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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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Évidemment, pensa Adamsberg. Un invisible spectre.

— Des livres, dans la maison ?

— Beaucoup, commissaire. Lesquels, je pourrais pas vous dire.

— Des journaux ?

— Il était abonné. À un quotidien et aux Nouvelles d’Alsace.

— Du courrier ?

— Ça, c’était pas dans mes attributions, et son meuble secrétaire était toujours fermé. Avec le tribunal, c’est compréhensible. Son départ a été une vraie surprise. Il m’a laissé un mot très aimable, me remerciant et me souhaitant toutes sortes de bonnes choses, avec toutes les instructions et un très bon dédommagement.

— Quelles instructions ?

— Eh bien de revenir ce samedi pour un ménage à fond sans compter mes heures, attendu que le château allait être mis en vente. Par suite, je devais déposer les clefs à l’agence. J’y étais il n’y a pas une heure.

— Ce mot, il était écrit à la main ?

— Ah non. M. Leclerc me laissait toujours des notes machine. De par son métier, je suppose.

Adamsberg allait raccrocher lorsque la femme reprit :

— Quant à vous le décrire, ce n’est pas facile. Je ne l’ai vu qu’une fois, comprenez-vous, et pas longtemps. Et c’était il y a quatre ans encore.

— Lors de l’emménagement ? Vous l’avez vu ?

— Naturellement. On ne peut tout de même pas travailler chez des inconnus.

— Madame Coutellier, dit Adamsberg, la voix plus rapide, tâchez d’être le plus précise possible.

— Il aurait fait quelque chose de mal ?

— Au contraire.

— Ça m’aurait étonnée aussi. Un homme propre, très méticuleux. C’est attristant, cet accident de santé. Disons que dans mon souvenir, il avait la soixantaine et pas plus. Quant à vous dire son aspect, il était normal.

— Essayez tout de même. Sa taille, son poids, sa coiffure ?

— Une seconde, commissaire.

Denise Coutellier mit de l’ordre dans la mêlée d’enfants et revint à l’appareil.

— Disons que c’était un homme pas très grand, plutôt rond, avec le visage coloré. Ma foi pour ses cheveux, ils étaient gris, dégarnis sur le dessus. Il avait un costume en velours brun et une cravate, je me rappelle toujours le linge.

— Attendez, je prends en note.

— Faites attention tout de même, dit la femme, criant à nouveau. Parce que la mémoire, ça peut jouer des tours, n’est-ce pas ? Je vous dis « petit » mais, après coup, j’ai pu déformer. Ses costumes étaient plus grands que la taille dont je me souvenais. Disons pour un homme d’un mètre quatre-vingts alors que je l’imaginais d’un mètre soixante-dix. À la vue, la corpulence vous rapetisse un homme. Pour les cheveux, je vous dis gris, mais dans la salle de bains ou dans le linge, j’en ai jamais trouvé que des blancs. Mais ça, il a pu blanchir en quatre ans, ça vient vite à cet âge. C’est pourquoi je vous dis, la mémoire et la vérité, ça se compare pas.

— Madame Coutelier, la maison possède-t-elle des dépendances, des pavillons ?

— Il y a une ancienne écurie, une grange et puis un pavillon de gardien. Mais c’était à l’abandon et j’avais pas à m’en occuper. C’est dans l’écurie qu’il mettait sa voiture. Et le jardinier avait accès à la grange, pour les outils.

— Cette voiture, vous sauriez me dire la marque, la couleur ?

— Je l’ai jamais vue, commissaire, vu que Monsieur était toujours parti quand j’arrivais. Et j’avais pas les clefs des dépendances, je vous l’ai dit.

— Dans la maison même, demanda Adamsberg en songeant au précieux trident, aviez-vous accès à toutes les pièces ?

— Sauf au grenier qu’est toujours resté fermé. M. Leclerc disait que c’était pas utile de perdre du temps dans ce nid à poussière.

