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La vieille qui marchait dans la mer

Электронная книга - «La vieille qui marchait dans la mer». Краткое содержание книги:

Lorsqu'on demande à Stephen King, le fameux romancier américain, pourquoi il a choisi d'écrire sur des sujets aussi macabres, il répond : « Qu'est-ce qui vous fait penser que j'ai le choix ? »
Un romancier ne l'a jamais, il obéit au papier, un point c'est tout !
Pour ma part, lorsque j'ai commencé ce livre, j'avais l'intention d'écrire une histoire cocasse, haute en couleur : celle d'une vieille aventurière qui se donne un dauphin avant de raccrocher, et le forme à l'arnaque.
Je ne me doutais pas, à cet instant, que j'allais commettre l'ouvrage le plus grinçant de ma carrière, m'enfoncer dans un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige, et peut être même dépasser certaines limites.
Mais je ne regrette rien. Quand on est capable de tout il faut le prouver.
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— Je crains que vous ne me fassiez perdre la tête, douce Noémie, murmura le madré.

Elle eut envie de lui répondre qu’elle le craignait aussi, mais charitablement, elle se cantonna dans un silence décourageant pour lui.

— Ne trouvez-vous pas cette voiture merveilleuse ? fit-il. Elle est climatisée, même à l’arrêt. Une seule pression sur le bouton que voici condamne l’ouverture des portes et les vitres teintées empêchent quiconque de regarder dans la Rolls depuis l’extérieur.

— C’est en effet remarquable, convint la jeune fille. Pompilius décida de jouer son va-tout. Il quitta brusquement la nationale pour s’engager dans un chemin de poussière serpentant en direction de la sierra.

— Où me conduisez-vous ? demanda Noémie.

— A l’écart, répondit-il sobrement.

Elle se résigna et il sut qu’il avait gagné la partie. Après quelques centaines de mètres riches en virages, il avisa une masure écroulée en bordure de la petite route. Pompilius manœuvra de manière à contourner la construction et stoppa. Ses mains tremblaient de contentement. Il enclencha un contacteur et le siège de sa passagère se mit à reculer. Un second, et le dossier s’inclina en arrière. Il actionna ensuite le cassettophone. Du Vivaldi retentit, qu’il régla très bas, juste pour le conserver comme fond d’ambiance.

Noémie Fargesse se tenait languissamment allongée sur les coussins de cuir, avec la confuse impression d’être sur la table d’auscultation de son gynécologue.

— C’est un instant digne de cette musique, balbutia Pompilius, je suis très ému, vous savez !

Sa main frémissante chercha la fermeture de la jupe et entreprit de l’actionner. Comme il n’y parvenait pas, à cause d’un bouton rétif, elle l’aida d’un petit geste bref, lui laissant ensuite le rare bonheur de faire coulisser la tirette de la fermeture Eclair et de découvrir un minuscule slip blanc qui trouvait le moyen de comporter de la dentelle !

Sous l’étoffe arachnéenne, on voyait mousser les poils sombres du pubis. Pompilius effleura la protubérance de ses doigts d’aristo.

— C’est cela, la poésie, dit-il.

La jupe-culotte fut descendue facilement, mais le slip se montra moins passif et, là encore, elle dut l’aider. Elle conservait un petit sourire équivoque, mi-réprobateur, mi-complice.

Ayant compris le dessein du bonhomme, elle décrivit un quart de tour sur son siège, posant sa jambe gauche sur le dossier du conducteur et plaçant son dos contre la portière de manière à lui offrir le plus commodément possible ce qu’il convoitait.

Il réprima une sorte de plainte étrange qui ressemblait à un sanglot de bonheur et plongea son visage dans la fournaise.

Noémie se mit à contempler la mer qui paraissait complètement blanche sous le soleil.

13

Une cohorte de voitures s’alignait à perte de vue, de part et d’autre de la route. Les portes du palais, revêtues de feuilles de cuivre toujours bien briquées, étaient ouvertes à deux battants. Quatre cavaliers en costume national, le long fusil barrant leurs épaules, montaient la garde sur des chevaux, blancs au pelage frémissant. Des flics de la guardia civil réglaient la circulation, donnant des indications aux invités pour qu’ils puissent se parquer et essayant de faciliter le passage des autres automobilistes. D’énormes projecteurs dissimulés dans les arbres éclairaient la scène d’une lumière de cinéma. Le rose et l’orangé dominaient.

Le flot des invités se faisait de plus en plus dense. Les hommes portaient des smokings noirs, blancs ou bleus. Les femmes s’étaient mises en robe du soir et rivalisaient d’élégance, voire d’audace. On percevait les échos d’un orchestre maghrébin installé à l’écart, dans quelque temple d’amour du parc. Les notes acides de la petite flûte dominaient, plus lancinantes que le sourd martèlement du tambour. Le parc du palais n’était qu’un savant embrasement. On avait entièrement recouvert le sol de tapis rares posés à même les dalles ou les pelouses. D’énormes jarres garnies de fleurs délimitaient les zones à utiliser. Il y avait l’aire de réception où le prince Mouley Driz et les siens accueillaient leurs hôtes ; ensuite l’aire du buffet où tout devenait d’une abondance démesurée ; le reste étant constitué de plusieurs « lieux de séjour » disséminés dans l’immensité de la propriété où les deux mille invités pouvaient s’aménager des zones privées pour y manger, y parler ou, tout simplement, s’y reposer en contemplant les fastes accumulés, ce gigantesque délire de luxe où régnait l’opulence et non la majesté.

