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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— Ah bon ?

— Oui, par un dragon.

Adamsberg jeta un œil à ses montres. Plus que cinq heures et quarante-quatre minutes et demie de vol. Il se sentait sur la bonne voie mais combien de temps allait-il encore tenir ainsi ? Parler sept heures de suite ne lui était jamais arrivé.

Soudain, la bonne voie fut coupée net par des signaux lumineux qui clignotèrent au fronton de la cabine.

— Qu’est-ce que c’est ? s’alarma Danglard.

— Bouclez la ceinture.

— Mais pourquoi, bouclez la ceinture ?

— Trous d’air, ce n’est rien. Cela peut secouer un peu, voilà tout.

Adamsberg pria le Premier Homme de la montagne de faire en sorte que les secousses soient minimes. Mais, appelé à d’autres affaires, le Premier Homme s’en contrefoutait. Et par malchance, les turbulences furent d’une grande intensité, lâchant l’appareil dans des creux de plusieurs mètres. Les voyageurs les plus blasés durent cesser de lire, les hôtesses s’attacher sur les strapontins, et une jeune femme poussa un cri. Danglard avait fermé les yeux et respirait très vite. Hélène Froissy l’observait avec inquiétude. Sur une inspiration, Adamsberg se retourna vers Retancourt, assise derrière le capitaine.

— Lieutenant, lui dit-il à voix basse entre les sièges, Danglard ne tient pas le coup. Sauriez-vous faire un massage qui endort ? Ou n’importe quel machin qui l’assomme, qui l’abêtisse, qui l’anesthésie ?

Retancourt acquiesça, sans qu’Adamsberg en soit tellement surpris.

— Ça marchera, dit-elle, à condition qu’il ne sache pas que cela vient de moi.

Adamsberg hocha la tête.

— Danglard, lui dit-il en lui saisissant la main, gardez les yeux fermés, une hôtesse va s’occuper de vous.

Il fit signe à Retancourt qu’elle pouvait y aller.

— Ouvrez trois boutons de sa chemise, demanda-t-elle en débouclant sa ceinture.

Puis, avec le bout de ses doigts, semblant n’apposer que la pulpe dans une danse rapide et pianistique, Retancourt s’attaqua au cou de Danglard, suivant le trajet de la colonne vertébrale et insistant sur les tempes. Froissy et Adamsberg observaient l’opération au milieu des secousses de l’avion, regardant tour à tour les mains de Retancourt et le visage de Danglard. Le capitaine sembla ralentir sa respiration, puis ses traits se décontractèrent et, moins de quinze minutes plus tard, il dormait.

— Il a pris des calmants ? demanda Retancourt en détachant un à un ses doigts de la nuque du capitaine.

— Un wagon, dit Adamsberg.

Retancourt regarda sa montre.

— Il n’a pas dû fermer l’œil de la nuit. Il va dormir au moins quatre heures, nous sommes tranquilles. Quand il se réveillera, nous serons au-dessus de Terre-Neuve. La terre rassure.

Adamsberg et Froissy échangèrent un regard.

— Elle m’épate, murmura Froissy. Elle, elle écraserait un chagrin d’amour comme un puceron sur sa route.

— Ce ne sont jamais des pucerons, Froissy, ce sont de hauts murs. Il n’y a pas de déshonneur à trouver l’ascension difficile.

— Merci, murmura Froissy.

— Vous savez, lieutenant, que Retancourt ne m’aime pas.

Froissy ne démentit pas.

— Elle vous a dit pourquoi ? demanda-t-il.

— Non, elle ne parle pas de vous.

Une flèche de cent quarante-deux mètres peut vaciller sur le simple prétexte qu’une grosse Retancourt n’estime pas même nécessaire de parler de vous, songea Adamsberg. Il jeta un œil à Danglard.

Le sommeil lui redonnait des couleurs et les trous d’air s’apaisaient.

L’avion était en approche quand le capitaine se réveilla, surpris.

— C’est l’hôtesse, expliqua Adamsberg. C’est une spécialiste. Par veine, elle sera là pour le vol du retour. On se pose dans vingt minutes.

