La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Nouveau printemps #2
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06701-0
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
— Nous établirions un contact tel que nous n’en avons jamais connu. Nous pourrions partager les vérités du Nid et nous n’aurions même pas besoin d’essayer de parler la langue de l’autre, car il y a un langage du couplage qui va bien au-delà de la simple parole.
Elle se retourna pour s’assurer que la porte était bien fermée. Une impatience fébrile commençait à la gagner. Sa fourrure était moite et sa poitrine se soulevait et s’abaissait de plus en plus rapidement. Son corps exhalait une odeur forte, une odeur animale, qui lui piquait les narines.
Peut-être commençait-il à comprendre.
Elle leva son organe sensoriel et l’avança précautionneusement pour effleurer celui de Kundalimon.
Un contact fugitif s’établit. Ce fut comme une décharge électrique. L’âme du jeune homme lui apparut avec une stupéfiante netteté : un pâle et lisse parchemin sur lequel d’étranges inscriptions avaient été tracées d’une écriture sombre, vigoureuse et singulière. Elle renfermait une grande douceur et de la tendresse, mais donnait une impression d’étrangeté. Elle était imprégnée du ténébreux mystère du Nid. Nialli pouvait lire dans son âme comme dans un livre. Il était totalement vulnérable et elle n’aurait aucune difficulté à achever le couplage et à réaliser l’union intime de leurs esprits. Elle sentit le soulagement, la joie et même quelque chose qui s’apparentait à l’amour envahir son âme.
Mais, passé le premier moment de surprise, Kundalimon retira vivement son organe sensoriel, interrompant le contact avec une douloureuse brusquerie. Il poussa un cri étranglé, mi-grondement, mi-cliquètement hjjk, et commença à agiter frénétiquement les deux bras, à la manière des insectes, pour la repousser. Une terreur folle brillait dans ses yeux. Puis il bondit en arrière et s’accroupit dans l’angle de la pièce dans une posture défensive, le dos plaqué contre le mur, haletant de frayeur. La peur et l’horreur se lisaient sur son visage convulsé aux narines dilatées et aux lèvres retroussées découvrant les deux rangées de dents.
Nialli Apuilana le fixait en écarquillant les yeux, horrifiée par ce qu’elle avait fait.
— Kundalimon ?
— Non ! Va-t’en ! Non !
— Je ne voulais pas te faire peur. Je voulais seulement…
— Non ! Non !
Il se mit à trembler comme une feuille et marmonna en hjjk des mots inintelligibles. Nialli Apuilana tendit les bras vers lui, mais il détourna la tête et se rencogna contre le mur. Elle recula, en proie à la honte et au désespoir.
— Est-ce que tu fais des progrès ? demanda Taniane.
— Un peu, répondit Nialli Apuilana en lui lançant un regard gêné. Pas autant que je voudrais.
— Il ne parle pas encore notre langue ?
— Il apprend.
— Et le hjjk ? Est-ce que le vocabulaire te revient ?
— Nous ne parlons pas le hjjk, répondit Nialli Apuilana d’une voix rauque. Il essaie de chasser le Nid de son esprit. Il veut redevenir chair.
— Chair, répéta Taniane en réprimant un frisson devant l’étrange tournure de la phrase de sa fille. Tu veux dire qu’il veut reprendre sa place dans le Peuple.
— Oui, c’est bien ça.
Taniane la dévisagea longuement. Comme cela lui arrivait si souvent, elle aurait aimé regarder ce qu’il y avait derrière le masque qui lui cachait l’âme de sa fille et, pour la énième fois, elle se demanda ce qui était arrivé à la jeune fille pendant les quelques mois qu’elle avait passés dans le mystérieux et inquiétant labyrinthe souterrain qu’elle appelait le Nid.
— Et le traité ? poursuivit-elle.
— Pas un mot. Pas encore. Nous ne nous comprenons pas encore assez bien pour aborder autre chose que les sujets les plus simples.
— Le Praesidium se réunira la semaine prochaine.