La planque de la Barbe-Bleue, aurait dit le commandant Trabelmann. La pièce interdite, l’abri des épouvantes.

Adamsberg consulta sa montre. Ses montres plutôt. Celle qu’il s’était décidé à acheter il y a deux ans, et celle que Camille lui avait donnée à Lisbonne, une montre d’homme qu’elle venait de gagner à un concours de rue. Et qu’il avait voulu porter en gage de leurs retrouvailles, et juste la veille de sa rupture. Depuis, curieusement, il n’avait pas détaché cette seconde montre, étanche et sportive, munie de multiples boutons, chronomètres et microcadrans dont il ne savait pas l’usage. L’un d’eux, paraît-il, pouvait vous indiquer en combien de secondes la foudre allait vous tomber dessus. Très commode, avait songé Adamsberg. Il n’avait pas pour autant retiré sa propre montre, attachée par un vieux bracelet de cuir un peu lâche, et qui s’entrechoquait avec sa voisine. Si bien que depuis un an, il portait deux montres au poignet gauche. Tous ses adjoints lui avaient signalé le fait et il leur avait répondu qu’il l’avait remarqué, lui aussi. Et il s’en était tenu à ses deux montres, sans savoir pourquoi, ce qui lui prenait plus de temps au coucher et au lever pour les ôter et les remettre.

L’une des montres marquait trois heures moins une, l’autre trois heures quatre. Celle de Camille était en avance sur l’autre et Adamsberg ne cherchait pas à savoir laquelle avait raison, ni à les régler. Ce décalage lui convenait et il calculait un temps moyen entre les deux, qui, pour lui, représentait le temps juste. Trois heures et une minute et demie, donc. Il avait le temps de sauter à nouveau dans un train pour Strasbourg.

Le jeune homme délégué par l’agence, dont les yeux verts et surpris lui rappelaient le brigadier Estalère, le prit en gare de Haguenau à 18 h 47 et le conduisit au Schloss de Maxime Leclerc, vaste domaine encerclé d’un bois de pins.

— Pas de risque de voisinage, hein ? dit Adamsberg en visitant chacune des pièces de la maison désertée.

— M. Leclerc avait spécifié qu’il désirait sa tranquillité avant tout. Un homme très solitaire. On en voit dans la profession.

— À votre avis ? Une sorte de misanthrope ?

— Ou bien la vie l’avait déçu, hasarda le jeune homme, et il préférait vivre loin du monde. Mme Coutellier disait qu’il avait beaucoup de livres. C’est la preuve, parfois.

Avec l’aide du jeune homme en raison de son bras en écharpe, Adamsberg passa un long moment à relever des empreintes là où il espérait que Mme Coutellier n’avait pas passé son chiffon, sur les portes surtout, poignées et clenches, et les interrupteurs. Le grenier quasi vide était couvert d’un plancher de bois grossier rétif au déchiffrement. Pourtant, les six premiers mètres ne donnaient pas l’impression d’une surface intouchée depuis quatre ans, et des disparités insensibles troublaient l’uniformité de la poussière. Au bas d’une poutre, une ligne confuse se détachait du sol sombre, un rien plus claire. C’était délicat de l’affirmer mais, si l’homme avait déposé un trident quelque part, ce pouvait être ici, où le manche avait laissé son fugace souvenir. Il porta une attention spéciale à la vaste salle de bains. Mme Coutellier s’était montrée zélée ce matin, mais l’ampleur de la pièce lui laissait quelque chance. Dans l’étroit interstice qui séparait le pied du lavabo du mur, il recueillit un petit dépôt de poussière agglutinée, où affleuraient quelques cheveux blancs ternis.

Le jeune homme, patient et étonné, lui ouvrit la grange, puis l’écurie. Le sol de terre battue avait été brossé, emportant toute trace de pneus. Maxime Leclerc s’était évanoui avec la légèreté éthérée d’un fantôme.

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