La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
À ces mots, Jonas me regarda avec une telle expression de sérieux sur le visage que j’éclatai de rire et me redressai, dans le but – du moins je crois – de voir ce qui se trouvait au sol, afin de faire quelque remarque lui montrant que je n’avais fait que me laisser porter par mon imagination.
À peine étais-je sur mes pieds que l’homme à la balafre se levait aussi et, tenant la pointe de son poignard à un pouce de mon cou, m’intimait l’ordre de me rasseoir. Je refusai pour le narguer.
Il agita son arme. « Assieds-toi, ou je t’ouvre le ventre !
— Perdant ainsi la gloire de m’avoir ramené ? Je suis sûr que non. Attends donc un peu que les autres racontent à Vodalus comment, après avoir réussi à t’emparer de moi, tu m’as égorgé alors que j’avais les mains attachées. »
C’est alors qu’intervint le hasard, ou la destinée. Le barbu qui tenait Terminus Est essaya de la dégainer ; mais il n’était pas habitué à tirer une épée aussi longue de son fourreau – il faut la saisir d’une main par les quillons, tenir l’ouverture du fourreau de l’autre, puis ouvrir complètement les bras, à droite et à gauche, pour dégager la lame dans sa totalité – et il chercha à la dégainer comme un sabre, vers le haut, ou comme s’il arrachait une mauvaise herbe dans un champ. Sa maladresse le laissa vulnérable à un déhanchement plus accentué du balouchithère qui, en le déséquilibrant, le précipita sur l’homme au poignard. Assez affûté pour couper un cheveu en deux, l’un des tranchants les entailla tous deux. L’homme à la balafre bondit en arrière, et Jonas en profita pour lui saisir la jambe entre ses deux pieds et le faire basculer par-dessus le rebord du palanquin.
Pendant ce temps, l’homme à la barbe noire avait lâché Terminus Est et regardait sa blessure d’un air incrédule ; elle était très longue, bien que vraisemblablement peu profonde. Je connaissais cette arme comme je connaissais ma propre main, et il ne me fallut qu’un instant pour m’accroupir, le dos tourné, et saisir la poignée, puis, bloquant la pointe entre mes talons, couper les liens qui retenaient mes poignets. Se ressaisissant, le barbu tira une dague avec laquelle il aurait eu le temps de me tuer si Jonas ne lui avait lancé un redoutable coup de pied entre les jambes.
Il se plia en deux, et j’étais debout, Terminus Est a la main, bien avant qu’il ne puisse se relever. La contraction de toute sa musculature le redressa comme un ressort, ce qui se produit souvent si l’on n’a pas fait agenouiller la victime. J’ai l’impression que c’est un jet de son sang qui alerta le cornac, resté jusqu’ici inconscient de ce qui se passait – tout cela s’était déroulé le temps d’une respiration. Il se retourna pour regarder, et je le cueillis sans une bavure d’un coup de taille horizontal à une main, en me penchant sur le bord du palanquin.
Sa tête venait à peine de toucher le sol, que le balouchithère, telle une souris se glissant dans une fissure de mur, franchissait le portique étroit formé par deux géants de la forêt. Devant nous s’étendait une clairière plus vaste que tout ce que j’avais vu jusqu’ici dans ces bois ; herbes et fougères poussaient à foison, et les rayons du soleil que n’altérait plus le feuillage, leur donnaient les teintes vives de l’orpiment. C’est en ce lieu que Vodalus avait décidé de faire dresser son trône, en dessous d’un dais tressé de chèvrefeuille en fleur ; et le hasard voulut qu’il fût justement en train de siéger, avec à sa droite la châtelaine Théa, au moment où nous fîmes notre entrée. Il était en train de distribuer blâmes et récompenses à ses féaux.
Jonas, toujours affalé dans le fond du palanquin et fort occupé à se défaire de ses liens à l’aide de la dague du barbu, ne vit rien de tout cela. Mais je m’en chargeai à sa place, car pas un détail ne m’échappa tandis que je m’avançai bien droit, conservant mon équilibre en dépit du roulis imposé par la marche du balouchithère, et tenant bien haut mon épée, rouge jusqu’à la garde. Cent visages se tournèrent d’un coup vers moi, et parmi eux celui de l’exultant sur son trône ainsi que celui en forme de cœur de sa compagne. Je lus dans leurs yeux ce qu’ils voyaient certainement en cet instant : l’énorme animal guidé par un homme dépourvu de tête, ses pattes de devant teintées de sang ; et moi-même debout sur son dos, avec mon arme et mon manteau de fuligine.
