Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Les yeux jaunes des crocodiles». Краткое содержание книги:

Deux soeurs. La quarantaine. Iris, belle, très belle, riche, élégante, parisienne. Autrefois étudiante brillante, elle s'est mariée, et sa vie se résume en un tourbillon vain. Iris s'ennuie, rêve de devenir une autre. Joséphine est une littéraire, historienne spécialisée dans l'étude du XIIe siècle. Beaucoup moins belle, beaucoup moins à l'aise dans la vie. Mariée, elle a deux filles, vit en banlieue et se bat pour tenir debout. Un jour, à un dîner, Iris prétend qu'elle écrit. Entraînée par son mensonge, elle persuade sa soeur d'écrire un livre qu'elle signera, elle. Abandonnée par son mari, acculée par les dettes, Joséphine se soumet. Elle est habituée : depuis qu'elles sont enfants, Iris la magnifique la domine. Le destin de chaque soeur va basculer.
1 ... 22 23 24 25 26 27 28 29 30 ... 145
Перейти на страницу:

— Il dit aussi : « Am only in film because ah have a family and we all like to eat ! » Comment tu traduirais ça en langage cow-boy, justement…

Shirley se gratta la tête et embraya. Elle donna un coup de volant à droite, un coup de volant à gauche et réussit, après avoir insulté deux ou trois automobilistes, à se dégager de l’embouteillage.

— Tu pourrais mettre : « Ma foi, j’fais des films pace que j’dois nourrir ma famille et on aime tous bien becqueter… » Un truc comme ça ! Regarde sur le plan si je peux prendre à droite, parce que c’est tout bouché.

— Tu peux… Mais après faudra que tu reviennes à gauche.

— Je reviendrai à gauche. C’est la place du cœur, c’est ma place à moi.

Joséphine sourit. La vie se transformait en centrifugeuse, auprès de Shirley. Elle ne restait jamais bloquée sur des apparences, des conventions, des préjugés. Elle savait exactement ce qu’elle voulait ; elle allait droit au but. La vie selon Shirley était simple. La manière dont elle élevait Gary la choquait parfois. Elle parlait à son fils comme s’il était adulte. Elle ne lui cachait rien. Elle avait dit à Gary que son père s’était volatilisé à sa naissance, elle lui avait dit aussi que, le jour où il le lui demanderait, elle lui donnerait son nom pour qu’il le retrouve s’il le désirait. Elle avait ajouté qu’elle avait été follement amoureuse de son père, qu’il avait été un enfant désiré, aimé. Que la vie était rude pour les hommes aujourd’hui, que les femmes leur demandaient beaucoup et qu’ils n’avaient pas toujours les épaules assez larges pour tout porter. Alors, parfois, ils préféraient prendre la fuite. Cela semblait suffire à Gary.

Pendant les vacances, Shirley partait en Écosse. Elle voulait que Gary connaisse le pays de ses ancêtres, parle anglais, apprenne une autre culture. Cette année, quand ils étaient rentrés, Shirley était sombre et maussade. Elle avait laissé échapper ces mots : « L’année prochaine, nous irons ailleurs… » Elle n’en avait plus jamais parlé.

— À quoi tu penses ? demanda Shirley.

— Je pensais à ta part de mystère, à tout ce que je ne sais pas de toi…

— Et c’est tant mieux ! Tout savoir de l’autre est ennuyeux.

— T’as raison… Pourtant, parfois je voudrais être vieille parce que je me dis qu’alors je saurai vraiment qui je suis, moi !

— À mon avis, mais ce n’est qu’un avis, ton mystère à toi réside dans l’enfance. Il y a un truc qui s’est passé qui t’a bloquée… Je me demande souvent pourquoi tu fais si peu cas de toi-même, pourquoi tu as si peu d’assurance…

— Moi aussi je me le demande, figure-toi.

— Alors c’est bien ! C’est un début. L’interrogation est le premier morceau du puzzle que tu poses. Il y a des gens qui ne se posent jamais aucune question, qui vivent les yeux fermés et ne trouvent jamais rien…

— C’est pas ton cas !

— Non… Et ça va être de moins en moins le tien. Jusqu’à maintenant tu t’étais retranchée dans ton mariage, dans tes études, mais tu es en train de mettre le nez dehors et il va s’en passer des choses, tu vas voir ! Dès qu’on bouge, on se met à faire bouger la vie autour de soi. Tu n’y échapperas pas. On est encore loin ?

À seize heures précises, elles aperçurent les grilles de la société Parnell Traiteur. Shirley se gara sur le bateau, empêchant les voitures d’entrer ou de sortir.

— Tu restes dans la voiture et tu la bouges si on gêne ? Moi, je livre.

