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Le Nouveau Soleil de Teur. Livre 2 [The Urth of the New Sun - fr]

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Après bien des péripéties, voici Sévérian de retour sur Teur. Un Sévérian métamorphosé, fort de pouvoirs quasi divins et entraînant dans son sillage la Fontaine Blanche — cet objet astronomique qui est l’exact opposé d’un trou noir, un jaillissement de matière né de la semande de l’Autarque.
Mais cela suffira-t-il à redonner vie à Teur et à son soleil moribond ?
Dans cette deuxième et dernière partie de la coda imaginée par Gene Wolfe pour couronner son Livre du Second Soleil de Teur, Sévérian sera le moteur de bouleversements cosmiques — un nouveau Déluge, une plongée dantesque dans les Corridors du Temps — qui, ultime révélation, lui apprendront que les sauveurs des mondes sont forcés d’en être aussi les sacrificateurs.
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Je ne crois pas que les bêtes puissent comprendre plus que les plus simples et les plus familières des phrases ; je sentis cependant la tête massive acquiescer.

La chaîne était reliée au collier par deux anneaux aussi grands que ma main ; je la détachai et rendis sa liberté à la pauvre créature, mais celle-ci demeura à mes côtés.

Il ne me fut pas aussi facile de libérer le chiliarque. Je pus facilement grimper au poteau en l’étreignant de mes genoux comme je le faisais autour des pins de la nécropole lorsque j’étais enfant. À ce moment-là, l’horizon avait basculé bien loin en dessous de mon étoile, et j’aurais pu sans peine soulever le chiliarque et l’expédier dans le gouffre en dessous ; mais je n’osai pas le laisser tomber sur l’étroite plate-forme de peur qu’il n’y basculât ou que le smilodon ne l’attaquât. Il y avait trop peu de lumière pour que je pusse distinguer ses traits, mais je voyais cependant l’éclat de ses yeux qui nous regardaient fixement.

À la fin, je fis passer ses bras en collier autour de mon cou et descendis du poteau du mieux que je pus, finissant par rejoindre la sécurité du pan de rocher. Je le conduisis jusqu’à l’abri ; le smilodon nous y suivit et se coucha à nos pieds.

Au matin, lorsque sept gardes arrivèrent avec la nourriture, l’eau et le vin, équipés de torches allumées pour repousser le smilodon, leur chiliarque était pleinement conscient et avait bu et mangé. La consternation de ces hommes, lorsqu’ils constatèrent la disparition de leur chiliarque et du smilodon, ne laissa pas de nous amuser ; mais ce ne fut rien, comparé à leurs expressions quand ils les découvrirent dans l’abri.

« Approchez-vous, leur dis-je. La bête ne vous fera aucun mal, et votre chiliarque ne vous punira que si vous avez manqué à vos devoirs, j’en suis convaincu. »

Ils s’avancèrent, non sans hésitation, me jetant des coups d’œil qui trahissaient presque autant de crainte que pour le smilodon.

« Vous voyez ce qu’a fait le monarque à votre chiliarque simplement parce que celui-ci m’avait laissé en sa présence avec une arme sur moi. Que vous fera-t-il lorsqu’il apprendra que vous avez laissé le chiliarque s’échapper ?

— Nous mourrons tous, s’gneur, répondit le vintanier. On plantera quelques poteaux, et nous y serons pendus par trois ou quatre. » Le smilodon grogna lorsqu’il parla, et tous reculèrent d’un pas.

Le chiliarque acquiesça. « Il dit vrai. Je l’aurais moi-même ordonné, si j’avais conservé mon poste.

— Il arrive parfois qu’un homme sorte brisé de la perte d’un tel poste, remarquai-je.

— Rien ne s’est jamais brisé en moi, répliqua-t-il. Et cela ne me brisera pas plus qu’autre chose. »

Je crois que ce fut la première fois que je le regardai comme un être humain. Il avait le visage dur et froid mais plein d’intelligence et de résolution. « Vous avez raison, lui dis-je, au moins de temps en temps, mais pas cette fois. Vous devez fuir et prendre ces hommes avec vous. Je les place sous vos ordres. »

Il acquiesça de nouveau. « Pouvez-vous me libérer les mains, Conciliateur ?

— Je le peux, s’gneur », dit le vintanier. Quand il s’avança avec la clef, le smilodon ne protesta pas. Les menottes tombèrent sur la roche où nous nous tenions assis ; le chiliarque les saisit et les jeta dans le vide.

