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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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— Non, dit Taniane. Bien sûr que non.

Le soir de la réunion du Praesidium, fixée à la sixième heure après midi, les principaux dirigeants de Dawinno commencèrent de se rassembler dans la majestueuse salle aux sombres poutres cintrées et aux murs de granit brut.

Taniane prit place à la table d’honneur de bois de ksut rouge, à la surface miroitante, sous la grande spirale qui représentait le dieu Nakhaba des Beng et les Cinq Déités de la tribu Koshmar entrelacés en une harmonie divine. Hresh s’assit à sa gauche et les différents notables de la cité s’installèrent face à eux, sur les bancs incurvés disposés sur trois rangs.

Au premier rang, les trois princes de justice : le pimpant Husathirn Mueri, dominé par la silhouette massive de Thu-kimnibol encore vêtu de la cape et de l’écharpe de deuil rouge feu, et Puit Kjai, le Beng, raide comme la justice. À leurs côtés était assis Chomrik Hamadel, le fils du dernier chef Beng indépendant, avant la constitution de l’Union. Au deuxième rang avaient pris place Staip, le vieux guerrier et sa compagne, Boldirinthe, la femme-offrande, ainsi que Simthala Honginda, leur fils aîné, et sa compagne Catiriil qui était la sœur de Husathirn Mueri. Autour d’eux se trouvaient une demi-douzaine de riches marchands et fabricants disposant d’un siège au Praesidium et différents membres de la noblesse, les chefs de certaines des familles fondatrices de la cité : Si-Belimnion, Maliton Diveri, Kartafirain et Lespar Thone. Des personnages de moindre importance, les représentants des petites tribus et des guildes d’artisans, occupaient le troisième et dernier rang.

Tout le monde avait revêtu son costume d’apparat. Et tout le monde était coiffé de son casque de cérémonie pour marquer la solennité de l’événement, de sorte qu’une forêt de hautes coiffures ornementées se dressait dans la vaste salle. Le casque de Chomrik Hamadel, une masse de métal ornée de gemmes étincelantes surmontant sa tête jusqu’à une hauteur invraisemblable était assurément le plus voyant, mais l’armure de tête de Puit Kjai, un masque de bronze rouge agrémenté sur le devant et sur le derrière de deux énormes éperons d’argent attirait presque autant la vue.

Rien d’étonnant à ce que les princes Beng fussent aussi magnifiquement coiffés : ils étaient les descendants des premiers Hommes aux Casques. Rien d’étonnant non plus à ce que Husathirn Mueri qui était à moitié Beng arbore un superbe dôme doré semé de pointes cramoisies.

Mais même ceux qui étaient de pure souche Koshmar – Thu-kimnibol, Kartafirain, Staip, Boldirinthe – portaient leur plus belle coiffure. Et le plus extraordinaire était que Hresh, qui portait un casque au mieux une fois tous les cinq ans, en avait un ce jour-là. Il était de petit format et constitué de fibres noires entrelacées et retenues par un unique lien doré, mais il s’agissait quand même d’un casque.

Taniane était la seule à être venue la tête nue, mais l’un des étranges masques des anciens chefs accrochés au mur de son bureau était posé à côté d’elle sur la table d’honneur.

— Qu’attendons-nous ? demanda Husathirn Mueri quand fut dépassée l’heure fixée pour le début de la séance.

— Es-tu donc si pressé, cousin ? dit Thu-kimnibol, l’air amusé.

— Cela fait plusieurs heures que nous restons assis sans rien faire.

— Ce n’est qu’une impression, répliqua Thu-kimnibol. Nous avons attendu beaucoup plus longtemps dans le cocon avant que vienne le Temps du Départ. Sept cent mille ans, s’il m’en souvient bien. Une heure d’attente n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan.

Husathirn Mueri lui adressa un sourire aigre-doux et détournait la tête quand, à l’étonnement général, Nialli Apuilana fit irruption dans la salle, hors d’haleine, la cape et l’écharpe de travers.

Elle avait l’air stupéfaite de se trouver là. Clignant des yeux et s’efforçant de reprendre son souffle, elle considéra pendant quelques instants l’assemblée des notables sans dissimuler le respect que lui inspirait ce spectacle. Puis elle se précipita vers une place libre, au premier rang, à côté de Puit Kjai.

