L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
— Vous entrez en D aujourd’hui ? demanda Walker.
— Je crois que je ferais aussi bien.
— Nous vous dirons ce que vous devez éviter. C’est nouveau. C’est là où Petrocelli s’est fait avoir, à peu près à cinq mètres avant l’entrée vers D. C’est une sorte de rayon bizarre qui vous hache en deux. Les robots n’étaient pas passés par là.
— Vous croyez que ça coupe tout ce qui le traverse ? demanda Rawlins.
— Non. Ça n’a pas coupé Muller. Vous ne risquez rien si vous l’évitez. Nous vous montrerons comment, dit Walker.
— Et après ?
— Là, ce sera à votre tour de jouer.
— Si vous êtes fatigué, passez la nuit au camp, conseilla Boardman.
— Je préfère partir.
— N’oubliez pas que vous serez seul, Ned. Pourquoi ne pas vous reposer avant ?
— Demandez à l’ordinateur ce qu’il pense de mon état de fatigue. Moi, je me sens prêt.
Boardman fit le nécessaire. Après avoir enregistré son pouls, son rythme cardiaque, son taux hormonal et étudié toutes ses fonctions organiques, l’ordinateur rendit son verdict : aucune raison n’empêchait Rawlins de continuer sans prendre de repos.
— Très bien, dit Boardman, allez-y.
— Je me prépare à entrer dans la zone D, Charles. C’est là où Petrocelli est mort. J’aperçois le rayon — à peine perceptible, presque invisible. Voilà, je vais le contourner… Ou… i… Oui ! Je suis dans la zone D. Je m’arrête pour laisser le temps à l’ordinateur d’enregistrer mes perceptions. La zone D a l’air un peu plus sympathique que la précédente. Je ne crois pas que cela me prendra longtemps pour la traverser.
Les flammes rougeoyantes qui barraient l’entrée de la zone C étaient fausses.
La voix de Rawlins était douce et calme :
— Dites aux galaxies que leur destin est entre de bonnes mains. Je devrais trouver Muller d’ici à un quart d’heure.
7.
Muller était souvent resté seul pendant de longues périodes. Dans la rédaction du contrat de son premier mariage, il avait insisté pour ajouter une clause lui permettant une entière liberté de ses mouvements ; Lorayn avait accepté car elle savait que sa profession pouvait occasionnellement l’emmener dans des mondes où elle n’aurait pas voulu ou pu aller. Pendant les huit années de leur union il avait utilisé ce droit trois fois pour un total de quatre ans.
D’ailleurs, ce n’étaient pas ses absences qui avaient été responsables de l’échec de leur couple. Il avait appris pendant ces périodes d’éloignement qu’il pouvait supporter la solitude et même qu’elle lui était bénéfique dans un certain sens. Stendhal avait écrit : « Nous perfectionnons tout dans la solitude, sauf le caractère. » Muller ne partageait pas tout à fait ce point de vue. Il savait surtout que son caractère était déjà grandement affirmé avant même qu’il n’acceptât ses premières missions. Il avait été volontaire pour ces missions qui l’envoyaient seul sur les planètes vides et dangereuses. Un peu différemment, il s’était volontairement emmuré ici sur Lemnos, mais cet exil lui coûtait plus que les autres. Il le supportait cependant assez bien. Cette faculté d’adaptation à la solitude totale l’étonnait et en même temps l’effrayait quelque peu. Il ne se serait jamais cru capable de se débarrasser aussi facilement de la société et de la compagnie humaine. Il avait bien quelques problèmes d’ordre sexuel, mais ce n’était pas aussi dur qu’il l’avait craint. Quant au reste : le plaisir de la discussion, les changements de décors, la joie de découvrir de nouvelles amitiés, tout cela avait rapidement cessé de lui manquer. Il avait assez de cubes pour se distraire et le labyrinthe était un champ insatiable de découvertes. Surtout, il avait ses souvenirs.
