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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Pendant quelques instants encore et bien qu’il n’eût plus rien à dire, Husathirn Mueri demeura cloué sur place. Puis Taniane lui fit signe de s’écarter d’un geste impérieux, un geste n’admettant ni résistance ni réplique. Avec son masque, il émanait d’elle une puissance irrésistible. Husathirn Mueri quitta la tribune d’une démarche engourdie et regagna son siège, à côté de Thu-kimnibol.

Nialli Apuilana se leva et vint prendre sa place.

Elle resta plantée comme un piquet devant les rangées de visages indistincts. Puis les traits de quelques visages devinrent plus précis. Elle regarda Taniane, toujours cachée derrière son masque horrifique, puis Hresh. Son regard se posa ensuite sur Thu-kimnibol, massif et impassible, assis au centre du premier rang, à côté de l’odieux petit Husathirn Mueri. Une foule de pensées contradictoires tourbillonnaient dans sa tête.

Le matin même, elle était allée trouver Taniane pour lui avouer son échec : elle n’avait pas réussi à en apprendre plus long sur le projet de traité des hjjk que ce que Hresh avait déjà découvert avec le Barak Dayir. Elle ne cachait rien à sa mère, mais la communication avec Kundalimon s’était révélée beaucoup plus difficile qu’elle, ou Taniane ne l’auraient cru. Elle avait donc été une piètre espionne et n’avait rien d’intéressant à lui apprendre au sujet du traité. C’était la vérité. Et Taniane avait semblé l’accepter.

Sa mission vitale s’en était donc allée en eau de boudin, mais, au lieu de la congédier, Taniane était demeurée silencieuse, comme si elle attendait autre chose. Et il y avait eu autre chose. Nialli Apuilana avait entendu avec stupéfaction les mots venus du plus profond d’elle-même franchir ses lèvres.

Laisse-moi quand même m’adresser au Praesidium, mère. Laisse-moi leur parler des hjjk. Leur parler de la Reine et du Nid. Leur dire ce que je n’ai jamais pu dire à personne et que je ne peux plus garder pour moi.

Stupéfaction de Taniane.

Tu veux t’adresser au Praesidium ?

Oui, au Praesidium. Pendant le débat sur le traité.

Elle avait vu le trouble qui saisissait sa mère. Ce qu’elle proposait était de la folie. Envoyer à la tribune une jeune fille comme elle ? La laisser contaminer le corps législatif de la cité avec ses élans capricieux et impulsifs ? Mais c’était tentant. Nialli Apuilana la taciturne rompt enfin le silence. Elle se décide enfin à parler et à révéler les mystères du Nid. Elle ne fait grâce d’aucun détail. La tentation brille dans les yeux de Taniane. Connaître enfin une partie de ce qui se trouve dans l’esprit de sa fille… Même si cela doit être divulgué devant le Praesidium.

Laisse-moi le faire, mère. Laisse-moi le faire, je t’en prie. Je t’en prie.

Et le chef incline la tête en signe d’acquiescement.

Aussi irréel que cela lui parût, elle se trouvait maintenant à la table d’honneur, le point de mire de toute l’assemblée. La vérité enfin, la grande révélation après quatre années de silence. Oserait-elle le faire ? Comment allaient-ils réagir ? Mais la voix lui manquait. Ils attendaient et elle percevait leur impatience, leur hostilité. Pour la plupart d’entre eux, elle n’était qu’une jeune excentrique. Allaient-ils se moquer d’elle ? Allaient-ils la conspuer ? Comme elle était la fille du chef, elle espérait qu’ils se maîtriseraient. Mais c’était tellement difficile de commencer. Allait-elle se défiler et prendre ses jambes à son cou ? Non. Non. Parle-leur, Nialli. Que le spectacle commence.

Et elle commença enfin à parler, d’une voix douce, si douce qu’elle se demanda si on l’entendait au premier rang.

— Je vous remercie tous pour le privilège que vous m’accordez. Si je suis aujourd’hui à cette tribune, c’est parce qu’avant de décider de la réponse que vous allez faire au message de la Reine, il y a certaines choses que vous devez savoir et que je suis seule à pouvoir vous révéler.

Son cœur battait la chamade et elle avait la gorge nouée. Elle se força à se calmer.