— Je vais aussi vite que possible, mère. Aussi vite qu’il me le permet. J’ai essayé d’aller plus vite, mais il y a des… problèmes.
— Quel genre de problèmes ?
— Des problèmes, répéta Nialli Apuilana en détournant les yeux. Oh ! mère, ne me bouscule pas ! Si tu crois que c’est facile !
Pendant trois jours, elle ne put se résoudre à aller le voir et c’est un garde qui lui apportait à manger à sa place. Puis elle se décida et partit avec un plateau sur lequel elle avait placé des graines comestibles et les petits insectes rougeâtres connus sous le nom de rubis qu’elle avait trouvés le matin même sur l’aride versant nord-est des collines. Elle les lui présenta timidement, sans dire un mot. Il prit le plateau en silence et se jeta sur les rubis comme s’il n’avait rien mangé depuis une semaine, prenant à pleines poignées les petites carapaces rouges pour les fourrer avidement dans sa bouche.
Quand il eut terminé, il releva la tête et sourit. Mais, tout au long de la visite de Nialli, il demeura sur sa réserve.
Les dégâts n’étaient donc pas irréparables, mais la blessure mettrait quelque temps à se cicatriser. Nialli Apuilana avait compris que sa tentative de couplage était trop audacieuse et prématurée. Peut-être ne comprenait-il même pas l’utilisation qu’il pouvait faire de son organe sensoriel. Peut-être l’instant fugace d’intimité qu’ils avaient partagé avait-il été une sensation trop violente pour lui qui avait passé la majeure partie de sa vie dans le giron d’une race ayant des émotions d’une tout autre nature. Peut-être cette expérience avait-elle contribué à accroître l’incertitude dans laquelle il était sur son appartenance à l’une ou l’autre race.
Il devait se considérer comme un hjjk sous la forme d’un être de chair et, en conséquence, l’intimité partagée avec un autre être de chair avait dû lui sembler profondément répugnante. Et pourtant une partie de lui s’était offerte avec ferveur et avec amour, une partie de lui avait désiré ardemment que leurs âmes fusionnent pour n’en former qu’une. Elle en avait la conviction. Mais il n’avait pas cédé à cette impulsion et, en proie à une terreur subite, il s’était détourné, en plein désarroi.
Ce jour-là, elle ne resta pas longtemps et consacra tout ce temps à essayer de vaincre la barrière linguistique. Elle passa en revue la courte liste des mots hjjk qu’elle connaissait et lui en donna l’équivalent dans la langue du Peuple en s’aidant du geste et de quelques coups de crayon. Kundalimon semblait faire des progrès. Elle sentait qu’il était profondément frustré par son impuissance à se faire comprendre. Il avait des choses à dire, il voulait développer le message que Hresh lui avait arraché avec l’aide du Barak Dayir, mais il était dans l’incapacité de s’exprimer.
Elle envisagea fugitivement de faire appel à sa seconde vue. Après le couplage, c’est ce qui lui semblait le mieux. Elle pouvait projeter sa vision intérieure et essayer d’atteindre l’âme de Kundalimon.
Mais il se rendrait très probablement compte de ce qu’elle faisait et prendrait cela comme une autre intrusion, une violation de l’intimité de son âme, aussi choquante ou aussi effrayante que l’avait été la tentative de couplage. C’est un risque qu’elle ne pouvait courir, car cela ne ferait que ralentir le rétablissement de la confiance dans leur relation.
— Que peux-tu nous dire ? lui demanda Taniane le soir même.
Comme à l’accoutumée, elle entrait dans le vif du sujet, sans tourner autour du pot. C’était le chef qui parlait, et non la mère. Ce n’était presque jamais la mère.
— As-tu commencé à parler du traité avec lui ?
— Il ne possède toujours pas un vocabulaire suffisant. Tu ne crois pas que j’essaie depuis le début ? poursuivit-elle d’un air malheureux en voyant la suspicion apparaître dans le regard de Taniane.
— Si, Nialli, je le crois.
— Je ne fais pas de miracles. Je ne suis pas comme père.