Le Nouveau Soleil de Teur. Livre 2 [The Urth of the New Sun - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #5
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 2-207-30489-2
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
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Mais cela suffira-t-il à redonner vie à Teur et à son soleil moribond ?
Dans cette deuxième et dernière partie de la coda imaginée par Gene Wolfe pour couronner son Livre du Second Soleil de Teur, Sévérian sera le moteur de bouleversements cosmiques — un nouveau Déluge, une plongée dantesque dans les Corridors du Temps — qui, ultime révélation, lui apprendront que les sauveurs des mondes sont forcés d’en être aussi les sacrificateurs.
« Et maintenant, toi aussi je dois te libérer, dis-je au smilodon. De fait, j’aurais dû te renvoyer tant qu’il faisait nuit. »
Il émit un grondement profond qui devait être son ronronnement, un son qu’ont sans doute entendu bien peu d’hommes et de femmes. Le ciel renvoya, affaibli, l’écho de ce feulement orageux.
Loin, de l’autre côté des genoux de la statue colossale, un atmoptère s’éleva dans les airs, tout d’abord lentement (comme le font ces vaisseaux quand ils n’utilisent que l’effet de répulsion de Teur), puis partit tout d’un coup comme un trait. Je me souvins de l’appareil que j’avais aperçu quand j’avais quitté Vodalus, après l’événement que j’ai placé au tout début du manuscrit que j’ai lancé au milieu des univers en perpétuelle transformation. Et je résolus alors que si jamais j’en avais le loisir, je rédigerais un nouveau compte rendu qui, celui-ci, commencerait au moment où je m’étais débarrassé de l’ancien.
D’où me vient cette soif impossible à apaiser de laisser derrière moi une piste sinueuse de mots écrits, je ne saurais le dire ; mais une fois je me suis référé à un certain incident de la vie d’Ymar. J’ai maintenant parlé avec Ymar lui-même, et cependant cet incident reste aussi inexplicable que ce désir. Je préférerais que de tels incidents, dans ma propre vie, ne fussent pas entachés d’une telle obscurité.
Le tonnerre, si distant quelques instants auparavant, gronda de nouveau, plus près de nous cette fois, voix d’une colonne nuageuse noire comme la nuit, plus vaste que la colossale image de pierre de Typhon. Les prétoriens avaient déposé nourriture et boisson à quelque distance de mon petit abri. (Un tel service est le prix à payer pour une loyauté absolue ; ceux qui la professent se démènent rarement avec autant de diligence qu’un serviteur ordinaire, dont la loyauté ne va qu’à sa tâche.) Je sortis, suivi du smilodon, pour tout ramener sous mon méchant refuge. Le vent venait d’entonner son hymne des tempêtes, et quelques gouttes de pluie, grosses comme des prunes et glacées, s’écrasèrent devant nous sur le rocher.
« C’est le moment où jamais de courir ta chance, dis-je au smilodon. Vois comme ils détalent tous vers un abri. Va maintenant ! »
Il bondit au loin comme s’il n’avait attendu que mon consentement, couvrant dix coudées à chaque saut ; en un instant il disparut de l’autre côté du bras ; un instant encore, et il réapparaissait, tache fauve assombrie par la pluie filant comme un trait et devant laquelle travailleurs et soldats fuyaient comme des lapins. Je me réjouis à ce spectacle, car quelques terribles que puissent apparaître les armes dont sont dotés les animaux, elles ne sont que des jouets comparées à celles des hommes.
Je ne saurais dire s’il a pu regagner sain et sauf ses territoires de chasse, bien que je croie que c’est vraisemblable. Pour ce qui est de moi, je restai un moment assis sous mon abri à écouter la tempête tout en mangeant du pain et des fruits, jusqu’à ce que le vent, devenu furieux, eût arraché la toile qui me protégeait.
Je me levai ; regardant à travers le rideau de l’averse, j’aperçus un groupe de soldats qui s’avançaient sur la crête formée par le bras.
À ma grande stupéfaction, je vis aussi des endroits sans pluie ni soldats. Je ne veux pas dire que ceux-ci s’étendaient au-dessus des abîmes ; les effrayantes béances demeuraient, avec des parois rocheuses tombant sur une lieue aussi verticalement que des cataractes et, tout au fond, le vert sombre de la haute jungle – cette jungle où se trouverait le village de sorciers que le petit Sévérian et moi devions traverser.
