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Le Nouveau Soleil de Teur. Livre 2 [The Urth of the New Sun - fr]

Электронная книга - «Le Nouveau Soleil de Teur. Livre 2 [The Urth of the New Sun - fr]». Краткое содержание книги:

Après bien des péripéties, voici Sévérian de retour sur Teur. Un Sévérian métamorphosé, fort de pouvoirs quasi divins et entraînant dans son sillage la Fontaine Blanche — cet objet astronomique qui est l’exact opposé d’un trou noir, un jaillissement de matière né de la semande de l’Autarque.
Mais cela suffira-t-il à redonner vie à Teur et à son soleil moribond ?
Dans cette deuxième et dernière partie de la coda imaginée par Gene Wolfe pour couronner son Livre du Second Soleil de Teur, Sévérian sera le moteur de bouleversements cosmiques — un nouveau Déluge, une plongée dantesque dans les Corridors du Temps — qui, ultime révélation, lui apprendront que les sauveurs des mondes sont forcés d’en être aussi les sacrificateurs.
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— Puissante hiérogrammate, je suis le dernier de vos esclaves.

— Vous devez être mal à l’aise, ainsi agenouillé, et vous avez rencontré une autre de mes incarnations depuis que je me suis séparée de moi-même. Asseyez-vous et racontez-moi tout cela. »

C’est ce que je fis donc. Et il était en vérité bien agréable d’être assis sur cette berge et de pouvoir de temps en temps rafraîchir ma langue zélée avec l’eau limpide et fraîche du ruisseau, tout en racontant à Tzadkiel comment je l’avais tout d’abord vue en feuilletant les pages du livre de frère Inire, puis comment j’avais contribué à la capturer à bord de son propre vaisseau, comment elle avait été du sexe masculin et s’était fait appeler Zak, comment elle s’était occupée de moi lorsque j’avais été blessé. Mais toi, qui es mon lecteur, tu sais déjà tout cela (si du moins tu existes), car je l’ai consigné ici, sans rien oublier, sinon des détails insignifiants.

Dans le récit que je fis à Tzadkiel auprès du ruisseau, je m’efforçai d’être aussi concis que possible ; mais elle ne me laissa pas faire, me poussant à expliquer ceci, puis cela jusqu’à ce que je lui eusse parlé du petit ange (dont il était question dans le livre brun de Thécla) qui avait rencontré Gabriel, et de mes enfances dans la Citadelle, dans la villa de mon père et au village de Famulorum, près du Manoir Absolu.

Et finalement, lorsque je me fus arrêté pour reprendre mon souffle au moins pour la millième fois, Tzadkiel dit : « Rien d’étonnant à ce que je vous aie accepté ; il n’y a pas un mensonge dans tout ce que vous avez dit.

— J’ai cependant dit des mensonges quand je l’ai trouvé nécessaire, et même parfois gratuitement. »

Elle sourit sans répondre.

« Et je mentirais maintenant, puissante hiérogrammate, si je pensais que mes mensonges pourraient sauver Teur.

— Vous l’avez déjà sauvée ; vous avez commencé à bord de mon vaisseau et avez complété votre tâche dans notre sphère, dans et au-dessus de ce monde que vous appelez aussi Yesod. Agilus et Typhon, et bien d’autres qui ont combattu contre vous, ont dû se rendre compte qu’ils ne luttaient pas à armes égales. S’ils avaient été sages, ils auraient compris que le combat était déjà terminé, quelque part et quelque temps ; mais s’ils avaient été vraiment sages, ils vous auraient reconnu comme notre serviteur et ne vous auraient pas affronté.

— Alors je ne peux pas échouer ?

— Non : vous n’avez pas échoué. Vous auriez pu, sur le vaisseau et plus tard ; mais vous ne pouviez mourir avant l’épreuve comme vous ne le pouvez pas actuellement, tant que n’est pas accomplie votre tâche. Sinon, les coups vous auraient tué, ou bien l’arme de la tour et beaucoup d’autres choses. Mais cette tâche sera bientôt remplie. Comme vous le savez, votre pouvoir vient de votre étoile. Quand elle entrera dans le Vieux Soleil et donnera naissance au Nouveau…

— Je me suis trop souvent vanté de ne pas avoir peur de la mort pour trembler aujourd’hui à sa perspective. »

Elle acquiesça. « C’est bien. Briah n’est pas une maison permanente.

— Mais cet endroit est Briah, ou une partie de lui. C’est un passage dans votre vaisseau, celui que vous m’avez montré lorsque vous m’avez conduit à ma chambre.

— S’il en est ainsi, vous étiez près de Yesod lorsque vous vous trouviez avec moi sur notre vaisseau. Ceci est le ruisseau Madregot, qui va de Yesod à Briah.

