Le Nouveau Soleil de Teur. Livre 2 [The Urth of the New Sun - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #5
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Denoël
- ISBN: 2-207-30489-2
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
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Mais cela suffira-t-il à redonner vie à Teur et à son soleil moribond ?
Dans cette deuxième et dernière partie de la coda imaginée par Gene Wolfe pour couronner son Livre du Second Soleil de Teur, Sévérian sera le moteur de bouleversements cosmiques — un nouveau Déluge, une plongée dantesque dans les Corridors du Temps — qui, ultime révélation, lui apprendront que les sauveurs des mondes sont forcés d’en être aussi les sacrificateurs.
« Prétendez-vous que nous serions folles ?
— Mon ouïe est mauvaise. À une époque j’ai étudié les sons, et plus on apprend là-dessus, moins on entend bien. Et puis la membrane de mes tympans est devenue trop grande et trop épaisse. Mais j’ai entendu les courants qui parcourent les tranchées noires et l’écrasement des vagues sur vos rivages.
— Silence ! lui intima la vieille femme.
— Vous ne pouvez ordonner aux vagues de se taire, madame, répondit Baldanders. Elles approchent, et le sel les rend saumâtres. »
L’un des prétoriens le frappa à la tempe de la crosse de son fusil, un véritable coup de maillet.
Baldanders n’eut même pas l’air d’y faire attention. « Les armées d’Erebus suivent les vagues, et tireront vengeance de toutes les défaites qu’elles ont subies du fait de votre époux. »
À ces mots je sus quelle était l’identité de l’autarque ; à côté de quoi le choc de revoir Balanders ne fut rien. Je dus sursauter, car les clochettes tintèrent bruyamment et l’une des plus grosses éleva deux fois la voix.
« Écoutez ! » s’exclama Valéria de sa voix cassée.
Le chiliarque avait l’air effaré. « Je les ai entendues, autarque ! »
Baldanders gronda : « Je peux les expliquer. Écouterez-vous aussi ce que j’ai à dire ?
— Moi aussi, lança à Valéria la femme au bâton. Elles sonnent pour le Nouveau Soleil, comme le géant vous l’a déjà annoncé. »
Valéria murmura : « Parle, géant.
— Ce que je vais dire n’est pas le plus important ; mais je le dirai tout de même, afin que vous écoutiez ce qui est le plus important et qui vient ensuite. Notre univers n’est ni le plus haut ni le plus bas. Que la matière devienne trop dense ici, et il explosera vers un univers plus haut. Nous n’en voyons rien, parce que tout s’enfuit de nous. Nous parlons alors d’un trou noir. Lorsque l’univers en dessous du nôtre devient trop dense, il explose dans le nôtre. Nous voyons un jaillissement de mouvement et d’énergie et nous parlons alors d’une fontaine blanche. Ce que cette prophétesse appelle le Nouveau Soleil est une fontaine semblable. »
Valéria murmura : « Nous avons dans nos jardins une fontaine de présages, et j’ai entendu quelqu’un, il y a bien des années, l’appeler la fontaine blanche. Mais quel est le rapport de tout cela avec les cloches ?
— Soyez patiente, répondit le géant. Vous apprenez en deux respirations ce que j’ai mis une vie à comprendre.
— C’est très bien ainsi, remarqua la femme au bâton. Ce qui nous reste à vivre se compte en respirations. Un millier, peut-être. »
Le géant la fusilla du regard avant de s’adresser de nouveau à Valéria. « Les choses opposées s’unissent et apparaissent pour disparaître. Le potentiel des unes et des autres demeure. C’est là le plus grand principe de la cause des choses. Notre soleil a en son centre un trou noir comme celui que je vous ai décrit. Pour le remplir, on a tiré à travers le vide, pendant des millénaires, une fontaine blanche. Elle tourbillonne tout en avançant, et son mouvement lui fait émettre des vagues de gravitation.
— Quoi ? Des vagues de gravité ? Tu es fou, comme ce chiliarque nous l’a dit. »
Le géant ignora cette interruption. « Ces vagues sont trop infimes pour nous donner le mal de mer. Océan les ressent, cependant, et s’accroît de nouvelles marées, de courants plus vigoureux. Je les ai entendues, comme je vous l’ai déjà expliqué. Elles m’ont amené ici.
