La vieille qui marchait dans la mer
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2010
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-265-08954-9
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La vieille qui marchait dans la mer». Краткое содержание книги:
Un romancier ne l'a jamais, il obéit au papier, un point c'est tout !
Pour ma part, lorsque j'ai commencé ce livre, j'avais l'intention d'écrire une histoire cocasse, haute en couleur : celle d'une vieille aventurière qui se donne un dauphin avant de raccrocher, et le forme à l'arnaque.
Je ne me doutais pas, à cet instant, que j'allais commettre l'ouvrage le plus grinçant de ma carrière, m'enfoncer dans un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige, et peut être même dépasser certaines limites.
Mais je ne regrette rien. Quand on est capable de tout il faut le prouver.
— Pompilius, chuchota Lady M., Pompilius, mon tendre compagnon d’épopée, cherchez le petit dans cette foule d’oisifs et dites-lui de ne rien faire.
Le vieux diplomate bondit d’allégresse.
— Enfin, la sagesse prime ! exulta-t-il. La prudence l’emporte sur la déraison !
— Fais-moi grâce de tes stances, peau de zob fanée, et cours au train du petit mec !
Pompilius déposa la canne de sa complice et s’éloigna précipitamment. Elle le regarda disparaître avec attendrissement. Il gardait belle allure, le bougre. Restait presque svelte et conservait une vivacité peu commune chez un crabe de son âge.
Elle l’avait connu lors d’une réception comme celle d’aujourd’hui, mais moins clinquante. Elle commençait son retour d’âge triomphalement, comme un champion vainqueur accomplit son tour d’honneur. Belle et drôle, fantasque, légère et sentant bon. On lisait dans son regard toutes les promesses et l’on comprenait qu’elle pouvait les tenir ! Lui, déjà, avait entrepris une jeune gourdasse dans un coin de salon. Son manège avait agacé Lady M. qui, aussitôt, avait jeté son dévolu sur Pompilius. Le soir même il était devenu son amant dans sa Rolls à elle. Combien de fois, par la suite, avaient-ils fait l’amour en voiture ? Il était devenu un virtuose de la chose, connaissant toutes les positions opportunes, sachant user ingénieusement des accessoires intérieurs prévus par un conducteur raffiné. Il vous bouffait le cul comme un ogre de génie ! Pour le reste, il était valable, sans plus ; mais ce, qui faisait de lui un excellent amant, c’était le constant souci qu’il avait de sa partenaire.
La nuit fraîchissait, malgré les innombrables spots qui affolaient les insectes. Lady M. regretta de ne pas s’être munie d’un châle. Elle détestait s’enrhumer, ce qui la rendait enchifrenée pendant plusieurs jours, avec les yeux pleurnicheurs.
« Pourvu qu’il le trouve à temps, Seigneur ! Pourvu que ce petit bandeur de plages n’ait point encore commis l’irréparable ! Si tout va bien, j’irai à Lourdes, je Vous le jure ! Ou plutôt non : je Vous réciterai une dizaine supplémentaire chaque matin pendant… Oh ! je ne veux pas me montrer chienne, disons un mois ! Correct, non ? Dites, ça représente trois cents Notre Père ! Faut pas déconner, ça ne se récite pas sur une patte, Seigneur ! Maintenant, si Vous préférez que j’aille à Lourdes, Vous n’avez qu’un signe à me faire… »
L’orchestre arabe n’arrêtait pas de jouer se musique aigrelette qui usait les nerfs. Lady M. avait l’impression qu’il interprétait sans trêve la même mélopée acide.
Il y eut un glissement derrière elle et, tout à coup, Lambert se trouva à son côté sur le banc.
— Tu as vu Pompilius ? questionna-t-elle.
— Non, pourquoi ?
— Je l’ai envoyé te dire de surseoir ; vois-tu, je tiens trop à toi, petit d’homme ; je ne veux pas courir le risque de te perdre.
— Trop tard ! dit Lambert.
Il se renversa en arrière sur le banc, sa tête pendant derrière le dossier. Il avait clos ses paupières et paraissait exténué. Elle eut un geste rapide pour poser sa main sur la poitrine de son protégé : le cœur de Lambert battait à toute volée, si violemment qu’elle crut percevoir comme un bruit de ressac.
— Pourquoi dis-tu qu’il est trop tard ? demanda-t-elle en s’efforçant de garder son calme.
Un léger sourire plissa la bouche charnue du garçon.
— In the pocket ! annonça-t-il.
Elle s’abstint de tout commentaire. Il se redressa, rouvrit les yeux.
— Ça vous en bouche un coin, Milady ?
— Tu parles sérieusement ? demanda la vieille femme.
Il porta la main à son flanc.
— L’objet est là, Milady, à votre disposition. Je dois vous avouer qu’il me brûle singulièrement. Pour un peu je rentrerais tout de suite au bercail.
— Ce serait de la sottise.
— Je le sais bien. C’est pourquoi je vais rester, mais il va falloir m’aider à tuer le temps.
— Comment t’y es-tu pris, petit d’homme ?
— Il était exposé dans le grand salon, trônant sur une espèce de colonne et surveillé par un garde armé. Je suppose que votre prince Machin attend le douzième coup de minuit pour couronner son boudin. Quelle idée m’a pris d’aller musarder vers le palais alors que les festivités ont lieu dehors ?
— Le flair, petit d’homme ! Tu as le don. Voilà l’explication, ma vermine adorée : tu as le don ! Mais raconte, je t’en conjure !
— Le garde est assis dans un fauteuil, face à la colonne supportant le joyau. Il a une mitraillette sur les genoux. Derrière la colonne en question, se trouve un gigantesque canapé capable d’héberger dix derrières au moins. Face au canapé, il y a une porte donnant sur le hall. Vous me suivez ou bien préférez-vous que j’aille vous expliquer la chose sur place ?
Elle rit et posa sa main sur la cuisse de Lambert.
— Tu es suffisamment clair dans tes explications ; ensuite ?
— J’ai eu soudain la certitude que c’était l’unique moment pour tenter quelque chose.
— Le flair, le flair, le don ! répéta Lady M.
— Je crois que ce qui m’a convaincu c’est la gueule du garde : un con ! Un vrai con ! Je suis allé au buffet et j’y ai fauché une fourchette à gâteau à manche de corne.
— Pour quoi faire ?
Il poursuivit, sans réagir à son interruption :
— J’ai retroussé la dent du milieu de la petite fourchette pour qu’il ne lui en reste que deux d’opérationnelles. Dans le hall, j’ai cherché une prise électrique et j’y ai enfilé la fourchette. Court-circuit ! Le tout était de savoir si le grand salon marchait sur le même disjoncteur que le hall. La chance était avec moi, car c’était le cas. Le salon n’a plus été éclairé que par les lumières extérieures. J’ai observé le garde. Il s’est dressé, la mitraillette prête. Puis, comme rien ne se produisait, il s’est dirigé vers une porte qui donne, je suppose, sur l’office. Mais le personnel est mobilisé au-dehors. Il a appelé. Ce que j’ai fait alors, franchement, je ne me le rappelle plus, tellement j’étais tendu et mort d’angoisse. Je suppose que j’ai sorti la copie de mon smok. J’ai ôté mes souliers et me suis avancé jusqu’à la colonne. Pardessus le canapé, j’ai dû opérer la substitution. Cela à une vitesse incroyable. Le garde continuait de héler depuis le local voisin.