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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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Elle frissonna et laissa échapper un soupir. Elle avait hâte de se mettre à l’ouvrage. De toute façon, pensa-t-elle, il n’y a que ça qui me transporte… La chair humaine me paraît bien fade à côté de mes projets.

Elle descendit à Angel, faillit glisser sur un emballage de MacDo et jura. Passa devant la chaîne de restaurants « Prêt-à-manger » et haussa les épaules. Quel nom de plouc ! Finit les derniers mètres qui la séparaient de la maison en poursuivant le récit de son ascension sociale. Elle en était au moment délicieux où elle recevrait les journalistes du monde entier pour parler de sa collection, vêtue d’une veste et d’un sarouel en crêpe de laine bleu fumé, des sandales Givenchy aux pieds, lorsqu’elle mit la clé dans la porte, entra et reçut un commentaire acerbe de Tom :

— Hortense ! T’es dégueulasse !

Hortense leva un regard froid sur Tom. C’était un Anglais blond à la barbe rare, long et moite, qui la regardait d’habitude avec les yeux d’un basset artésien devant une gamelle posée hors d’atteinte.

— Que se passe-t-il, Tommy ? Je rentre de dix heures de cours et je n’ai pas la tête à écouter tes jérémiades…

Elle accrocha son manteau dans l’entrée, défit la lourde écharpe blanche qui lui entourait le cou de plusieurs rangs, posa son sac rempli de dossiers et de livres et secoua ses lourds cheveux auburn sous les yeux de celui qu’elle considérait comme un dadais inoffensif.

— T’as laissé traîner ton Tampax dans la salle de bains !

— Ah ! Je suis désolée. Je devais penser à autre chose et…

— C’est tout ce que tu trouves à dire !

— Tu ne savais donc pas, Tommy chéri, que chaque mois, les femmes ont un écoulement de sang qu’on appelle règles ?

— Tu n’as pas à laisser traîner tes tampons dans la salle de bains !

— Je suis désolée, je ne le ferai plus… Tu veux que je te le répète combien de fois ?

Elle lui adressa le plus gracieux des sourires factices.

— T’es une sale égoïste, t’as même pas pensé à nous, les garçons de cette maison !

— Je me suis excusée, deux fois, cela suffit, non ? Je ne vais pas faire pénitence et me barbouiller de cendres fraîches ! Je n’aurais pas dû le faire, c’est exact, maintenant que veux-tu ? Que je te roule une pelle en échange ? C’est exclu. Je pensais avoir été claire sur le sujet : je refuse toute étreinte charnelle avec toi. Comment s’est passée ta journée ? Cela doit être dur au bureau en ce moment avec cette Bourse en zigzag ? On ne t’a pas viré ? Ou si… Laisse-moi deviner : tu es viré et tu passes ta colère sur moi…

Le pauvre garçon sembla suffoqué par l’outrecuidance d’Hortense puis reprit ses récriminations en répétant le mot Tampax à chaque phrase.

— Mais enfin, Tommy, arrête ! Je vais croire que tu ne savais pas ce qu’était un tampon avant de tomber sur le mien… Va falloir t’y faire si tu veux avoir une liaison un jour avec une fille… Une vraie. Pas une souillon que tu trousses ivre mort le samedi soir…

Il se tut et tourna les talons en marmonnant quelle horrible fille ! Quel Narcisse en jupon ! J’avais bien dit pas de fille dans une maison ! J’avais raison !

Hortense le regarda s’éloigner en claironnant :

— Sache que celui qui n’est pas concentré sur lui-même ne fait rien de sa vie. Si je ne suis pas Narcisse à vingt ans, je finirai cloîtrée à quarante et c’est hors de question ! Et tu devrais prendre modèle sur moi au lieu de me critiquer ! C’est cinquante livres la leçon, et je te fais un prix si tu prends un forfait !

Et elle gagna la cuisine pour se faire un café.

