Sous les vents de Neptune
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #4
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581904
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:
— Oui, il faut que je ramasse l’argent du billet, Michel.
— Et t’as encore les bleus pour ton chum ?
— Parfois oui, le soir. Il y a des gens qui ont le cafard le matin, et d’autres le soir. Moi, c’est le soir.
— Eh ben regrette-le pas. Il a été pogné par les cops.
— Sans blague ? dit Noëlla en se redressant.
— Je te chante pas de bêtises. Il piquait des chars et il les revendait avec une nouvelle plaque. Tu te figures ?
— Je ne te crois pas, dit Noëlla en secouant la tête. Il travaillait dans l’informatique.
— T’es dure de comprenure, ma belle. Ton chum, c’était une face à deux taillants, un hypocrite. Allume tes lumières, Noëlla. C’est pas des niaiseries, c’était dans le journal.
— Je n’ai rien su.
— Noir sur blanc dans le quotidien de Hull. Un soir, il s’est paqueté le beigne et les cochs l’ont pogné par les gosses. Il a pris sa débarque et je peux te dire qu’il est pas sorti du bois. C’était un maudit chien, ton chum. Alors assieds-toi dessus, puis tourne. J’avais le goût de te le dire, pour pas que tu le regrettes. Excuse-moi, j’ai une table qui m’appelle.
— Je n’en reviens pas, dit Noëlla en attrapant le fond sucré de son café avec son doigt. Cela t’embête que je prenne un verre avec toi ? Je dois me ressaisir.
— Dix minutes, concéda Adamsberg. Ensuite je vais dormir, insista-t-il.
— Je comprends, dit Noëlla en commandant son verre. Tu es un homme pris. Tu te rends compte ? Mon chum ?
— « Assieds-toi dessus, puis tourne », répéta Adamsberg. Qu’est-ce qu’il te conseille ? D’oublier ? D’effacer ?
— Non. Ça veut dire « Arrête-toi un moment sur le truc et réfléchis bien ».
— Et « se paqueter le beigne » ?
— Se prendre une foutue cuite. Ça suffit, Noëlla n’est pas un dictionnaire.
— C’était pour comprendre ton histoire.
— Eh bien tu vois, elle est plus sotte encore que je le croyais. Il faut que j’aille me distraire, dit-elle en finissant son verre d’un trait. Je te raccompagne.
Surpris, Adamsberg hésita à répondre.
— Je suis en voiture et tu es à pied, expliqua Noëlla avec impatience. Tu ne comptes pas rentrer par le sentier ?
— C’était mon idée.
— Il flotte à verse. Je t’effraie ? Elle fait peur à un homme de quarante ans ? À un coch ?
— Mais non, dit Adamsberg en souriant.
— Bon. Où habites-tu ?
— Près de la rue Prévost.
— Je vois très bien, je suis à trois blocs. Viens.
Adamsberg se leva, sans comprendre sa réticence à suivre une fille ravissante dans sa voiture.
Noëlla freina devant son immeuble et Adamsberg la remercia en ouvrant sa portière.
— Tu ne m’embrasses pas avant de partir ? Tu n’es pas courtois pour un Français.
— Pardon, je suis un montagnard. Une brute.
Adamsberg l’embrassa sur les joues, le visage raide, et Noëlla plissa le front, offensée. Il déverrouilla la porte de l’immeuble et salua le gardien, toujours aux aguets à plus de onze heures. Après sa douche, il s’étendit sur le large lit. Au Canada, tout est plus grand. Sauf les souvenirs, qui sont plus petits.