J’eus plutôt l’impression que les directions familières – haut et bas, en avant en arrière, gauche et droite – venaient de s’ouvrir comme un bouton de fleur, révélant des pétales inopinés, une nouvelle sephiroth dont l’existence m’était restée jusqu’ici cachée.
L’un des soldats fit feu. L’éclair toucha le rocher à mes pieds et l’entailla comme un ciseau. Je sus alors qu’on les avait envoyés pour me tuer, supposant que l’un des hommes du chiliarque s’était rebellé contre son destin et avait rapporté ce qui se passait, bien que trop tard pour empêcher le départ des autres.
Un autre épaula son arme. Pour y échapper, je passai de ce rocher battu par la pluie à un nouvel endroit.
CHAPITRE XL
Le ruisseau qui coulait au-delà de Briah
Debout dans l’herbe constellée de fleurs au parfum plus doux et suave que tout ce que j’avais jamais senti, j’avais au-dessus de ma tête un ciel d’azur strié de nuages qui cachaient le soleil et projetaient leurs lances indigo et or dans la haute atmosphère. Très loin, presque inaudible, j’entendais encore le grondement de la tempête qui faisait rage sur le mont Typhon. Il y eut un seul éclair – ou plutôt l’ombre d’un éclair, si l’on peut concevoir une telle chose – comme si la foudre venait de frapper le rocher, ou qu’un prétorien eût de nouveau fait feu.
Encore un pas et tout cela disparut ; il ne me semblait pas tellement que ces choses s’étaient évanouies mais que j’avais perdu la capacité (ou peut-être seulement la volonté) de les détecter, comme lorsque nous ne voyons plus, une fois adulte, les choses qui nous intéressaient enfants. Il ne peut certainement pas s’agir, pensai-je, des corridors du Temps, comme les appelait l’homme vert. Il n’y a là aucun corridor, seulement des collines, l’herbe qui ondule et le plus doux des vents.
Je m’éloignai encore, et tout ce que je voyais me parut plus familier ; j’avais l’impression de parcourir des lieux où j’étais déjà venu, sans pouvoir me rappeler lesquels. Ce n’était pas notre nécropole avec ses mausolées et ses cyprès ; ni les champs que ne fermait aucune barrière et que j’avais traversés avec Dorcas pour tomber sur la scène du Dr Talos – ces champs qui s’étendaient au-delà du mur de Nessus, alors qu’il n’y avait aucun mur ici ; ni les jardins du Manoir Absolu avec leurs rhododendrons, leurs grottes et leurs fontaines. Un endroit plus proche de la pampa au printemps, mis à part la couleur du ciel.
Puis j’entendis la chanson de l’eau qui se précipite, et l’instant suivant j’apercevais ses reflets d’argent. J’y courus, me souvenant de ma façon de courir du temps où j’étais boiteux, et comment j’avais bu dans un cours d’eau d’Orithyia ; c’est alors que je vis les empreintes du smilodon ; je souris en moi-même, entre deux gorgées d’eau, à l’idée qu’elles ne me faisaient plus peur à présent.
Lorsque je relevai la tête, ce ne fut pas le smilodon que je découvris, mais une femme minuscule aux ailes brillamment colorées, qui pataugeait sur les pierres immergées un peu plus haut dans le courant, comme pour se rafraîchir les jambes. « Tzadkiel ! », criai-je. Puis je redevins muet de confusion, me rappelant tout d’un coup l’endroit où je me trouvais.
Elle me salua de la main et me sourit ; et, à ma grande stupéfaction, elle jaillit de l’eau et s’envola, ses ailes aux couleurs de fête ondoyant comme de la faille.
Je m’agenouillai.
Toujours souriante, elle vint se poser sur la rive à côté de moi. « Je ne crois pas que vous m’ayez vu faire cela auparavant, dit-elle.
— Une fois je vous ai vue – ou du moins votre image – suspendue dans le vide entre les étoiles, avec des ailes immenses.
— Oui, je peux voler là, car il n’y a aucune attraction. Mais ici, je dois me faire toute petite. Savez-vous ce qu’est un champ de gravité ? »
Elle agita un bras pas plus grand que ma main en direction de la prairie, et je lui répondis : « Je vois celui-ci, puissante hiérogrammate. »
Ma réponse la fit rire, une musique comme le tintinnabulement de clochettes minuscules. « Mais il semble que nous nous soyons rencontrés ?