Lady M. descendit de la Rolls avec l’aide de Lambert. Ensuite, elle assura sa canne sous son coude, prit le bras du garçon et s’avança vers la foule. Pompilius les suivait à deux pas, les mains au dos, dans l’attitude familière du duc d’Edimbourg lorsqu’il accompagne sa femme à quelque inauguration.

La vieille voyait les gens s’écarter devant elle et marchait lentement, un sourire de contentement aux lèvres. Ils cheminèrent sans encombre jusqu’à la famille princière à laquelle ils présentèrent leurs hommages. Le prince avait pour chacun de ses invités le même sourire de mannequin de mode, éclatant et figé. Une expression un peu vitreuse enlevait toute gaieté à ce visage souriant. Lambert eut droit à une mimique reconnaissante de la princesse Shérazade, toute de soie verte vêtue. Il en fut réconforté.

— Tu as vu qu’elle ne porte pas encore son foutu diadème ? murmura Lady M.

Lambert était désorienté par la cohue. Il n’avait pas imaginé qu’une réception d’anniversaire pût réunir tant de monde.

— Que faisons-nous ? s’enquit le jeune homme.

— Conduis-moi dans un endroit relativement calme où je pourrai flirter avec Pompilius sans être trop agressée par cette meute déferlante, ensuite, tu vaqueras à tes occupations, mon garçon.

Ils obliquèrent vers l’intérieur du parc et découvrirent une sorte de petite clairière qu’égayait un bassin pourvu du classique triton cracheur d’eau. Des bancs de jardin, revêtus de velours bleu et garnis de coussins rouges étaient proposés aux convives. Lady M. choisit l’un d’eux, qu’abritait un immense cèdre. Elle s’y installa confortablement, assistée de Pompilius. Elle portait une robe digne de la cour de Louis XV, en satin bleu-vert très pâle, très ample du bas et dont le haut mettait en valeur sa pauvre poitrine fluide regroupée par un soutien-gorge diabolique.

Elle avait passé des heures à s’attifer, mastiquant ses rides, peignant et repeignant sa pauvre face suppliciée par l’âge. Le résultat donnait une espèce de marionnette d’Europe Centrale figurant une duègne ou une sorcière.

Pompilius prit place sur le banc, auprès de Lady M. Il se mit à jouer avec la canne anglaise qu’elle avait abandonnée.

— Exquise chérie, fit-il, je suis assombri par un funeste pressentiment. Quelque chose me dit que votre godelureau va tenter un grand coup et qu’il se fera pincer.

Lady M. soupira :

— Et à moi, Pompilius, quelque chose me dit que vous êtes un vieux con de plus en plus gâteux !

— Le vieux con, ma toute belle, n’aimerait pas terminer ses dernières années dans les geôles ibériques, ce qui ne manquera pas de lui arriver si votre giton se laisse prendre.

Lady M. se cabra :

— Pourquoi iriez-vous en taule, sombre débris d’humanité ?

— Parce que j’ai fait exécuter une copie du diadème, ma tendre pouffiasse exténuée.

— Qui le saura ?

— Les flics, lorsqu’ils questionneront votre amoureux. Croyez-vous que ce jeune navet soit capable de ne pas tout avouer, de fond en comble, une fois arrêté ? Il en inventera au besoin !

« Seigneur, il a raison, ce fossile frelaté ! Il a raison. Lambert, mon Lambert, mon chérubin à poils d’or, mon amour tout bronzé, ma jolie queue-pour-d’autres, mon ultime émoi, mon fruit de la passion, Lambert, Vous dis-je, Seigneur, est trop sensible, trop fragile pour résister à la pression des soudards policiers. C’est du cristal de Bohême, ce bout d’homme ! Deux tartes dans la gueule et il dira tout, l’enfant de salaud ! Dans quelle louche aventure l’ai-je propulsé, Seigneur ? Je suis folle de lui et je l’envoie en enfer ! Je suis donc le diable en personne ? Hé là, Seigneur ? Retenez-moi ! J’ai toujours fait semblant d’être un peu perverse : ça plaît aux mâles. Mais de là à le devenir réellement, pas de ça, Lisette ! Je tiens à mon salut éternel, moi, Seigneur ! Me faites pas le coup de la rebuffade quand je comparaîtrai devant Vous, surtout ! Ne venez pas me sortir que je suis damnée, parce que ça ne prendrait pas avec moi ! Je sais où j’en suis, moi ! Vous ne trouverez jamais créature plus éblouie par Votre indicible amour, Seigneur de toutes les rédemptions. Je Vous aime ! Si Vous ne l’avez pas encore compris, c’est que Vous êtes bouché, tout Dieu que Vous soyez, je regrette d’avoir à Vous le dire. Bon, j’annule l’opération. Il faut que mon Lambert merveilleux abandonne cet extravagant projet. Et d’abord, qu’en ai-je à cirer de ces cailloux que je ne pour rais même pas montrer puisqu’ils sont dûment répertoriés, hein ? J’en ferais quoi ? Les fourguer à Amsterdam chez Cornélius Van Dam ? Pour qu’il m’aboule le tiers de leur valeur ? Mon cul ! Plutôt les enterrer au pied d’un arbre de mon jardin, Seigneur ! Les déposer dans la chère Suisse en un coffre ultra-secret ? A quoi bon ? Alors qu’il me suffise d’avoir vu l’adorable gamin entrer dans cette folie par dévotion pour moi ! L’intention vaut l’action. Je vais lui crier pouce ! »

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