Hormis deux reflux d’angoisse, quand l’appareil sortit bruyamment son train et lorsque les ailes déployèrent leurs aérofreins, Danglard, encore sous l’effet de son massage lénifiant, passa presque correctement l’épreuve de l’atterrissage. À l’arrivée, c’était un homme neuf, alors que les autres membres affichaient des mines engourdies. Deux heures et demie plus tard, chacun était parqué dans sa chambre. Eu égard au décalage horaire, le stage ne commencerait le lendemain qu’à quatorze heures, heure locale.

Adamsberg avait eu droit à un studio double pièce au cinquième étage, aussi neuf et blanc qu’un logement témoin, et qui disposait d’un balcon. Privilège gothique. Il s’y accouda un long moment pour contempler l’immense rivière Outaouais qui coulait en contrebas dans ses berges sauvages et, là-bas, de l’autre côté de la rive, les lumières des tours d’Ottawa.

XVII

Trois voitures de la GRC se rangèrent devant l’immeuble le lendemain. Voyantes, elles portaient sur leurs flancs blancs une tête de bison à l’expression mi-placide mi-butée, cernée de feuilles d’érable et surmontée de la couronne d’Angleterre. Trois hommes en uniforme les attendaient. L’un d’eux, qu’Adamsberg identifia comme le surintendant principal grâce à son épaulette, se pencha vers son voisin.

— Tu crois-tu que c’est lequel, le commissaire ? demanda le surintendant à son collègue.

— Le plus petit. Le brun en veste noire.

Adamsberg percevait à peu près leurs paroles. Brézillon et Trabelmann auraient été contents : le plus petit. En même temps, son attention était distraite par de petits écureuils noirs qui bondissaient dans la rue, aussi tranquilles et vifs que des moineaux.

— Criss, me chante pas de bêtises, reprit le surintendant. Celui qui est habillé comme un quêteux ?

— Excite-toi pas, je te dis que c’est lui.

— Ce serait pas plutôt le grand slaque bien vêtu ?

— Je te dis que c’est le brun. Et c’est un boss important là-bas, un as. Alors barre-toi les mâchoires.

Le surintendant Aurèle Laliberté hocha la tête et se dirigea vers Adamsberg, la main tendue.

— Bienvenue, commissaire principal. Pas trop ébarroui par le voyage ?

— Merci, tout va bien, répondit prudemment Adamsberg. Très heureux de faire votre connaissance.

Chacun serra les mains de chacun dans un silence embarrassé.

— Désolé pour le temps, déclara Laliberté de sa voix puissante, avec un large sourire. Les frimas sont arrivés d’un coup. Montez dans les chars, on a dix minutes de route. On va pas vous tuer l’âme à l’ouvrage aujourd’hui, ajouta-t-il, invitant Adamsberg à prendre place dans sa voiture. Une simple petite reconnaissance.

L’antenne de la GRC était située dans un parc boisé qui semblait s’étendre aussi loin qu’une forêt française[1]. Laliberté roulait lentement et Adamsberg avait presque le temps de détailler chacun des arbres.

— Vous avez de la place, dit-il, impressionné.

— Oui. Comme on dit ici, on n’a pas d’histoire mais on a de la géographie.

— Et cela, ce sont les érables ? demanda-t-il en pointant son doigt à travers la vitre.

— Tout juste.

— Je croyais que les feuilles étaient rouges.

— Tu les trouves-tu pas assez rouges, commissaire ? Les feuilles, c’est pas comme sur le drapeau. Il y en a des rouges, des orange, des jaunes. On s’ennuierait sinon. Alors, c’est toi le grand chef, présentement ?

— Sans doute.

— Pour un commissaire principal, tu te mets pas sur ton forty-five. Ils vous laissent vous habiller comme ça à Paris ?

— À Paris, la police n’est pas l’armée.

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1

La Banque nationale de données génétiques du Canada est installée à la Direction générale de la GRC à Ottawa. L’« antenne » située dans le parc fédéral de la Gatineau est une invention de l’auteur.

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