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Marina

Электронная книга - «Marina». Краткое содержание книги:

Dans la Barcelone des années 1970, Oscar, quinze ans, a l'habitude de fuir le pensionnat où il est interne. Au cours de l'une de ses escapades, il fait la connaissance de Marina. Fascinée par l'énigme d'une tombe anonyme, Marina entraîne son jeune compagnon dans un cimetière oublié de tous. Qui est la femme venant s'y recueillir ? Et que signifie le papillon noir qui surplombe la pierre tombale ?
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Je ne sais combien de temps je demeurai ainsi. Lorsque je réussis à me relever, je décidai de chercher refuge dans le seul endroit au monde où je croyais pouvoir me sentir en sécurité.

15

J’arrivai chez Marina et traversai le jardin en aveugle. Je fis le tour de la maison pour passer par la cuisine.

Un douce lumière dansait entre les fentes des volets. Je me sentis soulagé. Je frappai et entrai. La porte était ouverte. Malgré l’heure avancée, Marina écrivait dans son cahier sur la table de la cuisine à la lueur des bougies, Kafka sur les genoux. En me voyant, elle laissa le stylo s’échapper de ses doigts.

— Mon Dieu, Óscar ! s’exclama-t-elle en examinant mes vêtements abîmés et salis, et en palpant les griffures de mon visage. Mais qu’est-ce qu’il t’est arrivé ?

Après quelques tasses de thé brûlant, je parvins à raconter à Marina ce qui s’était passé, ou ce que je me rappelais, car je commençais à douter de mes sens. Elle m’écouta en tenant ma main dans les siennes pour me rassurer. Je suppose que mon aspect devait être encore pire que je ne l’avais imaginé.

— Est-ce que ça t’ennuierait que je passe la nuit ici ? Je ne savais pas où aller. Et je ne veux pas retourner à l’internat.

— Et je ne permettrai pas que tu le fasses. Tu peux rester chez nous le temps qu’il faudra.

— Merci.

Je lus dans ses yeux une inquiétude égale à celle qui me dévorait. Après les événements de cette nuit, cette maison n’était pas plus sûre que l’internat ou n’importe quel autre lieu. Cette présence qui nous avait suivis savait où nous trouver.

— Qu’est-ce que nous allons faire maintenant, Óscar ?

— Nous pourrions chercher cet inspecteur qu’a mentionné Shelley, Florián, et tâcher de comprendre de quoi il s’agit réellement…

Marina soupira.

— Écoute, risquai-je. Il vaut peut-être mieux que je m’en aille…

— Pas question. Je vais te préparer une chambre en haut, à côté de la mienne. Viens.

— Mais… que va dire Germán ?

— Germán sera ravi. Nous lui dirons que tu vas passer Noël avec nous.

Je la suivis dans l’escalier. Je n’étais jamais monté à l’étage. À la lueur du chandelier, je vis un couloir qui filait entre des rangées de portes en chêne massif. Ma chambre était au fond, contiguë à celle de Marina. Le mobilier semblait sortir de chez un antiquaire, mais tout était parfaitement net et bien rangé.

— Les draps sont propres, dit Marina, en ouvrant le lit. Il y a des couvertures dans l’armoire, si tu as froid. Et voici des serviettes de toilette. Je vais voir si je peux te trouver un pyjama de Germán.

— On pourra y mettre trois comme moi ! plaisantai-je.

— Mieux vaut trop que pas assez. J’en ai pour une seconde.

J’entendis ses pas s’éloigner dans le couloir. Je déposai mes vêtements sur une chaise et me glissai dans les draps frais et amidonnés. Je crois que, de toute ma vie, jamais je ne m’étais senti aussi fatigué. Mes paupières étaient des lames de plomb. À son retour, Marina apportait une espèce de chemise de nuit de deux mètres de long qui paraissait avoir été dérobée dans la collection de lingerie d’une infante.

— Ah, non ! protestai-je. Je ne dormirai pas avec ça !

— C’est tout ce que j’ai trouvé. Elle t’ira à merveille. Et puis Germán ne tolère pas que je laisse des garçons dormir tout nus chez nous. Question de principes.

Elle me lança la chemise de nuit et laissa quelques bougies sur la console.

— Si tu as besoin de quoi que ce soit, cogne à la cloison. Je suis de l’autre côté.

Nous nous regardâmes un instant en silence. Puis Marina détourna les yeux.

— Bonne nuit, Óscar, murmura-t-elle.

— Bonne nuit.

