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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— Énerve-toi pas. J’ai pas de porte de derrière et je parle sans détour. Mieux vaut que tu le saches. Tu vois-tu ces bâtiments ? C’est la GRC, et c’est là qu’on reste, dit-il en freinant.

Le groupe de Paris se resserra devant de grands cubes de brique et de verre, flambant neufs au milieu des arbres rouges. Un écureuil noir gardait la porte en grignotant. Adamsberg resta à trois pas derrière pour interroger Danglard.

— C’est l’usage, de tutoyer tout le monde ?

— Oui, ils le font très naturellement.

— On doit faire pareil ?

— On fait comme on veut et comme on peut. On s’adapte.

— Le titre qu’il vous a donné ? Le grand slaque, cela veut dire quoi ?

— Le grand mou dégingandé.

— Compris. Comme il le dit lui-même, Aurèle Laliberté n’a pas de porte de derrière.

— Il ne semble pas, confirma Danglard.

Laliberté conduisit l’équipe française dans une vaste salle de réunion — une sorte de salle du Concile, en quelque sorte — et fit rapidement les présentations. Membres du module québécois : Mitch Portelance, Rhéal Ladouceur, Berthe Louisseize, Philibert Lafrance, Alphonse Philippe-Auguste, Ginette Saint-Preux et Fernand Sanscartier. Puis le surintendant s’adressa fermement à ses agents :

— Chacun de vous s’amanchera avec l’un des membres de la Brigade de Paris, et on changera les paires tous les deux ou trois jours. Allez-y de tout cœur mais menez-les pas tambour battant pour vous faire péter les bretelles, ils ne sont pas infirmes des deux bras. Ils sont en période d’entraînement, ils s’initient. Alors formez-les au pas de grise pour commencer. Et faites pas de l’esprit de bottine s’ils ne vous comprennent pas ou s’ils parlent autrement que nous. Ils sont pas plus branleux que vous autres sous prétexte qu’ils sont français. Je compte sur vous.

En somme, à peu près le même discours que celui qu’Adamsberg avait tenu à son équipe, quelques jours plus tôt.

Pendant la fastidieuse visite des locaux, Adamsberg s’occupa à repérer la machine à boissons, qui distribuait essentiellement des « soupes » mais aussi des cafés de la taille d’une chope de bière, et à examiner les visages de ses provisoires collègues. Il se sentait une sympathie immédiate pour le sergent Fernand Sanscartier, le seul sous-off de l’unité, dont le visage plein et rose, percé de deux yeux bruns saturés d’innocence, semblait le désigner d’office pour le rôle du « Bon ». Cela lui plairait de faire binôme avec lui. Mais pour les trois jours à venir, c’était à l’énergique Aurèle Laliberté qu’il aurait affaire, hiérarchie oblige. Ils furent libérés à dix-huit heures tapantes et conduits à leurs véhicules de fonction, munis de pneus neige. Seul le commissaire disposait d’une voiture autonome.

— Pourquoi tu portes-tu deux montres ? demanda Laliberté à Adamsberg, une fois celui-ci au volant. Adamsberg hésita.

— Pour le décalage horaire, expliqua-t-il subitement. J’ai des enquêtes à suivre en France.

— Tu peux-tu pas faire le calcul dans ta tête, comme tout le monde ?

— Ça va plus vite comme ça, éluda Adamsberg.

— À ton choix. Allez, bienvenue, man, et à demain, neuf heures.

Adamsberg roula doucement, attentif aux arbres, aux rues, aux gens. Sorti du parc de la Gatineau, il entrait dans la ville jumelée de Hull, qu’il n’aurait pas, personnellement, nommée « ville », la cité s’étendant sur des kilomètres de pays plat découpé en carrés par des rues désertes et propres, ponctué de maisons à pans de bois. Rien d’ancien, rien de décrépi, pas même les églises qui ressemblaient plus à des miniatures en sucre qu’à la cathédrale de Strasbourg. Personne ici n’avait l’air pressé, chacun conduisant à pas lent de puissants pick-up à même de charrier six stères de bois.