Il avait en mémoire des moments passés sur des centaines de mondes différents. L’homme était parti à l’attaque de l’univers, établissant des colonies humaines sur des milliers d’étoiles. Delta Pavonis VI, par exemple : à vingt années-lumière de la Terre. On lui avait donné un surnom qui lui était bien mal approprié : Loki. Quel étrange ironiste avait choisi un tel mot léger, agile, subtil, fin, alors que les colons de Loki, après être restés cinquante ans isolés de la Terre, avaient voué un culte à l’obésité artificielle obtenue grâce à un dérèglement savant de l’assimilation des glucides. Cela remontait à une dizaine d’années avant sa mission fatale sur Bêta Hydri IV. Il avait été envoyé sur Delta Pavonis VI, ou plutôt sur Loki, en tant qu’expert pour découvrir et éliminer les schismes nés sur une colonie ayant perdu contact avec la planète mère. Il se souvenait d’un monde chaud, habitable seulement sur une étroite bande tempérée. Après avoir traversé des barrières de jungle et des rivières sombres et boueuses sur les rives desquelles étaient tapies des bêtes aux yeux brillants, il était enfin arrivé à la colonie. Là, des bouddhas suintants, pesant quelques centaines de kilos, étaient assis, perdus dans une profonde méditation, devant des huttes à toit de chaume. Muller n’avait encore jamais vu autant de chair au mètre cube. Les Lokites utilisaient même des glucorécepteurs externes pour emmagasiner de la graisse. C’était une adaptation inutile, n’offrant aucun avantage vis-à-vis de l’environnement. Non, ces gens aimaient simplement être énormes. Muller pouvait encore voir devant ses yeux des bras semblables à des cuisses, des cuisses à des piliers et des ventres triomphalement gonflés.
Ils avaient un grand sens de l’hospitalité. Ils avaient offert une femme à l’espion venu de la Terre. Pour Muller, ce fut une leçon à plus d’un titre. Il y avait bien dans le village deux ou trois femmes qui, quoique déjà très grosses, pouvaient être considérées comme maigres selon les normes locales. Pour Muller, elles étaient les seules s’approchant plus ou moins de ses critères personnels. Mais les Lokites ne lui offrirent pas une de ces pauvres carcasses sous-développées, atteignant à peine le quintal, car c’eût été manquer de manières envers un invité que de ne pas lui donner ce qu’il y avait de mieux. Il fut royalement traité. Sa compagne avait été une colossale blonde avec des seins comme des boulets de canon et des fesses qui étaient des continents de chair tremblotante.
Cela avait été, à tous les points de vue, inoubliable.
Il y avait tant d’autres mondes. Il avait été un voyageur infatigable. Il avait laissé à des hommes comme Boardman les subtilités des machinations politiques. Ce n’était pas qu’il en fût incapable, il pouvait se montrer subtil et retors comme un véritable homme d’État quand il le fallait, mais il se considérait plus comme un explorateur que comme un diplomate. Il avait nagé dans des lacs de méthane ; il avait brûlé dans des déserts plus arides que le Sahara ; il avait suivi des colons nomades à travers les plaines pourpres à la recherche de leur cheptel d’arthropodes. Il avait fait naufrage sur des mondes sans atmosphère. Il avait vu les falaises de cuivre brut qui culminaient à quatre-vingt-dix kilomètres, sur Damballa. Il s’était baigné dans le lac gravitationnel des Mordred. Il avait dormi au bord d’un ruisseau multicolore sous un ciel embrasé par trois soleils, et il avait traversé les ponts de cristal de Procyon XIV. Il avait peu de regrets.
Maintenant, blotti au cœur du labyrinthe, il regardait ses écrans et attendait l’arrivée de l’étranger. Dans sa main reposait une arme, petite et froide.
Le temps passait vite. On approchait déjà de la fin de l’après-midi. Rawlins se demanda s’il n’aurait pas mieux fait d’écouter Boardman et de passer la nuit au camp avant de partir à la recherche de Muller. Trois bonnes heures de sommeil et un bain de relaxation psychique ne lui auraient pas fait de mal. Enfin, puisqu’il avait refusé cette solution, il était obligé de continuer. Tout à coup, ses appareils de détection l’avertirent que Muller n’était pas loin.