— Elle ? demanda Husathirn Mueri. C’est pour elle que nous avons attendu tout ce temps ? Je ne comprends pas.

— Tais-toi, cousin.

— Mais…

— Tais-toi ! répéta Thu-kimnibol beaucoup plus sèchement.

Taniane se leva et fit courir ses mains sur le masque du chef posé devant elle.

— Nous allons pouvoir commencer, déclara-t-elle. La dernière séance des délibérations relatives au projet de traité de respect territorial mutuel qui nous a été soumis par les hjjk est ouverte. Je donne la parole au chroniqueur.

Hresh se leva lentement.

Il s’éclaircit la voix et fit des yeux le tour de la salle, posant sur tel ou tel notable un regard vif et pénétrant.

— Je commencerai, dit-il enfin, en récapitulant les termes de la proposition des hjjk telle que j’en ai pris connaissance avec l’aide du Barak Dayir dans l’esprit de Kundalimon, l’émissaire des hjjk.

Il leva une large feuille de parchemin jaune et lisse sur laquelle une carte avait été dessinée à gros traits bruns.

— Vous voyez en bas la cité de Dawinno, là où le bord du continent s’infléchit pour faire face à la mer. Et voici, au nord, la cité de Yissou. Encore plus haut se trouve Vengiboneeza. Tout ce qui s’étend au nord de Vengiboneeza est reconnu comme territoire hjjk.

Hresh s’interrompit. Il fit derechef du regard le tour de l’assemblée, comme s’il faisait l’appel.

— La Reine propose, poursuivit-il, de tracer une frontière passant entre Vengiboneeza et la cité de Yissou. Cette ligne partirait de la côte nord du continent pour traverser le grand fleuve central autrefois connu sous le nom de Hallimalla et continuer jusqu’à l’autre mer qui, d’après ce que nous savons, baigne la côte à l’extrémité orientale du continent. Tout le monde voit bien cette ligne ?

— Nous savons où elle va, Hresh, dit Thu-kimnibol.

Une lueur de contrariété apparut dans les yeux pailletés de rouge du chroniqueur.

— Bien sûr. Oui, bien sûr. Pardonne-moi, frère. Il grimaça un sourire et reprit son exposé.

— Cette frontière est donc tracée de manière à respecter la division présente du territoire. La partie actuellement détenue par les hjjk leur restera acquise à jamais et sans contestation possible. Ce qui nous appartient restera à nous. La Reine s’engage à interdire à tous les hjjk sous son autorité – sauf erreur de ma part, son autorité s’étend à la totalité de la population de la planète – de pénétrer dans le territoire du Peuple sans notre consentement formel. En retour, aucun membre du Peuple ne devra s’aventurer au nord de la cité de Yissou pour pénétrer en territoire hjjk sans l’autorisation de la Reine. Telle est la première condition.

— Il y en a d’autres.

— Tout d’abord, la Reine nous offre de nous guider spirituellement, c’est-à-dire de nous initier aux concepts traduits de façon approximative par la vérité du Nid et l’amour de la Reine, qui, chez les hjjk, semblent recouvrir des idées philosophiques ou religieuses. Je ne vois pas pourquoi la Reine s’imagine que cela pourrait nous intéresser, mais elle a proposé que des instructeurs viennent s’installer dans notre ville – dans chacune des Sept Cités – afin de nous enseigner la signification de ces concepts.

— C’est une plaisanterie ? rugit Kartafirain. Des missionnaires hjjk vivant ici, au milieu de nous, et débitant leurs inepties ! Je devrais dire des espions hjjk ! Installés au cœur de notre cité ! La Reine nous prend-elle pour des demeurés ?

— Je n’ai pas terminé, dit Hresh en levant la main pour réclamer le silence. Il y a une troisième condition. La Reine exige encore que nous acceptions de nous cantonner dans le territoire actuellement sous notre contrôle, c’est-à-dire de renoncer irrévocablement à nous aventurer sur tout autre continent, que ce soit à seule fin de l’explorer ou pour y établir une colonie.

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