Aurais-je sauté à terre et cherché à m’enfuir, ou essayé de presser l’allure du balouchithère, que j’étais un homme mort. Au lieu de cela, par la grâce de l’état d’âme dont je m’étais pénétré, à la vue des cadavres intacts de ceux morts depuis si longtemps, au milieu des déchets de la mine, puis à celle des arbres immortels, je ne fis pas un geste. Sans plus personne pour le guider, le balouchithère continua d’avancer de son pas tranquille, la foule des compagnons de Vodalus s’écartant au fur et à mesure devant lui, jusqu’à ce qu’il atteignît l’estrade sur laquelle avaient été dressés le trône et le dais. Une fois là, il s’arrêta ; l’homme décapité glissa en avant et tomba sur l’estrade aux pieds de Vodalus. Me penchant à l’extérieur du palanquin, je frappai du plat de ma lame la saignée du genou de l’animal qui baraqua.
Vodalus eut un sourire léger qui signifiait beaucoup de choses, parmi lesquelles la principale était peut-être tout simplement l’amusement. « J’ai envoyé mes hommes chercher le coupeur de têtes, dit-il. Je vois qu’ils ont rempli leur mission. »
Je le saluai de l’épée, la croix de la garde à la hauteur des yeux, comme on m’avait appris à le faire lorsqu’un exultant vient assister à une exécution dans la Grand-Cour. « Sieur, ils vous ont amené l’anti-coupeur de têtes ; il y eut un temps où la vôtre aurait peut-être roulé sur de la terre fraîchement retournée, si je ne m’étais pas trouvé là. »
Il m’observa plus attentivement, du coup, ses yeux s’attardant sur mon visage et non plus sur mon épée et ma cape, puis finit par dire au bout d’un moment : « Mais oui. Le jeune homme, c’était toi. Cela fait-il donc si longtemps ?
— Juste assez, Sieur.
— Nous aurons une conversation privée là-dessus ; pour l’instant, les affaires publiques me retiennent. Viens te mettre ici. » Il me montra un emplacement au pied de l’estrade, sur la gauche.
Suivi de Jonas, je descendis du balouchithère, qui fut emmené par deux garçons d’écurie. Là nous attendîmes, et pendant environ une veille, nous entendîmes Vodalus donner ses ordres, exposer ses plans, et distribuer récompenses et punitions. Tout ce que l’architecture humaine, dont nous sommes si fiers, compte d’arches, de voûtes et d’encorbellements n’est que la stérile imitation en pierre des fûts et des rameaux courbés de la forêt. Il me semblait ici que la différence était mince et tenait à la couleur grise ou blanche de l’une, verte et brune de l’autre. C’est alors que je crois avoir compris pourquoi tous les soldats de l’Autarque et la foule des serviteurs des exultants étaient incapables de venir à bout de Vodalus. Car c’était lui qui occupait la plus puissante forteresse de Teur, une forteresse infiniment plus grande que notre Citadelle, à laquelle je l’avais tout d’abord assimilée.
Il leva finalement l’assemblée, et chacun, homme ou femme, regagna son poste ; puis il descendit de son estrade pour me parler, penché sur moi, comme moi-même je l’aurais été sur un enfant.
« Tu m’as déjà servi une fois, dit-il. Pour cette raison, j’épargnerai ta vie, quoi qu’il arrive. Il se peut cependant que tu sois obligé de rester mon hôte pendant quelque temps. Acceptes-tu de me servir à nouveau, sachant que ta vie n’est plus en danger ? »
Le vœu d’obéissance à l’Autarque, que j’avais prononcé lors de ma prise de grade, n’était pas de force à résister au souvenir d’un certain soir de brouillard, celui-là même par lequel j’ai décidé de commencer ce récit. Les serments que l’on fait ne sont que l’aspect le plus faible de l’honneur, comparés aux bienfaits que l’on accorde aux autres, lesquels sont choses de l’esprit ; il suffit de sauver une fois quelqu’un, et voilà que nous lui appartenons pour la vie. J’ai souvent entendu dire qu’il n’y avait rien de plus rare que la gratitude : c’est inexact. Ceux qui prétendent cela font erreur sur la personne. Quelqu’un qui accorde un bienfait véritable à un autre être se trouve pendant un moment sur le même plan que le Pancréateur, et sa gratitude, pour avoir ainsi été élevé, est telle qu’il se mettra au service de l’autre pour le reste de ses jours ; c’est ce que j’expliquai à Vodalus.