Elle avait une longue nuit de travail devant elle. Le sujet du devoir à rendre : dessinez une garde-robe en vous fondant sur trois couleurs essentielles, le noir, le gris et le bleu marine, en partant des chaussures et en incluant pochette, sac, lunettes, foulard et accessoires.

Ses trois autres colocataires l’attendaient près de la machine à café.

Peter, Sam et Rupert.

Sam et Rupert travaillaient à la City et ça tanguait. Ils rentraient de plus en plus tard du travail, le front barré de soucis, égrenaient le nombre de licenciés chaque soir en buvant des cafés noirs. Se levaient le matin de plus en plus tôt. Lisaient les petites annonces, serraient les dents.

Il régnait dans la cuisine un silence de chanoine chagrin. On aurait presque pu entendre les grains de chapelet s’égrener. Chacun arborait un air douloureux sur une mine renfrognée.

Hortense choisit une capsule noire pour un café fort et mit la machine en route sans qu’un mot ne franchisse les lèvres des trois chanoines. Puis elle ouvrit le frigidaire, sortit son fromage blanc à 20 % et une tranche de jambon. Il lui fallait des protéines. Elle prit une assiette, renversa le fromage blanc, coupa le jambon en fines lamelles. Ils la regardaient, ne quittant pas leur air de chanoines chagrins.

— Qu’est-ce qu’il y a ? finit-elle par demander. Vous pensez au Tampax et ça vous coupe l’appétit ? Vous avez tort. Sachez que le Tampax est biodégradable et ne pollue pas…

Elle croyait avoir été drôle. Avoir fait un trait d’esprit qui allégerait l’atmosphère.

Ils haussèrent les épaules et continuèrent à faire leur moue de reproche.

— Je ne vous savais pas si fragiles, les garçons… Moi, je me tape vos caleçons sales dans les couloirs, vos chaussettes qui puent, les capotes à cheval sur les poubelles, les assiettes empilées dans l’évier, vos verres de bière qui font des ronds partout et je ne dis rien ! Ou plutôt si… je me dis que c’est la nature même des garçons de laisser le bordel partout où ils passent. Je n’ai pas eu de frère, mais depuis que je vis avec vous, j’ai une vague idée et j’imagine que…

— La sœur de Tom est morte. Elle s’est suicidée, ce matin…, l’interrompit Rupert en la fracassant du regard.

— Ah ! fit Hortense, la bouche pleine. C’est pour ça qu’il m’a agressée… Je pensais qu’il s’était fait virer de sa banque… Et pourquoi elle s’est tuée ? Chagrin d’amour ou peur de ne pas y arriver ?

Ils la dévisagèrent, choqués. Sam et Rupert se levèrent d’un même élan et quittèrent la cuisine pour montrer leur réprobation.

— Hortense ! Tu es un monstre ! s’exclama Peter.

— Oh ! Écoute, je ne la connaissais pas, la sœur de Tom ! Tu veux que je m’arrache la peau des joues et que je sanglote ?

— J’aurais aimé que tu montres un peu de compassion…

— Je hais ce mot ! Il pue ! Y a plus de sucre ? Alors si je pense pas à tout dans cette maison, tout va à…

— Hortense ! gronda Peter en frappant sur la table de la cuisine.

Peter était brun, sec et nerveux. Il avait vingt-cinq ans, une peau trouée d’ancien acnéique, les joues creuses. Il portait des petites lunettes cerclées et faisait des études de génie mécanique. Hortense n’avait jamais très bien saisi en quoi cela consistait. Elle hochait la tête quand il parlait de ses croquis, de ses projets, de ses expériences, des moteurs à l’essai, ayant décidé que cela ne valait pas la peine qu’elle creuse le sujet. Elle l’avait rencontré dans l’Eurostar, un jour où elle portait trois gros sacs. Il s’était proposé pour l’aider. Elle lui avait tendu les deux bagages les plus lourds.

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