— Entre les univers ? m’étonnai-je. Comment cela est-il possible ?

— Comment cela ne serait-il pas possible ? L’énergie, à tâtons, recherche un état plus bas. Toujours. Ce qui revient simplement à dire que l’Incréé jongle avec les univers entre ses mains.

— Mais ce n’est qu’un cours d’eau, protestai-je. Comme n’importe quel cours d’eau de Teur. »

Tzadkiel acquiesça. « Il s’agit là aussi d’énergie à la recherche d’un état plus bas, et ce que l’on perçoit est dicté par l’instrument. Si vous aviez d’autres yeux, ou un autre esprit, vous verriez les choses tout autrement. »

Cette remarque me donna à réfléchir pendant un moment. Finalement, je lui demandai : « Et comment devrais-je alors vous voir, Tzadkiel ? »

Elle s’était tout d’abord assise sur la berge à côté de moi, avant de s’allonger dans l’herbe, le menton dans les mains, ses ailes brillantes s’élevant au-dessus de son dos comme des éventails sur lesquels on aurait peint des yeux.

« Vous appelez cela des champs de gravité, et c’est bien ce qu’ils sont, entre autres choses. Connaissez-vous les champs de Teur, Sévérian ?

— Je n’ai jamais poussé la charrue, mais je les connais aussi bien qu’un citadin peut les connaître.

— Exactement. Et que trouve-t-on aux limites des champs ?

— Des barrières de bois fendu ou des haies pour tenir les troupeaux à l’écart. Dans les montagnes, des murs de pierres sèches pour décourager les daims.

— Et rien d’autre ?

— Je ne vois pas. Sinon que je vois peut-être nos champs avec les mauvais instruments.

— Les instruments dont vous disposez sont ceux qui vous conviennent, car vous avez été formé par eux. C’est une autre loi. Rien de plus ? »

J’évoquai l’image des haies, et le nid de moineau que j’avais une fois découvert dans l’une d’elles. « Des mauvaises herbes et des choses sauvages.

— Ici aussi. Je suis moi-même une telle chose sauvage, Sévérian. Vous pensez peut-être que l’on m’a cantonnée ici pour vous aider. Je ne demanderais pas mieux qu’il en soit ainsi, et à cause de cela, je vous aiderai autant que possible ; mais je ne suis qu’une part de moi-même bannie il y a fort longtemps, bien avant notre première rencontre. Peut-être un jour la géante que vous appelez Tzadkiel – bien que ce soit aussi mon nom – voudra-t-elle que je la réintègre ; mais jusque-là je resterai ici, entre les attractions de Yesod et Briah.

« Et pour répondre à votre question, si vous aviez d’autres instruments, vous me verriez peut-être comme elle ; vous pourriez alors me dire pour quelles raisons j’ai été exilée. Mais tant que vous ne pourrez pas le voir, je n’en saurai pas davantage que vous. Souhaitez-vous retourner maintenant sur votre monde de Teur ?

— Oui, ardemment, répondis-je. Mais pas dans l’époque que j’ai quittée. Comme je vous l’ai déjà dit, quand je suis revenu sur Teur, j’ai cru que la planète devrait connaître l’envahissement des glaces avant la venue du Nouveau Soleil ; quelle que soit la vitesse à laquelle je l’attirais à moi, il se trouvait à une telle distance que des millénaires étaient appelés à s’écouler avant qu’il fasse sentir sa présence. Puis je me suis rendu compte que j’étais dans une époque inconnue, et j’ai cru que je devrais attendre dans l’ennui. Je vois maintenant…

— Tout votre visage s’éclaire lorsque vous en parlez, m’interrompit la minuscule Tzadkiel. Je comprends qu’on vous aie pris pour quelqu’un de miraculeux. Vous amènerez le Nouveau Soleil avant de vous endormir.

— Si je le peux, oui.

— Et vous désirez mon aide. » Elle se tut un instant et me regarda avec l’expression la plus sérieuse que je vis jamais sur son visage. « On m’a très souvent traitée de menteuse, Sévérian, mais je vous aiderais si je le pouvais.

— Vous ne pouvez pas, autrement dit ?

— Je peux toutefois vous dire ceci : Madregot coule depuis la gloire de Yesod », elle eut un geste vers l’amont, « jusqu’à la destruction de Briah », elle indiqua l’aval. « Suivez le cours de l’eau, et vous arriverez dans une époque plus proche de la venue de votre étoile.

— Si je ne suis pas là pour guider – mais je suis aussi l’étoile. Ou du moins je l’étais. Je ne peux pas… c’est comme si cette partie de moi-même était tout engourdie.

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