La vieille qui marchait dans la mer
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2010
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-265-08954-9
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La vieille qui marchait dans la mer». Краткое содержание книги:
Un romancier ne l'a jamais, il obéit au papier, un point c'est tout !
Pour ma part, lorsque j'ai commencé ce livre, j'avais l'intention d'écrire une histoire cocasse, haute en couleur : celle d'une vieille aventurière qui se donne un dauphin avant de raccrocher, et le forme à l'arnaque.
Je ne me doutais pas, à cet instant, que j'allais commettre l'ouvrage le plus grinçant de ma carrière, m'enfoncer dans un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige, et peut être même dépasser certaines limites.
Mais je ne regrette rien. Quand on est capable de tout il faut le prouver.
Elle restait immobile sur son oreiller. Si réduite et fragile ; le regard perdu !
« A quoi pensez-vous, Milady ? Sur quelle mer lointaine êtes-vous en train de naviguer ? Vous avez l’air perdue, vous conservez une expression heureuse. Oh ! comme vous êtes une petite créature en bout d’existence. Couchée et démaquillée, il ne subsiste plus de vous que votre regard et votre odeur. Pauvre momie si riche encore d’énergie ! Vous me faites de la peine. Prenez mon bras, pauvre rapace déplumé et retournons marcher dans la mer ! »
Ils demeurèrent longtemps sans parler, étreints qu’ils étaient par des émotions fort diverses.
Lentement, Lady M. sortit un bras de sous la couverture et posa sa main sur le mollet de Lambert.
— Vas-y, dis-moi ce qui t’affole, car tu es paniqué.
— Je suis incapable de dérober votre sacre diadème, Milady. J’ai bien étudié les lieux, je ne vois pas comment je pourrais m’y prendre.
Elle sourit et sa main caressa la jambe du jeune homme.
— Demain, Pompilius va ramener la copie du diadème. Il faudra faire coudre, à l’intérieur de ton smoking, dans la partie basse, une grande poche où tu la tiendras à disposition. Il est indispensable que tu n’aies qu’un simple geste à faire pour t’en saisir, tu me suis ?
— Et après ?
— Rien. Ce sera à toi d’aviser. Si une opportunité se présente, tu agiras ; sinon, tu devras renoncer.
« C’est le genre d’exploit qu’on ne peut pas réaliser si les circonstances n’y mettent pas du leur. Il est impossible de prévoir l’imprévu, comprends-tu ? Mais l’imprévu se produit toujours ! »
Lambert perçut un bruit dans la pièce et tressaillit.
— Laisse, fit-elle, ce sont les deux King Charles qui dorment sous mon lit. Je les ai dressés au silence, pourtant il arrive qu’ils se grattent : même chez les chiens dressés, une démangeaison ne se réprime pas.
Elle retira à regret sa main de la jambe musclée. Ce mouvement constituait une invite à prendre congé, il le comprit, cependant il ne broncha pas. Elle était la cause de son angoisse et c’était elle qui l’en guérissait. Lambert se serait volontiers allongé au pied du lit, sur le praticable, près des chiens silencieux. Il acceptait avec une sombre délectation d’être le bouffon de cette souveraine au règne aussi interminable que celui de Victoria.
Pompilius sortit de l’aéroport de Malaga et fut ébloui par le soleil déchaîné qui embrasait l’Andalousie. Il avisa Hung, le chauffeur, debout devant la Rolls et en éprouva un intense contentement.
Il avait pour tout bagage un attaché-case Vuitton. Le chauffeur s’empressa de le lui prendre. Pompilius le regarda placer la mallette dans l’immense coffre de la Phantom, puis il lui tendit un billet de dix mille pesetas.
— Je conduirai pour rentrer, Hung, prenez un taxi et attendons-nous au bar de Dom Pepe, d’accord ?
Le domestique prit la coupure et eut un assentiment muet avant de se diriger vers la file des taxis en attente. Pompilius appréciait la docilité du chauffeur. De longue date, il avait habitué le personnel de leurs différentes résidences à ce genre de complaisance. Tous les employés s’y prêtaient de bonne grâce et même paraissaient prendre un malin plaisir à faciliter les frasques du bonhomme.
Pompilius guettait la sortie de l’aéroport en faisant tourner les clés de la Rolls au bout de son index. Au départ de Paris, il avait lié connaissance avec une jeune fille délurée, au regard provocant, bardée d’un attirail de tennis sur lequel elle veillait avec soin. Elle était très brune. Sa bouche sensuelle et ses yeux d’or avaient immédiatement fasciné l’ancien diplomate. Elle portait une jupe-culotte blanche et un sweat-shirt de coton jaune qui mettait en valeur sa peau ocre. Comme l’avion n’était pas plein, Pompilius avait renoncé à son siège numéroté pour s’installer au côté de la jeune donzelle. Il avait l’art d’engager la conversation, et ses manières délicates plus encore que son âge inspiraient confiance aux femmes. Le Roumain savait offrir un bonbon sans paraître ridicule. Il traînait toujours dans l’une de ses poches quelque boîte de pastilles anglaises à l’aspect si engageant qu’on ne pouvait y résister. En réalité, si la boîte était britannique, son contenu provenait d’une sordide officine de Hong Kong tenue par un vieux Chinois momifié. Lors d’un voyage en Asie, Pompilius était entré dans cette boutique d’alchimiste, pleine de serpents macérant dans l’alcool, de langues de lézards desséchées, de plantes déshydratées, de minéraux aux pouvoirs magiques. Il avait longuement conversé avec le vieillard, l’âge crée des sympathies complices, et lui avait demandé s’il disposait de produits aphrodisiaques. Avec le plus grand sérieux, le magot parcheminé lui avait présenté des espèces de pastilles d’une teinte bleue, jaspée, en l’assurant de leur effet irrésistible. Pompilius en avait tâté avant de se rendre chez Miss Lola, l’un des bordels les plus réputés de la péninsule de Kowloon et avait eu la preuve que le boutiquier chinois ne mentait pas. Il s’était empressé de se constituer un stock de la précieuse denrée. Depuis lors, il ne se déplaçait jamais sans en avoir sur soi.