Joséphine opina. Elle passa sur le siège du conducteur et regarda Shirley s’activer autour des cagettes de gâteaux. Elle les dégageait d’un coup d’épaule, les empilait jusqu’au menton, les tenait à bout de bras et avançait à grandes enjambées. On aurait vraiment dit un homme, de dos ! Elle portait une salopette de travail et une veste de meunier. Mais dès qu’elle se retournait, elle devenait Uma Thurman ou Ingrid Bergman, une de ces grandes femmes blondes, carrées, le sourire désarmant, la peau claire, et les yeux fendus comme ceux d’un chat.

Elle revint en gambadant et claqua deux baisers sur les joues de Jo.

— Du blé ! Du blé ! Je vais pouvoir me renflouer ! Il me tape sur le système ce client, mais il paie bien ! On va au café se payer une petite mousse ?

Au retour, alors qu’elles se laissaient bercer par le roulis du break, et que Joséphine échafaudait le plan de sa conférence, elle fut tirée de sa rêverie par une silhouette qui traversait, sous leurs yeux.

— Regarde ! s’écria Jo en attrapant la manche de Shirley. Là, devant nous.

Un homme en duffle-coat, les cheveux mi-longs, châtains, les mains dans les poches, traversait, sans se presser.

— On peut pas dire qu’il est nerveux, lui. Tu le connais ?

— C’est lui, l’homme de la bibliothèque ! Celui… tu sais… t’as vu comme il est beau et nonchalant.

— Pour être nonchalant, il est nonchalant !

— Quelle allure ! Il est encore plus beau qu’en bibliothèque.

Joséphine recula dans son siège de peur qu’il ne l’aperçoive. Puis, n’y tenant plus, elle se rapprocha et colla son nez sur le pare-brise. Le jeune homme en duffle-coat s’était retourné et faisait de grands gestes en montrant le feu qui allait passer au vert.

— Aïe ! fit Shirley. Tu vois ce que je vois ?

Une jeune fille blonde, mince, ravissante, s’élança vers lui et le rattrapa. Elle enfonça une main dans sa poche de duffle-coat et lui fit une caresse sur la joue de l’autre main. L’homme l’attira vers lui et l’embrassa.

Joséphine baissa le nez et soupira.

— Et voilà !

— Et voilà quoi ? rugit Shirley. Et voilà il ne sait pas que tu es là ! Et voilà il peut changer d’avis ! Et voilà tu vas devenir Audrey Hepburn et le séduire ! Et voilà t’arrêtes de manger du chocolat en travaillant ! Et voilà tu maigris ! Et voilà on ne voit plus que tes grands yeux, ta taille de guêpe et voilà il tombe à tes pieds ! Et voilà c’est toi qui mets ta main dans sa poche de duffle-coat ! Et voilà vous vous envoyez furieusement en l’air ! C’est comme ça que tu dois penser, Jo, pas autrement.

Joséphine l’écoutait, la tête toujours baissée.

— Je ne dois pas être taillée pour vivre de grands romans d’amour.

— Ne me dis pas que tu t’étais déjà construit tout un roman ?

Jo, piteuse, hocha la tête.

— J’ai bien peur que si…

Shirley embraya, empoigna le volant, démarra d’un coup sec et violent, imprimant toute sa rage sur la chaussée, y déposant l’empreinte de ses pneus.

Ce matin-là, en arrivant au bureau, Josiane eut un appel de son frère l’informant que leur mère était morte. Bien qu’elle n’ait reçu que des coups de sa mère, elle pleura. Elle pleura sur son père décédé dix ans auparavant, sur son enfance zébrée de souffrances, sur les tendresses jamais données, les fous rires jamais partagés, les compliments jamais formulés, sur tout ce vide qui lui faisait si mal. Elle se sentit orpheline. Puis elle réalisa qu’elle était vraiment devenue orpheline et elle redoubla de pleurs. C’était comme si elle rattrapait le temps perdu : petite, elle n’avait pas le droit de pleurer. Une grimace de larmes et c’était la taloche qui partait, sifflait dans l’air et venait brûler sa joue. Elle comprit, en versant des larmes, qu’elle tendait la main à cette petite fille qui n’avait jamais pu pleurer, que c’était une manière de la consoler, de la prendre dans ses bras, de lui faire une petite place à ses côtés. C’est drôle, se dit-elle, j’ai l’impression que je suis double : la Josiane de trente-huit ans, rusée, déterminée, qui sait faire valser la vie sans qu’on lui marche sur les pieds, et l’autre, la petite fille barbouillée et maladroite qui a mal au ventre à force d’avoir peur, d’avoir faim, d’avoir froid. En pleurant, elle les réunissait toutes les deux et c’était bon, ces retrouvailles.

1 ... 22 23 24 25 26 27 28 29 30 ... 145
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)