peuvent avoir cette impression. Il est sûr que nous disposons d’un pouvoir d’ordre physique. Nous sommes capables de sonder n’importe quel point de Giri ou même de ses deux lunes, et par conséquent de téléporter des objets dans tout l’univers sans faire au préalable un pèlerinage, tant au point de départ qu’au lieu de destination, comme toute personne normale y est contrainte. Nous avons creusé les lacs de transit en téléportant des blocs de rochers depuis nos satellites. Et, le jour où il faudrait se battre, un seul membre de la Guilde serait en mesure de détruire de la même façon des cités entières. »
Le ton de Prou ne trahissait aucune vantardise et Ajao comprit qu’il lui disait la pure et simple vérité. L’échange d’une masse lunaire pesant une centaine de tonnes contre un volume égal d’air, par exemple, opéré à la surface de Giri, devait dégager une énergie potentielle nette équivalente à celle d’une bombe nucléaire de faible puissance. Peut-être était-ce l’explication de l’étendue vitreuse que Draere avait photographiée dans l’hémisphère sud.
« Mais savez-vous », continua Thengets del Prou, « combien il existe de membres de la Guilde — sur toute la planète ? »
Ajao secoua la tête.
« Moins de six cents — dont le quart sont des enfants. Six cents sur quatre cents millions d’Azhiris normaux. Certes, nous sommes puissants, mais en même temps nous respectons le Pacte. Si jamais le peuple et les armées du roi se liguaient contre nous, ils arriveraient à détruire la Guilde, mais ce serait au prix du sacrifice de millions de vies. »
Trois forces en équilibre, songea Bjault. Les membres de la Guilde avec leurs terrifiants pouvoirs, les diverses aristocraties nationales avec leurs armées aguerries et le peuple avec son nombre. Deux quelconques d’entre elles pouvaient s’allier avec succès contre la troisième. Chaque royaume — aussi féodal fût-il — était donc tenu de traiter ses sujets avec un minimum de justice. Et toute guerre ouverte entre royaume eût été malencontreuse puisqu’elle ne pouvait qu’affaiblir l’aristocratie par rapport à la Guilde et au peuple.
« C’est pour cette raison que vous-même et votre compagne revêtez à nos yeux une telle importance, Adgao. Bien que vous soyez des Profanes, la puissance que vous avez manifestée à Bodgaru était aussi étendue que celle d’un membre de la Guilde — j’ai pu voir le monstre volant que les soldats de Ngatheru ont abattu. D’une façon ou d’une autre, votre présence va bouleverser entièrement notre planète. Je tiens à ce que ce changement soit positif… ou peut-être serait-il plus franc de dire que je veux pouvoir contrôler ces transformations. En tout état de cause, il ne m’était pas possible de laisser les services de renseignements du Royaume de l’Été vous mettre la main dessus ; c’est pourquoi j’ai envoyé au prince Pelio une lettre anonyme lui annonçant votre capture. Le prince, qui est assez puissant, est certainement le plus grand original de la cour. Je comptais sur lui pour vous sortir des griffes de Ngatheru, me réservant ainsi la possibilité de vous de vous contacter pour tenter de vous persuader de vous placer sous la protection de la de Guilde. Pelio ne peut pas se plaindre de cette situation auprès de son père sans avouer ses propres méfaits, et j’étais certain de votre accord une fois que vous vous seriez aperçu que vous étiez plus en sécurité avec nous. »