— Et si l’autarque l’ordonne, nous vous y rejetterons, grinça le chiliarque.
— Les cloches les sentent de la même manière. Comme Océan, leur masse est en équilibre, un équilibre délicat. C’est ainsi qu’elles sonnent, comme cette femme vient juste de le dire, annonçant l’arrivée du Nouveau Soleil. »
J’étais sur le point de sortir, mais je me rendis compte que Baldanders n’avait pas terminé.
« Si vous avez quelques lumières en science, madame, vous devez savoir que l’eau n’est que de la glace à laquelle on a donné de l’énergie. »
D’où j’étais je ne pouvais la voir, mais Valéria dut sans doute acquiescer.
« La légende des montagnes de feu est plus qu’une légende. En des temps où les hommes n’étaient que les plus évoluées des bêtes, il y avait effectivement de telles montagnes. Le feu qu’elles crachaient était fait de roches rendues incandescentes par l’énergie, tout comme l’eau est de la glace rendue fluide. Un monde en dessous de celui-ci déversait ainsi dans le nôtre son trop-plein d’énergie. Ce qui se passe dans les univers se passe aussi sur les mondes. En ces temps-là, la jeune Teur n’était guère plus qu’une goutte de cette roche liquide roulant dans le ciel ; hommes et femmes vivaient sur son écume flottante et se croyaient en sécurité. »
J’entendis Valéria soupirer. « Quand nous-même étions jeune, nous avons hoché la tête pendant des jours et des jours sur ce genre d’histoires fastidieuses, n’ayant rien de mieux à faire. Mais lorsque notre autarque est venu et nous a éveillée à la vie, nous ne découvrîmes aucun lien entre tout ce que nous avions étudié.
— Il est enfin arrivé, madame. La force qui a fait retenir vos cloches a réchauffé le cœur refroidi de Teur, une fois de plus. Elles sonnent maintenant le glas des continents.
— Est-ce là la nouvelle que tu es venu nous apporter, géant ? Si les continents meurent, qui vivra ?
— Ceux sur les bateaux, peut-être ; ceux dont les vaisseaux qui sont dans l’air ou dans le vide, certainement. Ceux qui vivent déjà sous la mer, comme je le fais moi-même depuis cinquante ans. Mais c’est sans importance. Ce… »
La voix solennelle de Baldanders fut interrompue par le lourd claquement d’une porte, tout au fond de l’hypogée Amaranthine, puis par le claquement de pieds qui couraient. Un jeune officier arriva en trombe jusqu’au chiliarque qu’il salua, tandis que Baldanders et la femme au bâton se tournaient pour regarder.
« S’gneur… » L’homme faisait face à son supérieur, mais ne pouvait s’empêcher de couler des regards affolés en direction de Valéria.
« Qu’y a-til ?
— Un autre géant, s’gneur…
— Un autre géant ? » Valéria avait dû s’incliner en avant à ces mots. J’aperçus l’éclat de diamants et, dessous, une mèche de cheveux gris.
« Une femme, autarque ! Une femme nue ! »
Je ne pouvais voir son visage, mais je compris que Valéria s’adressait à Baldanders quand elle demanda : « Et que pouvez-vous nous dire là-dessus ? Votre femme, peut-être ? »
Il secoua la tête ; et moi, me rappelant la chambre écarlate de son château, je spéculais sur les dispositions qu’il avait dû prendre pour vivre dans des cavernes thalassiques que je n’arrivais pas à concevoir.
« Le localiste amène la femme géante pour qu’on l’interroge », déclara le jeune officier.
Le chiliarque ajouta : « Souhaitez-vous la voir, autarque ? Sinon, je pourrais procéder à cet interrogatoire.
— Nous sommes fatiguée ; nous allons nous retirer tout de suite. Demain matin, vous nous direz ce que vous avez appris.
— E-elle d-dit, bredouilla le jeune officier, que certains cacogènes ont déposé à terre, de leur vaisseau, un homme et une femme. »
Pendant un moment, je crus qu’il s’agissait d’une allusion à Burgundofara et moi-même ; mais Abaïa et ses ondines ne pouvaient se tromper sur des millénaires.