— Comme vous le savez tous, poursuivit-elle, j’ai fait ce qu’aucun de vous n’a fait, j’ai vécu chez les hjjk. Vous n’avez pas oublié que je fus leur prisonnière. Moi, je ne pourrai jamais l’oublier. Je les ai donc bien connus… cette vermine dont vous parlez, ces insectes répugnants qu’il convient d’exterminer. Permettez-moi de vous dire ceci : ils n’ont absolument rien à voir avec les monstres stupides et haïssables que vous faites d’eux.

— Ils sont pourtant venus pour nous massacrer quand nous avons fondé la Cité de Yissou ! lança Thu-kimnibol. Nous n’étions que onze, sans compter quelques enfants, et nous vivions dans un misérable petit village, à plusieurs centaines de lieues de leur territoire. Quelle menace pouvions-nous représenter pour eux ? Mais ils sont arrivés par milliers pour nous détruire. Et pas un seul d’entre nous n’aurait survécu, si nous n’avions…

— Non, rétorqua Nialli Apuilana d’une voix calme qui parvint à couvrir les paroles véhémentes de Thu-kimnibol, ils n’étaient pas venus pour vous tuer.

— C’est pourtant l’impression que nous avons eue en voyant toute cette armée fondre sur nous en hurlant et en brandissant des lances. Mais tout le monde peut se tromper. Je suppose qu’ils nous faisaient une simple visite de politesse !

Un éclat de rire général s’éleva dans la salle.

— En effet, répliqua vivement Nialli en refermant les mains sur le bord de la table, tout le monde peut se tromper. Mais comment auriez-vous pu savoir ce qu’ils faisaient là ? Avez-vous la moindre idée des raisons pour lesquelles ils font ce qu’ils font ? Avez-vous la plus petite notion de ce qui se passe dans leur esprit ?

— Leur esprit ? demanda Puit Kjai d’une voix chargée d’un mépris écrasant.

— Oui, leur esprit. Leurs pensées. Leur sagesse. Non, laissez-moi finir ! Laissez-moi finir !

Nialli Apuilana devenait provocante. Toute sa peur s’était envolée et elle sentait la colère monter en elle.

— Vous me connaissez, reprit-elle. Vous me considérez comme une révoltée, un être impie, une jeune insoumise. Peut-être avez-vous raison. Je reconnais que je n’ai jamais eu des idées très conventionnelles. Je ne nie pas que je ne révère pas aveuglément les Cinq Déités, ni Nakhaba, ni les Cinq plus Un, ni toute autre combinaison de dieux qu’il vous plairait de faire. Pour moi, ils ne représentent rien, ce ne sont que…

— Blasphèmes ! Blasphèmes !

Le visage fermé, elle frappa la tribune en lançant de-ci de-là des regards flamboyants de colère. C’était son heure et elle ne les laisserait pas l’en priver. Ce doit être ce que Taniane éprouve quand elle se sent investie des pouvoirs du chef, songea-t-elle.

— Épargnez-moi vos protestations, je vous prie, reprit-elle avec fougue et dignité. J’ai la parole et je la garde. Les Cinq Noms ne sont justement pour moi que des noms. Une de nos propres inventions, destinée à nous réconforter dans les moments difficiles. Que mon père et ma mère me pardonnent, pardonnez-moi, vous tous, mais c’est ce que je crois. Je croyais autrefois à autre chose, à la même chose que vous. Mais quand je suis partie chez les hjjk, quand ils m’y ont emmenée de force, j’ai partagé leur vie, j’ai partagé leurs pensées. Et j’ai fini par comprendre, comme je n’aurais jamais pu le faire si j’étais restée ici, la véritable signification du divin.

— Combien de temps nous faudra-t-il encore supporter les inepties de ta fille, Taniane ? cria une voix au fond de la salle. Vas-tu la laisser tourner impunément les dieux en dérision ?

Mais le chef masqué garda le silence.

— Cette Reine, poursuivit implacablement Nialli Apuilana, que Thu-kimnibol brûle de découper en morceaux, que savez-vous, tous tant que vous êtes, de sa puissance et de sa sagesse ? Vous n’en avez pas la plus vague idée. Et les penseurs du Nid… Avez-vous seulement déjà entendu ce terme ?

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