Je me réveillai dans une pièce baignée de lumière. La chambre était orientée à l’est et je voyais par la fenêtre un soleil resplendissant monter au-dessus de la ville. Avant de me lever, je constatai que les vêtements que j’avais quittés la veille avaient disparu de la chaise. Je compris ce que cela signifiait, et je maudis ces marques d’attention de Marina, convaincu qu’elles n’étaient pas si innocentes que ça. Une odeur de pain grillé et de café frais filtrait sous la porte. Abandonnant tout espoir de conserver ma dignité, je me résignai à descendre dans cet accoutrement ridicule. Je pus constater en longeant le couloir que toute la maison baignait dans la même luminosité magique. J’entendis les voix de mes hôtes qui bavardaient dans la cuisine. Je pris mon courage à deux mains et descendis l’escalier. Je m’arrêtai sur le seuil et toussai légèrement. Marina, qui était en train de servir le café à Germán, leva les yeux.

— Bonjour, belle dormeuse, dit-elle.

Germán se retourna et se leva courtoisement pour me tendre la main et me désigner une chaise.

— Bonjour, cher Óscar ! s’exclama-t-il avec enthousiasme. C’est un plaisir de vous avoir avec nous. Marina m’a déjà expliqué ce problème de travaux dans l’internat. Sachez que vous pouvez rester tout le temps qu’il faudra et en toute confiance. Vous êtes ici chez vous.

— Je ne sais comment vous remercier…

Marina me servit un bol de café avec un sourire malicieux en direction de la chemise de nuit.

— C’est formidable ce qu’elle te va bien !

— Oui, elle me va à ravir. Je me sens beau comme un astre. Où sont mes vêtements ?

— Je les ai un peu nettoyés et ils sèchent.

Germán me passa un plateau de croissants tout frais sortis de la pâtisserie Foix. J’en eus aussitôt l’eau à la bouche.

— Goûtez-en un, Óscar. Ce sont les Mercedes-Benz des croissants. Et ne vous y trompez pas : ce que vous voyez là n’est pas de la marmelade, c’est un monument.

Je dévorai avidement tout ce qu’ils posaient devant moi, avec un appétit de naufragé. Germán feuilletait distraitement le journal. Il semblait d’excellente humeur et, bien qu’ayant lui-même terminé, il ne quitta pas la table avant que je ne sois totalement rassasié et qu’il ne reste que les couverts à manger. Puis il consulta sa montre.

— Tu vas être en retard à ton rendez-vous avec le curé, papa, lui rappela Marina.

Germán acquiesça avec une certaine résignation.

— Je ne sais pas pourquoi je me donne tout ce mal…, dit-il. Ce chenapan me tend plus de pièges tordus qu’un chasseur de canards.

— C’est l’uniforme, papa. Il croit qu’avec sa soutane tous les coups sont permis.

Je les regardai, déconcerté, sans avoir la moindre idée de ce qu’ils voulaient dire.

— Les échecs, m’éclaira Marina. Germán et le curé s’affrontent depuis des années.

— Ne provoquez jamais un jésuite aux échecs, cher Óscar, dit Germán en se levant. Croyez-moi ! Et maintenant, si vous permettez…

— Il n’y a pas de risques que ça m’arrive… Bonne chance.

Germán prit son pardessus, son chapeau et sa canne d’ébène, et partit se mesurer au prélat stratège. Dès qu’il fut parti, Marina sortit dans le jardin et revint avec mes vêtements.

— Je suis au regret de t’informer que Kafka a dormi dessus.

Ils étaient secs, mais il faudrait sûrement plus de cinq lessives pour faire disparaître l’odeur du félin.

— Ce matin, en allant chercher le petit déjeuner, j’ai appelé la préfecture de police depuis le café de la place. L’inspecteur Víctor Florián est à la retraite et habite à Vallvidrera. Il n’a pas le téléphone, mais on m’a donné son adresse.

— Je serai prêt dans une minute.

La gare du funiculaire de Vallvidrera était située à quelques rues de la maison de Marina. Marchant d’un bon pas, nous y fûmes en dix minutes et achetâmes nos billets. Vu du quai, au pied de la montagne, le quartier de Vallvidrera se dessinait comme un balcon au-dessus de la ville. Les maisons semblaient accrochées aux nuages par des fils invisibles. Nous nous assîmes à l’arrière du wagon et pûmes voir Barcelone se déployer au-dessous de nous tandis que le funiculaire grimpait lentement.

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