XIX
La température avait chuté à moins 4° au matin et Adamsberg courut voir sa rivière. Dans le sentier, les bords des petits étangs avaient gelé et il s’occupa à casser la glace avec ses grosses chaussures, sous le regard vigilant des écureuils. Il allait s’engager plus avant quand la pensée de Noëlla postée sur sa pierre le retint comme une corde. Il rebroussa chemin et s’assit sur une roche pour observer la compétition qui sévissait entre une colonie de canards et une troupe de bernaches. Des territoires et des guerres, partout. L’une des oies tenait visiblement le rôle du grand flic et revenait méchamment à la charge en étendant ses ailes et claquant du bec, avec une constance de despote. Adamsberg n’aimait pas cette bernache. Il la distingua des autres par une marque dans son plumage, dans l’idée d’aller voir si, demain, le rôle de l’autocrate lui reviendrait ou bien si les oies pratiquaient une alternance démocratique. Il abandonna les canards à leur résistance et gagna sa voiture. Un écureuil s’était fourré dessous, dont il voyait dépasser la queue près du pneu arrière. Il démarra tout doucement par à-coups pour ne pas l’écraser.
Le surintendant Laliberté retrouva sa bonne humeur quand il apprit que Jules Saint-Croix avait accompli son devoir de citoyen et empli son éprouvette, qu’il avait enfermée dans une grosse enveloppe. Fondamental, le sperme, fondamental, criait Laliberté à Adamsberg, tout en déchirant l’enveloppe sans égards pour le couple Saint-Croix, tassé dans un angle.
— Deux expériences, Adamsberg, poursuivait Laliberté en agitant l’éprouvette au milieu du salon : prélèvement à chaud et à sec. À chaud comme s’il était resté dans les parties vaginales de la victime. À sec, c’est le support qui pose problème. Tu prélèves pas de la même manière selon que la semence se trouve sur un tissu, sur une route, sur de l’herbe ou sur un tapis. Le plus croche, c’est l’herbe. Tu me suis-tu ? On répartit les dosettes en quatre endroits stratégiques : sur la route, dans le jardin, dans le lit et sur le tapis du salon.
Les Saint-Croix disparurent de la pièce comme des fautifs et la matinée se passa à déposer des gouttelettes de semence de-ci de-là et à les cerner d’un cercle de craie pour ne pas les perdre de vue.
— Pendant que ça sèche, déclara Laliberté, on se mouve aux toilettes et on s’occupe de l’urine. Prends ton carton et ta trousse.
Les Saint-Croix passèrent une journée difficile qui emplit le surintendant de satisfaction. Il avait fait pleurer Linda pour collecter ses larmes et courir Jules dans le froid pour recueillir sa morve. Tous les prélèvements avaient été opérants et il rentra à la GRC en chasseur victorieux, avec ses cartons et trousses étiquetés. Une seule contrariété dans la journée : on avait dû opérer des permutations de dernière minute car deux des citoyens volontaires avaient obstinément refusé de confier leur éprouvette aux équipes féminines. Ce qui avait fait enrager Laliberté.
— Sacrament, Louisseize ! avait-il gueulé dans son téléphone. Qu’est-ce qu’ils veulent nous faire accroire, ces gars, avec leur esti de sperme ? Que c’est de l’or liquide ? Ils sont bien aise de le refiler aux blondes dans le plaisir mais quand il s’agit de boulot, il n’y a plus personne ! Dis-lui dans la face à ton maudit citoyen.
— Je ne peux pas, surintendant, avait répondu la délicate Berthe Louisseize. Il est boqué comme un ours. Il faut que je permute avec Portelance.
Laliberté avait dû céder mais, le soir encore, il ruminait l’offense.
— Les hommes, dit-il à Adamsberg en entrant devant la GRC, c’est abruti comme des bisons des fois. Maintenant qu’on a fini les prélèvements, je vais aller leur chanter quelque chose, à ces chiens de citoyens. Les femmes de mon escouade, elles en savent cent fois plus sur leur maudit sperme que ces deux niaiseux.
— Laisse tomber, Aurèle, suggéra Adamsberg. Tu t’en fous, de ces deux types.
— Je le prends personnel, Adamsberg. Va aux femmes ce soir si t’as le goût, mais moi, après le souper, je vais aller leur payer une visite et leur donner l’heure, à ces deux mules.
Ce jour-là, Adamsberg comprit que la jovialité expansive du surintendant se doublait d’un revers tout aussi ardent. Un gars chaleureux, direct et dénué de tact, en même temps qu’un colérique fermé et tenace.