« Tenez-vous les mains dans le dos, lui dis-je, et dissimulez-les sous votre cape. Faites-vous escorter par ces hommes jusqu’à l’atmoptère. Tout le monde pensera que vous êtes transféré ailleurs pour y subir un autre châtiment. Vous saurez mieux que moi où atterrir en toute sécurité.

— Nous allons rejoindre les rebelles ; ils devraient être contents de nous voir arriver. » Il se leva et salua ; je me levai à mon tour et lui rendis son salut, ayant pris l’habitude de ce geste du temps où j’étais autarque.

Le vintanier m’adressa la parole. « Pourriez-vous libérer Teur de Typhon, Conciliateur ?

— Je le pourrais, mais ne le ferai qu’en cas d’absolue nécessité. Il est facile – très facile – d’abattre un souverain. Mais en revanche très difficile d’empêcher qu’un autre, pire encore, ne prenne sa place.

— Soyez vous-même notre souverain ! »

Je secouai la tête. « Si je vous disais que je suis chargé d’une mission encore plus importante, vous croiriez à une plaisanterie. Et pourtant c’est la vérité. »

Ils hochèrent la tête, manifestement dépassés.

« Je vous dirai ceci. J’ai étudié ce matin la montagne et la vitesse à laquelle avancent les travaux. Tout cela m’a appris une chose : Typhon n’a plus que peu de temps à vivre. Il mourra sur le canapé rouge où il est actuellement allongé. Et sans son ordre, personne n’osera tirer le rideau. Les uns après les autres, tous s’éclipseront. Les machines qui creusent comme des hommes viendront chercher de nouvelles instructions, mais elles n’en recevront pas, et finalement le rideau tombera en poussière. »

Tous me regardaient, bouche bée. « Il n’y aura plus jamais de souverain comme Typhon – un monarque régnant sur de nombreux mondes. Mais ceux de moindre envergure qui lui succéderont, parmi lesquels le meilleur et le plus grand se nommera Ymar, l’imiteront jusqu’à ce que tous les pics que vous voyez autour de nous portent une couronne. C’est tout ce que je vous dirai maintenant, et tout ce que je peux vous dire. Vous devez partir. »

Le chiliarque intervint. « Nous resterons ici et mourrons avec vous, Conciliateur, si vous le souhaitez.

— Je ne le souhaite pas, et je ne mourrai pas. » J’essayai de leur révéler les mécanismes du Temps, alors que je ne les comprends pas moi-même. « Tous ceux qui ont vécu sont encore en vie – quelque temps, comme on dit quelque part. Mais vous courez les plus grands dangers. Partez ! »

Les gardes battirent en retraite et leur chiliarque dit : « Ne nous donnerez-vous pas quelque chose, Conciliateur, une preuve que nous vous avons rencontré ? Je sais bien que mes mains sont impures de votre sang, ainsi que celles de Gaudentius ; mais ces hommes ne vous ont fait aucun mal. »

Les mots qu’il employa suggérèrent la chose qu’ils reçurent. J’enlevai d’autour de mon cou le petit sac en peau humaine que Dorcas avait cousu pour la Griffe, et qui contenait maintenant l’épine que j’avais retirée de mon bras, auprès d’Océan le toujours agité, l’épine sur laquelle s’étaient refermés mes doigts à bord du vaisseau de Tzadkiel. « Ceci a baigné dans mon sang », leur dis-je.

Une main sur la tête du smilodon, je les regardai s’éloigner sur le promontoire au bout duquel se trouvait mon abri, leurs ombres encore allongées dans la lumière du matin. Lorsqu’ils atteignirent la masse rocheuse qui devait figurer la manche de Typhon, le chiliarque cala ses poignets sous sa cape, comme je le lui avais suggéré. Le vintanier dégaina son pistolet, et deux soldats pointèrent leur arme sur le dos du chiliarque.

Ainsi disposés, prisonniers et gardes s’engagèrent dans l’escalier du côté opposé et se perdirent dans le grouillement du trafic de cet endroit que je n’avais pas encore nommé la Ville Maudite. Je les avais renvoyés d’un cœur léger ; mais maintenant qu’ils étaient partis, je savais une fois de plus ce que c’était que de perdre un ami – car le chiliarque aussi était devenu mon ami – et mon cœur, comme certains l’ont prétendu, a beau être du métal le plus dur, je le sentais prêt à craquer.

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