Pas de cafés, pas de restaurants et pas de magasins. Adamsberg repéra quelques boutiques isolées, des « dépanneurs » qui vendaient de tout, dont l’un à cent mètres de leur immeuble. Il s’y rendit à pied avec satisfaction, faisant craquer les plaques de neige sous ses pas, sans que les écureuils s’écartent sur son passage. Une importante différence avec les moineaux.

— Où peut-on trouver des restaurants, des bars ? demanda-t-il à la caissière.

— Au centre-ville, t’auras tout ce qu’il te faut pour les noctambules, répondit-elle gentiment. C’est à cinq kilomètres, faut prendre ton char.

Elle lui dit bonjour en partant et bonne soirée bye.

Le centre-ville était petit, et Adamsberg parcourut ses rues perpendiculaires en moins d’un quart d’heure. En entrant au Quatrain, il interrompit une lecture poétique devant un public compact et silencieux, et recula en fermant la porte derrière lui. Il faudrait qu’il signale le truc à Danglard. Il se rabattit sur un bar à l’américaine, Les Cinq Dimanches, vaste salle surchauffée décorée de têtes de caribous, d’ours et de drapeaux québécois. Le serveur apporta son dîner d’un pas paisible, en prenant tout son temps et en parlant de la vie. L’assiette avait la taille d’un plat chargé pour deux. Tout est plus grand, au Canada, et tout est plus tranquille.

À l’autre bout de la salle, un bras s’agita dans sa direction. Ginette Saint-Preux, son assiette à la main, vint naturellement se poser à sa table.

— Ça te gêne-tu pas que je m’assoie ? dit-elle. Je soupais toute seule moi aussi.

Très jolie, éloquente et rapide, Ginette se lança dans de multiples discours. Ses premières impressions du Québec ? Les différences avec la France ? Plus plate ? Comment était Paris ? Comment allait le travail ? Gai ? Et sa vie ? Ah bon ? Elle avait des enfants et des « hobbies », la musique surtout. Mais pour un bon concert, il fallait aller jusqu’à Montréal, est-ce que cela l’intéressait ? Quels étaient ses hobbies, à lui ? Ah bon ? Dessiner, marcher, rêver ? C’était-tu possible ? Et comment faisait-on cela, à Paris ?

Vers onze heures, Ginette s’intéressa à ses deux montres.

— Pauvre toi, conclut-elle en se levant. C’est vrai qu’avec ton décalage, c’est encore cinq heures du matin.

Ginette avait oublié sur la table le prospectus vert qu’elle n’avait cessé d’enrouler et dérouler pendant la conversation. Adamsberg le déplia lentement, les yeux fatigués. Concert de Vivaldi à Montréal, 17–21 octobre, quintette à cordes, clavecin et piccolo. Elle était bien courageuse, Ginette, de se traîner sur plus de quatre cents kilomètres pour un petit quintette.

XVIII

Adamsberg n’avait pas l’intention de passer son séjour entier les yeux fixés sur des pipettes et des codes-barres. À sept heures du matin, il était déjà sorti, aimanté par le fleuve. Non, la rivière, l’immense rivière des Indiens Outaouais. Il parcourut la berge jusqu’à l’entrée d’un chemin sauvage. Sentier de portage, lut-il sur un panneau, emprunté par Samuel de Champlain en 1613. Il s’y enfonça aussitôt, satisfait de caler ses pieds dans les pas des Anciens, Indiens et voyageurs portant les pirogues sur leur dos. La piste n’était pas facile à suivre, le sentier défoncé chutant souvent sur un mètre de hauteur. Spectacle saisissant, bouillonnement des eaux, fracas des chutes, colonies d’oiseaux, rives rougies par les érables. Il s’arrêta devant une pierre commémorative plantée au milieu des arbres, qui détaillait l’histoire de ce type, de ce Champlain.

— Salut, dit une voix dans son dos.

Une jeune fille en jean était assise sur une roche plate surplombant la rivière, et fumait une cigarette dans le petit matin. Adamsberg avait repéré dans l’accent du « salut » quelque chose de très parisien.

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